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Numéro 20
   

photo Rv Dols

Reportage : Les " continental Nutrition " de Vedène

Pendant l'été, le profit des actionnaires a accéléré le sinistre industriel français. Les délocalisations intensifient les conflits sur notre territoire. Les Contis de Vedène comme tant d'autres montrent la voie. Ils refusent le dicta financier.

Continental Nutrition est un groupe français fondé par la famille Delpierre. Il possède plusieurs sites de production. Son siège se trouve à Boulogne/Mer. En 1996, la conserverie de Vedène (84) est ouverte pour approvisionner les marchés (alimentation pour chiens et chats) du Sud de l'Europe : Espagne, Italie, Portugal, Grèce et France. Les sites de Boulogne/Mer fournissent le Nord de l'Europe : Allemagne, Angleterre et Belgique...

Janvier 2012, la direction de Continental Nutrition prend la décision de fermer l'usine du Vaucluse. Du jour au lendemain, 99 salariés se retrouvent sans emploi au milieu de la cour de l'usine. Le principal motif invoqué est une perte de 30 % de part de marché en Grande-Bretagne.

Les élus CCE, CGT et les ouvriers de Continental de Vedène s'opposent à la décision de la direction. Mais le destin des salariés de Continental Vedène se joue à Boulogne/mer. En effet, le délégué central CFDT Mr Thierry Clabaut donne un avis favorable à la fermeture du site de Vedène. En signant des accords avec la direction, il valide le projet. Notons que Mr Thierry Clabaut, 48 ans, délégué central CFDT de Boulogne/mer s'est suicidé depuis, en mars 2012.

photo Rv Dols©

Taieb Hallal, délégué CGT de l'usine de Vedène, nous explique ; « Nous sommes allés contester le motif économique devant le tribunal. Nous avons été déboutés en première instance. L'avis favorable donné par le CCE et la CFDT de Boulogne/mer avait pour seul objectif de maintenir l'emploi à Boulogne/mer aux dépens de Vedène ».

Nous constatons avec effarement que les salariés de Boulogne/mer ont décidé la fermeture du site de Vedène pour sauver leurs emplois. Une décision lourde de conséquences. La solidarité a ses limites.

D'après Yves Legoanvic élu CCE et CGT, la perte de 30 % de part de marché en Grande-Bretagne : « Correspond au plan de charge du site de Vedène. Ils ferment ici pour retrouver le plein emploi à Boulogne. C'est une délocalisation. Nous, élus CCE, n'avons jamais été en contact avec le service commercial. Tout cela reste flou, la perte d'une partie des marchés britanniques est le principal argument de la direction. Pourtant, ici à Vedène, nous ne produisons pas pour le Nord de l'Europe et dégageons un résultat d'exploitation positif malgré des incohérences. Notamment en ce qui concerne la plateforme de Monteux (84), facturée 2 millions d'euros chaque année. À l'époque, pour baisser le coût, la Mairie de Vedène et le Conseil général s'étaient positionnés en mettant à disposition des terrains et des subventions pour construire des entrepôts. La direction de Continental Nutrition n'a pas donné de suite. Depuis peu de temps, nous avons appris la fusion entre Continental Nutrition et un groupe basé dans le sud-ouest, ce qui corrobore que Vedène n'était pas le problème. La mauvaise gestion de l'entreprise a provoqué cette situation et ce sont les ouvriers qui en pâtissent ».

Depuis le 26 janvier 2012, les " Continental Nutrition " de Vedène montent la garde. Ils surveillent le site jour et nuit pour éviter que l'outil de travail ne soit transféré ailleurs. Une cellule de reclassement est mise à disposition des salariés. Taieb Hallal nous relate ; « La cellule de reclassement est totalement inefficace. Les propositions d'emploi ne correspondent absolument pas aux réalités. Concrètement, la cellule a orienté un salarié qui a des problèmes de dos et qui est suivi par la médecine du travail, vers un emploi de maçon. Tout est mis en place pour que les refus soient systématiques. Pire, ils nous incitent indirectement à sortir du projet de reclassement. Ils nous découragent en permanence et nous proposent d'aller à pôle emploi, ce qui aurait pour conséquence de nous sortir du projet de reclassement. Les sept millions d'euros budgétisés pour le PSE seraient ainsi récupérables par la direction. Il faut savoir que les salariés en reclassement touchent 65 % de leurs salaires. »

