magazine oeil paca
magazine photo
CHANTIER ADULTES CAROMB
 
 
   

Jas pierre sèche

Reportage : Chantier bénévoles adultes

 

Arrivée à Caromb

Mardi 16 juillet à 7 heures du matin, j’accède au stade municipal de Caromb dans le Vaucluse. Ce village se situe sur les contreforts du Mont-Ventoux, 3 200 habitants vivent à l'année dans cette charmante localité Provençale. Depuis 2009 la commune s’efforce de sauvegarder son patrimoine. Sur ses terres dédiées à la pierre sèche, on peut voir des édifices rénovés : murs de soutènement, piliers d'entrée de parcs à moutons, abris de bergers... La commission environnement a tracé « Le sentier du petit patrimoine rural du Paty ». Ce petit circuit en partance du pont du Lauron permet de découvrir les richesses de la pierre sèche de Caromb.

J'ai rendez-vous avec Anne, animatrice de groupe sur ce chantier. Après de rapides présentations, je m'installe à l'arrière du camion en compagnie des bénévoles. Un peu après la sortie du village nous empruntons un chemin caillouteux, sur notre gauche en contre bas, j’aperçois des caravanes dans le camping « Le Bouquier ». Nous arrivons sur le chantier. Très vite, l'équipe s'organise, les bénévoles et les animateurs techniques déchargent leurs outils.

Sur la colline du Paty

De longs murs de pierres sèches, restaurés depuis peu, quadrillent la garrigue. L'équipe se dirige vers l'un d'entre eux où s'adosse une ruine. Je distingue un bouquet de chênes verts, à leurs pieds, un enchevêtrement de cailloux d'où semble poindre d'anciens vestiges.

Photo Hervé Dols - All Rights Reserved -

Plus j'avance, plus je devine la cabane et l'enclos écroulés sous le poids des temps. Deux souches de pins d'Alep ont colonisé l'entrée et l'arrière des décombres. Quant à l'enclos, il contient « un troupeau » de pierres sèches.

Jean-Côme le technicien du chantier, professionnel du bâtiment, est secondé par Sophie. Ils réunissent leurs équipes. Trois jeunes femmes, une quadragénaire et deux jeunes hommes d'une vingtaine d'années forment un arc de cercle. Les directives sont très vite énoncées. Extraire les deux souches, déblayer et trier les pierres tout en constituant des tas qui serviront à la réédification. Pas moins de trois semaines seront nécessaires pour rendre vie à ce lieu.

Les femmes restituent les formes des murs de l'enclos. Les hommes s'acharnent sur les deux souches. Hugo, Jean-Côme et le Parisien sont armés de scies, de haches, de pioches, ils redoublent d'effort pour sectionner les racines des deux résineux décapités.

À 10 heures, les organismes soufflent autour d'une table et d'un banc constitués de pierres. Les bénévoles se restaurent en compagnie des animateurs. Une vingtaine de minutes plus tard les travaux reprennent.

Jean-Côme, homme causant, prodigue des conseils aux trois binômes tout en s’affairant à diverses tâches. Il y a plus d'une décennie qu'il évolue sur les chantiers d'été avec l'APARE. Il est passé par l'association Alpes de Lumière, il demeure dans les Alpes de Haute Provence. À un moment crucial de sa vie, les chantiers de bénévoles de la région PACA lui ont permis de retrouver la couleur du goût. C'est un sexagénaire sec de corpulence, d'une vitalité débordante. En passeur de passion, il transmet les techniques de la pierre sèche.

Retour au camp

Treize heures, il est temps de redescendre au campement. Les bénévoles et les encadrants sont installés sur le stade. Autour du terrain de football, certains ont déplié leur tente. Les ravitaillements et les repas, sont ordonnancés par Anne assistée tous les jours, à tour de rôle, par deux volontaires.

Le déjeuner terminé, Anne me propose gentiment un café. Elle s’assoit en face de moi. La conversation prend forme, les mots révèlent sa personnalité. Ses cheveux crépus, attachés à l'aide d’un chignon sommaire, surplombent son doux visage. Sa peau est encore blanche ; elle arrive de la région parisienne où elle suit son cursus, aider les gens en « rupture », même si le mot ne lui plaît guère. Elle travaille l'été pour financer son Master qui débute en octobre.

