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Chantier adolescent Bédoin

Reportage : Chantiers bénévoles adolescents

 

Camping de Bédoin, le mardi 30 juillet à 7 heures

Premier contact avec Philippe, le directeur du camp de Bédoin. Il m'explique que les pluies diluviennes du dimanche et du lundi ont reporté le début du chantier. Les adolescents découvrent la pierre sèche aujourd'hui.

Le chantier concerne deux Jas, Pié Gros et Perrache

Le terme « Jas » est Provençal, il correspond à l'Occitan jaç qui signifie « gîte » et désigne les bergeries construites en moyenne montagne.

 

Photo Hervé Dols - All Rights Reserved -

Les deux Jas sont sur la commune de Bédoin dont la superficie dépasse les 9000 ha. Elle possède l'une des plus vastes forêts communales de France d'un peu plus de 6200 ha. La cédraie de Bédoin est l'une des plus étendues d'Europe. Le village est situé sur la colline de Saint-Antonin, 300 mètres au dessus de la mer. Son territoire se déploie sur le versant sud jusqu'au sommet du Ventoux (1912 m). Sa faune et sa flore sont classées « réserve de biosphère » par l'U.N.E.S.C.O.

On dénombre une soixantaine de Jas sur la commune de Bédoin, localisés entre 939 et 1300 mètres d'altitude. Certaines bergeries ont déjà été restaurées par l'APARE. D'autres sont en état de ruine. À l'époque, les bergers faisaient pacager leurs troupeaux de moutons, l'été dans les pâturages. Il est plausible que les constructions de cabanes se soient généralisées au 19e siècle. À ce jour, deux familles de bergers subsisteraient sur la commune de Bédoin.

Les enclos de pierres servaient d’abri, la nuit pour les animaux, contre le prédateur et le climat capricieux. En journée, les bergers faisaient évoluer les ovins d'un Jas à l'autre espacés d'environ 2 à 4 kilomètres.

Découverte de la pierre sèche

Avant le départ, Philippe réunit son équipe afin de me présenter. Les jeunes bénévoles ont encore le visage marqué par la nuit. Alf, l'animateur technique, et Jessica, l'animatrice BAFA, conduisent les deux véhicules qui nous acheminent jusqu'au chantier. Nous roulons sur la D974, à 1100 mètres d'altitude, sur notre droite le chemin de Perrache. Une dizaine de minutes plus tard nous arrivons à destination.

Alf réunit son équipe autour de lui. Il explique succinctement le but de la reconstruction. Elle concerne l'habillage d'une citerne (la plupart des Jas sont munis d'un système de récupération des eaux pour abreuver les troupeaux). Il énonce les rudiments de la pierre sèche, de la construction et de la taille, sans oublier de préciser l'importance du cordeau, un fil lesté qui assure l'alignement de l'ouvrage.

Alf insiste sur le choix des pierres sèches, la solidité du mur en dépend, l'agencement doit permettre aux eaux des pluies de ruisseler par l’extérieur. Les jeunes sont attentifs. Filles et garçons se mettent à la tâche ; à l'aide de seaux, un binôme approvisionne les bâtisseurs en petits cailloux. D'autres rapatrient de gros minéraux calcaires destinés au sommet de la construction. Chacun à son rythme procure un peu de vitalité, à des murs reconnaissants qui rendent grâce au travail des bénévoles en se figeant droit dans le temps.

Camping municipal de Bédoin « La Pinède »

À 12 heures nous prenons le chemin du retour. Au camp de base, Philippe se fait aider par deux adolescents pour préparer le repas. Le déjeuner pris, chacun lave son couvert et vaque à ses occupations. Rendez-vous à 15 heures pour l'activité ludique du jour : accrobranche à Mormoiron.

En compagnie d'Alf, Jessica et Philippe, nous allons prendre le café au bar de la piscine, l'endroit est agréablement ombragé. Les jeunes se baignent. L'instant est convivial, la discussion prend forme.

