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SOMMAIRE Musique : Abraxas      
 
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Abraxas chez iot records

Musique / électro / hip hop : Abraxas

Loin d’être une utilisatrice de RAP et d’être une connaisseuse d’ELECTRO, je me suis mise la dernière galette d’Abraxas entre les oreilles. Là, grosse claque, « Electrons » serait-il l’album RAP qu’il me fallait pour kiffer ce son ; Bien sûr, il y a IAM. J’avoue avoir craqué sur Keny Arkana et son « Entre ciment et belle étoile », principalement sur ces textes parsemés de cette rage si légitime et tellement fondée qui t’arrache les gouttes de l’oeil. Le dernier « sceude » des Svinkels m’a chatouillé l’ouïe et l’équilibre dans le bon sens. Je n’oublie pas l’excellentissime « Gare au Jaguar » de Joye Star.

En règle générale, j’ai toujours eu du mal avec le bling-bling et autre femme objet baladée la croupe à l’air dans une grosse cylindrée aux chromes rutilants. La culture Hip/Hop, ses codes, ses couleurs, ses flots, ses calibres, ses truands… La violence gratuite me révulse.

J’ai donc fait tourner la galette d’ Electrons autour de moi et mon frère, qui a bloqué RAP, m’a étouffé le CD. C’est maman qui va être contente, fini le « Gangsta RAP » à la maison.

Abraxas nous vient de Guyancourt (Saint-Quentin-en-Yvelines) et fait naviguer son flot depuis plus d’une décennie. De collaboration en connexion, le son évolue.

En 2006, il sort son premier album « Bête curieuse » soutenu par IOT Records, et distribué par la Baleine Distribution.

Photo Hervé Dols - All Rights Reserved -

Trois ans plus tard, en Février 2009, Abraxas nous revient avec ELECTRON(S). Des collaborations multiples pour varier les plaisirs, et ce n’est pas moins de 14 compositeurs venant de la scène électronique Française (Stax, Tahity Bob, Daryl Corn Flexx, Zol, Funny Ox, Dilemn, Moabi, Mentalo, Tetaar, Caterva, Loan, Elektrobin, Mr Ogz, Mr Sushisooshamp),trois invités vocaux (Mr Moon, Nikk’Furie de La Caution et Dutchouse un MC New Yorkais) et trois DJ (H2C, Shet.one, Mogomix) qui se succèdent au fil des morceaux.

Une symbiose surprenante et alléchante fustige les idées toutes préconçues que le RAP m’avait dictées. Abraxas et son Electron libre vont en faire disjoncter plus d’un, notamment les puristes (RAP). Un peu d’énergie nouvelle et d’humilité ne peuvent être que bénéfiques.

L’œil paca.fr : Pourquoi de la musique électronique avec du RAP ?

Abraxas : Disons que je connais bien le milieu de la musique électronique. J’ai donc demandé à des gens qui ne font pas de Hip Hop, et qui sont issus de la musique ELECTRO de me faire des instrumentalisations RAP. Je ne suis pas pionnier en la matière, puisqu’il y a d’autres formations RAP qui ont fusionné avec de la musique ELECTRO, avec des degrés propres à chacun (La Caution, TTC).

L’œil paca.fr : Quel est le but ?

Abraxas : Le Hip Hop moi j’adore. C’est ma culture. Je suis dans le RAP, mais j’ai le sentiment de ne plus me reconnaître dans le mouvement. Trop formaté, avec des clichés qui ont la peau et la vie dures.

Le but de ce disque, c’est aussi le désir de faire muter le Hip Hop. De toute façon, c’est vital. Il y a beaucoup trop de barrières entre les musiques électroniques et chacun doit rester dans sa petite case, alors que tout le monde travaille avec des machines et des logiciels identiques. On fait tous des choses semblables. C’est le moyen d’expression qui diffère. Je m’oppose fortement à toutes ces étiquettes ; par exemple, ce disque, nous ne voulions pas le mettre au rayon RAP, mais plutôt dans le rayon ELECTRO.

Je pense qu’il est plus facile de jouer sur scène en faisant du RAP, comme je fais, qu’en faisant du RAP traditionnel. Tu n’as qu’à voir, pratiquement tous les rappeurs qui ont un myspace n’ont pour ainsi dire pas de dates. C’est une musique qui fait peur, et notamment son public. A une certaine époque on a essayé de faire des festivals, dans des villes ayant une culture musicale importante, c’est parti en vrille…

Du coup, maintenant c’est compliqué. A part si tu t’appelles « La Rumeur », ou ceux qui ont un blaze, ceux-là tournent plus facilement.

La musique électronique marche bien. Je pense que ce que nous faisons sur scène, ça envoie. Le fait d’avoir ce mélange avec de la musique électronique peut t’ouvrir les portes des festivals.

L’œil paca.fr : C’est ton deuxième album…

Abraxas : Le premier disque que nous avons fait remonte à 1997. C’était vraiment du RAP, RAP… trois autres disques autoproduits avec des gens comme la Fouine qui posait dessus… à mes début je travaillais avec Clément d’Animal-Son. Il fait les sons de Boubat, Diam’s… le problème, c’est que moi j’ai dévié. On pourrait dire que j’ai loupé le coche, dans le sens où j’ai changé complètement d’univers...un univers qui m’a fait perdre du temps, mais qui m’a enrichi humainement.

L’œil paca.fr : Est-ce stratégique d’avoir 14 compositeurs sur ELECTRON(S)?

Abraxas : Non, ce n’est pas stratégique. Quand tu commences à réfléchir, tu te dis que 15 compositeurs c’est 15 réseaux. Même si au final nous sommes tous dans le même réseau. La plupart des compositeurs connaissent l’existence de l’autre. Il y en a quatre qui sont amis, ils sont de Toulouse. Je voulais faire quelque chose de familial avec des gens ouverts.

L’œil paca.fr : Autant de compositeurs doit être difficile à gérer au niveau de l’homogénéité du son sur l’album ?

Abraxas : Cela a été dur à gérer. Quand tu es ingénieur son et que tu travailles avec deux compositeurs, c’est déjà compliqué. Là tu en a 15, c’est quinze sources sonores différentes. Il y a un compositeur en particulier, que j’ai capté sur myspace : Elecktrobin, c’est une espèce de petit génie, mais il travaille avec le strict minimum, un PC. Il fait une musique de dingue, mais c’est compliqué d’homogénéiser… la qualité du son est pourrie. Je me suis battu pour que son morceau reste dans l’album. Je tenais à ce qu’il ait une chance sur ce disque. J’adore sa musique. L’ingénieur son a fait des prouesses. Bon, je ne suis pas satisfait à 100%. Une fois que tu as enregistré et que tu écoutes, tu te dis : là, j’aurais du faire autrement.

L’œil paca.fr : Le clip de « J’connais »…

Abraxas : Il s’appelle Yann Marqui, c’est un Niortais qui vit depuis pas mal de temps sur Marseille. Avec un budget de 2000 €, il m’a fait un clip qui vaut 20 000 €. Un peu comme j’ai fait avec l’album… avec un minimum. Trois semaines de travail en amont et trois jours de tournage.

L’œil paca.fr : Finalement, que reste-t-il de RAP sur ce projet ?

Abraxas : Le texte, le flot, le fond, tout cela reste du RAP. Je ne suis pas édulcoré. Il y a de l’engagement, c’est la base.


Sabine  / sabine.seyller@oeilpaca.fr

 

 

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