Sur le camp, le rôle d'Anne est prépondérant, elle gère la trésorerie allouée aux onze personnes pour la durée du chantier. Les après-midi sont ponctués par des activités qu'elle choisit en concertation avec le groupe, sans jamais ne rien imposer. L'essentiel réside dans les aptitudes naturelles qu'elle diffuse. Anne est relativement sereine. Elle sait générer le lien et la solidarité nécessaires au bon fonctionnement d'une équipe.

Deuxième semaine de chantier

Jeudi 25 juillet, deuxième visite de la cabane, je retrouve aisément le sentier du petit patrimoine rural du Paty, il est 9 heures 30. Au premier coup d’œil, je distingue l'avancée des travaux. J'effectue des prises de vues en engageant la discussion avec les protagonistes. Ils sont quatre jeunes hommes sur ce chantier. Hugo, un Auxerrois de vingt ans m'explique qu'ils sont amis. Ils poursuivent des études d'architecture, le chantier est l'un des trois stages en entreprise indispensables à leur cursus. L'été précédent, Hugo a goûté au chantier bénévole, avec Alpes de Lumière, ce qui explique en partie sa détermination et ses prédispositions à l'ouvrage. L'ouverture d'esprit et la maturité qui caractérisent le jeune homme surprennent.

Vers 11 heures, Jean-Michel André le responsable du secteur chantiers de l'APARE, arrive accompagné par la secrétaire de l'association.

À l'aide d'un tracteur agricole, un employé de la ville de Caromb aide l'équipe. L'opération consiste à mettre en place l'entretoise qui consolide l'entrée de la cabane. Pour joindre certains éléments, les bénévoles ont recours au mortier, un mélange de chaux éteinte, de sable et d'eau. Il est 13 heures quand la journée de travail s'achève.

Dans la salle de vie du stade où s'est installé le QG, les jeunes femmes s’affairent pour la préparation du repas. Sur la terrasse le soleil est brûlant, les hommes rentrent les tables à l’intérieur. Nous dégustons une bière bien fraîche, l'occasion pour moi de butiner de conversations en discussions.

La plus ancienne des bénévoles c'est Fabienne, une enseignante d'une quarantaine d'années. Elle me précise que la restauration de la cabane est l'opportunité de réaliser un vieux rêve, participer à des chantiers bénévoles. Il y a une jeune Anglaise et une Coréenne ; elles sont là pour perfectionner leur Français. La Turquie est également représentée par une ravissante jeune femme. La cohésion du groupe est indéniable, les visages, malgré les travaux du matin, sont illuminés par la joie de vivre l'instant présent.

La deuxième animatrice du groupe, Sophie, a plus de vingt ans et vient d'Aquitaine. Son omniprésence sur le chantier fait presque oublier sa féminité, une femme décidée. Sophie m'explique qu'elle a connu les chantiers APARE en tant que bénévole. Elle loge dans son camion, cela lui permet d'être relativement mobile. Aujourd'hui elle est titulaire du BAFA, à la fin de la restauration d'ouvrage du Paty, elle rejoindra Monieux - APARE restauration d'une calade - où elle sera animatrice sur un chantier adolescents.

L'avant-dernier jour

Premier jour du mois d’août, il est 7 heures. Nous sommes sur le chantier. Les travaux touchent à leur fin. La toiture est pratiquement terminée. Sous l'impulsion d'Hugo, les quatre futurs architectes relèvent des données techniques qui leur permettront d'élaborer leurs rapports de stage. Sophie et les filles sont au mortier et à la truelle. Toujours bien « speed », Jean-Côme diffuse ses compétences les mains dans le labeur, il ne semble pas être atteint par le rythme des trois semaines. Un peu après-midi, nous quittons la cabane du Paty en direction du stade. Là nous déjeunons tous ensemble, l'ambiance est chaleureuse, l'euphorie remplit les conversations, les participants sont satisfaits de leur séjour.

 

Hevé Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

L'oeil paca.fr votre magazine web gratuit - Rédaction : redaction@oeilpaca.fr - Mémoires images L'Oeil Paca.fr B.P Mairie 13150 Tarascon cedex