Alf a 58 ans, c’est un professionnel aguerri passionné par son métier. D'origine Jamaïcaine, à vingt ans il part vivre en Angleterre où il rencontre sa future épouse, une Française. Après un court passage en région Parisienne, ils s'installent en Provence. Cela fait quinze ans qu'Alf reconstruit le patrimoine historique et culturel en région PACA au sein de l'APARE.

Mardi 6 août, Jas de Pié Gros

Sept heures du matin, Philippe est au volant du camion prêté par la mairie de Bédoin. Alf nous suit avec un camion de location. Nous sortons de la route et suivons une piste très rocailleuse. L’ascension est rude, tout le monde s'accroche. Les 900 derniers mètres se font à pied. Les bénévoles, Philippe, Alf et moi-même acheminons le sable, la chaux, l'eau, les gouttières et les outils jusqu'à la bergerie. Pour approvisionner le chantier, Philippe qui est guide en moyenne montagne, effectue des allers-retours.

Le jas de Pié Gros, 939m d'altitude, se situe sur le GR 91B à 2,7 km au nord est du Grand Replanas (438m) et à 1 km à l’est du Mazaret (971m). L'intervention a pour but de remettre en état les gouttières et la canalisation qui va jusqu'à la citerne. La cuve en béton est obstruée par d'innombrables immondices. Des troncs de plusieurs mètres jonchent le sol et baignent dans dix centimètres d'eau putréfiée. Difficile de dire pourquoi toutes ces immondices sont là. Des actes de malveillance semblent en être l'origine. La clairvoyance des adolescents en présence est bien plus constructive. Ils entreprennent le nettoiement de la cuve. D'autres ont la lucidité de construire un banc à gauche de l'entrée du Jas.

Les jeunes et le chantier

À l'heure d'internet, du tout numérique, du téléphone Androïde, du consommons plus pour vivre, du paraître plus qu'être, pourquoi des jeunes entre 16 et 18 ans choisissent de passer une partie de leurs vacances sur un chantier bénévole ?

Au hasard d'une prise de vue, je pose la question. Pour certains, ce sont les parents qui décident d'envoyer leurs enfants sur les chantiers. D'autres, sportifs et sportives, ont sélectionné l'APARE pour les activités culturelles et sportives dispensées chaque après-midi, sans oublier le camping avec piscine. Une jeune fille et un jeune homme reviennent pour la deuxième année consécutive. L’expérience réussie d'un frère ou d'une grande sœur motive également.

Que se passe-t-il quand un jeune est totalement réfractaire à ce système de vacances ?

Philippe me répond que cela s’est produit l'année précédente avec une jeune Helvète. En concertation avec les parents, il a pensé préférable que l'adolescente rentre chez elle.

Les parents d'une Montpelliéraine ont justement fait le choix de l'envoyer sur les chantiers bénévoles. Ils l'ont accompagnée en voiture, mais elle prendra le train pour le retour. La jeune fille m'explique que sa grande sœur a fait la même expérience. Au début, le travail du matin la faisait stresser. Très vite, elle a compris que ce n'était pas le goulag. Les liens d'amitié qu'elle a tissés avec les autres ont une importance cruciale. À quatre jours de la fin, elle est plutôt satisfaite de son séjour.

Expérience « APARE » des chantiers jeunes

Dans l'ensemble, les jeunes paraissent heureux de leur séjour en Provence. Les sourires en disent long et les propos en témoignent. Plusieurs d'entre eux disent que le plus dur est de se lever le matin à 6 heures. Quand je demande s’ils reviendront l’année prochaine, un seul répond oui sans détour. Certes, la compétence et la pédagogie des encadrants sont pour beaucoup dans cette réussite. Mais l'important réside dans l'excellence du séjour et du vécu. Ériger des édifices en pierre sèche permet aussi de se construire.

 

Hevé Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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