Mais alors que veulent les Continental de Vedène ? Taieb Hallal nous explique ; « Ce que nous voulons, c'est qu'ils nous laissent le site pour un euro symbolique. La direction s’est engagée devant Mr le Préfet pour nous céder l'usine. À condition que ce ne soit pas un concurrent direct qui la reprenne. Le 5 mars 2012, lors d'une table ronde avec les élus du Département et de la Région ainsi que les représentants de Continental Nutrition, nous avons obtenu que la direction mandate Vaucluse Développement (l'agence de développement économique du département dont le but est de favoriser l'implantation des entreprises en Vaucluse) pour trouver un repreneur. Nous pouvons nous adapter. S’il faut faire des conserves de tomates, nous ferons des conserves de tomates. Nous sommes soutenus financièrement par le Conseil Général pour toute modification de l'outil de production. Mr Michel Vauzelle nous l’a certifié ».

Le souci réside dans le fait que les représentants de Continental Nutrition jouent la montre. Leur espoir est peut-être de voir le mouvement s'essouffler. D'après Mr Michel Fuillet, président de Vaucluse Développement, au 25 juin 2012 la direction générale n'avait toujours pas donné de prix de vente.

En juin 2012, la direction de Continental Nutrition a communiqué sur l'entrée dans son capital à hauteur de 49 %, de deux fonds d'investissement. Ils mettent à disposition 19 millions d'Euros de liquidités. Agro Invest qui dépend de la Caisse des Dépôts au Crédit Agricole et à Sofiprotéol et Idia (maison de fonds propres en agroalimentaire du Crédit Agricole). Villeneuve Petfood, société concurrente, entre dans le capital de l'entreprise à hauteur de 15 %. Les parts de la famille Delpierre passent de 100 % à 34 %. La Communauté d'agglomération du Boulonnais a également mis 10 millions d'euros pour financer le rachat d’une plate-forme logistique.

Yves Legoanvic tient à préciser ; « En premier lieu, c'est la première fois que nous menons un conflit de ce type. Très vite les collectivités territoriales, les députés, les élus des mairies, du conseil général et du conseil régional, l'Union locale de la CGT de Sorgues, l'union départementale de la CGT du Vaucluse, la société agroalimentaire de Montreuil, tous nous témoignent leur compassion.

Par choix, nous n'avons pas sollicité le Front national. Nous avons rencontré Mr François Hollande à Paris un peu avant les élections et tous les autres candidats hormis le président en place. Quelles que soient les opinions politiques, ils nous soutiennent. Ils sont bien conscients que l'industrialisation est une nécessité pour l'économie de notre pays.

Les riverains, les citoyens du bassin de vie, tous nous ont signifié leur sympathie et leur appui. Cela prouve qu'il y a un réveil citoyen et une prise de conscience. Notamment sur le fait qu'il ne faut plus laisser faire et qu'il est primordial de changer les choses.

En ce qui concerne l'industrie et l'économie, il est vital de réfléchir à un nouveau modèle. Des décisions doivent être prises. Ce que nous demandons aux femmes et aux hommes politiques, c'est le vote d'une véritable loi. À l'heure d'aujourd'hui, les élus sont consultés, mais qu'ils soient pour ou contre n'empêche rien. L'urgence est de leur donner un vrai pouvoir d'intervention.

Particulièrement, quand l'employeur veut partir, si l'outil est payé, il doit pouvoir continuer à vivre. À ce jour, dans un plan social de sauvegarde de l'emploi, les mesures les plus importantes sont l'accompagnement et le reclassement du salarié. Cela sous-entend que l'on te raccompagne au portail et puis au pôle emploi.

Nous demandons un véritable accompagnement. C'est-à-dire que l'employeur aide à trouver un repreneur et facilite la cession du site et le retour à l'emploi. À partir de là, il sera dédouané de ses obligations. Par conséquent il aura réellement accompagné les salariés. Malheureusement, aujourd'hui, il n'existe aucun moyen pour contraindre les employeurs à ce type d'obligation. Nous sommes pacifiques, nous gardons la foi, nous faisons confiance à nos politiques et à la République ».


Propos recueillis par Rv Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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