| DIAPORAMA PHOTO Disiz Peter Punk en live | SOMMAIRE numéro 16 |
Numéro 16
   

Disiz la peste

MUSIQUE : Disiz Peter Punk

Dans une autre vie il était " Disiz La Peste ". C’est Joey Starr en personne qui le donne à voir et à écouter aux autres. Le succès prend le dessus, il participe à la bande son de Taxi 2. Après un pètage de plombs mémorable, Disiz, de son vrai nom Sérigne M’Baye Guey, pénètre en force le milieu du RAP. Nous sommes en 2000 avec une première galette " Le poisson Rouge ". Le cinéma, la " mode " puisqu’il lance la marque K7, les mixtapes, les albums, La Peste évolue dans un aquarium où la couleur de l’eau est celle de la réussite.

Les albums suivant font moins de " buzz " et le milieu du RAP et ses auditeurs semblent ne plus adhérer avec La Peste. Jusqu’ à ce livre signé par Sérigne, "  Les derniers de la Rue Ponty " aux éditions Naïve en 2009 et un passage télé chez Ruquier qui se transforme en cauchemar. Entre-temps des jeunes d’Evry, de son quartier d’enfance, essaient de le racketter. C’en est trop, le contexte et l’environnement ne sont définitivement plus en phase avec La Peste qui raccroche avec " The End ".

Tel un reptile Dizis mue, il nous revient après un séjour " Dans le ventre du Crocodile ", dix ans d’apprentissage composé de passages obligatoires ; l’artiste Peter Punk risque fort de refaire parler de Dizis. L’album est réussi, presque une surprise. La musique du Toulousain Diesel est l’une des composantes à ne pas négliger dans la qualité finale de cet opus.

Un coup de téléphone à Lara de Ivox, elle nous arrange un rendez-vous avec Disiz Peter Punk de passage en Avignon. Accompagné d’Alain, nous arrivons à la salle des Passagers du Zinc. Sur la terrasse entourée de graffitis, un homme saute à la corde, c’est Peter Punk. Un peu en avance, les balances ne sont pas finies.

Disiz la peste / photo Rv Dols©

Cela nous permet de nous rendre compte de l’efficacité de la rythmique, basse, batterie. Le soir, pendant le live, nous avons pris conscience que Peter Punk est un véritable groupe et que le rendement des musiciens et de DJ Dave déchire vraiment.

Revenons quelques heures plus tôt - 18 heures - direction les loges pour une interview, un peu décalée de Peter Punk. L’homme est ouvert et la conversation agréable. DJ Dave se joint à nous et le reste de l’équipe prend part à cet instant.

Rv Dols : Le premier titre sur l’album « Mutation » est une intro. Est-ce pour nous signifier que La Peste a muté en Peter Punk ?

Peter Punk : C’est exactement ça. L’inspiration est tirée d’un manga où, suite à une catastrophe nucléaire, le héros se transforme en une espèce de monstre affublé de pouvoirs qu’il ne contrôle pas. J’ai voulu reprendre cette image de mutation, du rappeur qui passe à autre chose.

Rv Dols : « Dans le ventre du Crocodile »… Apparemment, le Crocodile n’a pas pu digérer Peter Punk et tu sembles revenir grandi.

Peter Punk : Je ne sais pas. Si je suis d’accord avec toi cela voudrait dire qu’avant j’étais petit. Sous prétexte que maintenant je fais une musique plus rock, j’ai grandi. C’est plutôt une ouverture et c’est vrai que quand je faisais du rap j’étais plus renfermé. Je pense avoir accepté les différents goûts musicaux qui étaient en moi. Les assumer et les inclure dans l’album me permet de m’ouvrir.

Rv Dols : « Rien comme les autres »… Peut-on dire que Peter Punk est sur le bon pied pour danser ?

Peter Punk : Le Rap Français est rempli de règles précises et en quelque sorte il faut correspondre à un cahier des charges, avec des codes vestimentaires entre autres. Dans le rock aussi il faut " coïncider " à une image donnée. Mais en ce qui me concerne je commençais à me sentir à l’étroit dans mes baskets, c’est peut-être dû à l’âge. Je ne sais pas trop. Une certitude s’imposait, passer à autre chose. Maintenant, personnellement, j’ai le sentiment d’être sur le bon pied pour danser. Je ne suis pas dans un rôle, je me sens bien.

Rv Dols : La quatrième… Peter Punk est-il Yeah Yeah Yeah ?

Peter Punk : Non, pas du tout, la critique a eu tendance à dénoncer les rappeurs Français et leurs mimétismes en ce qui concerne les rappeurs Américains, ce qui n’est d’ailleurs pas tout à fait faux. Pendant les Yeah Yeah c’était un peu pareil puisque les chanteurs traduisaient les paroles en Français et s’appropriaient certaines attitudes. Le but serait plus de faire ce que je suis et ce à quoi j’aspire.

Rv Dols : « Je t’aime mais je te quitte »… L’amour est-elle une prison pour Peter Punk ?

Peter Punk : Je ne crois pas. J’ai juste eu envie d’exprimer le désir de quitter le pays où j’ai grandi. C’est un sentiment ambigu, j’aime ce pays et je le déteste également.

Rv Dols : « Jolie planète »… Peter Punk est-il obsédé par les fruits défendus ?

Peter Punk : Je crois que Peter Punk est relativement obsédé par les fruits défendus, surtout Dj Dave… il est né dans le panier, Greg est pas mal aussi en légume.

Rv Dols : « Faire la mer »… Peter Punk c’est : «  faire la mer pas la guerre » ?

Peter Punk : Oui c’est vraiment ça, jamais la guerre et beaucoup la mer, toujours la mer et encore la mer.

Rv Dols : « Trans-Mauritania »… le sable sur les pieds, la toile de tente et la feuille de thé… C’est le côté épicé de Peter Punk ?

Peter Punk : Le côté épicé peut-être pas, le côté barré sûrement. Quand j’ai écrit ce texte j’étais dans une période très difficile, toute proportion gardée, il y a tellement de misère sur cette terre. En tout cas je n’étais pas bien du tout dans ma tête. On m’a invité à aller en Mauritanie au Ban d’Arguin, c’est l’un des plus grands parcs d’Afrique de l’Ouest. IL est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1989. Là-bas le désert se jette dans l’Océan Atlantique. Je dormais dans une tente sans électricité et sans eau. Une nuit de pleine lune, vers une heure du matin, je me suis promené le long de la mer pendant plus de deux heures. J’ai ressenti un bien-être absolu. C’est ce que j’ai voulu raconter dans ce morceau.

Rv Dols : « Problème »… C’est quoi le problème de Peter Punk ?

Peter Punk : C’est peut-être cette histoire de cul entre deux chaises, en ce qui concerne mes origines, les cultures. Sur le plan musical j’ai encore cette attitude. Mais peut-être que mon véritable problème c’est que je me pose trop de questions.

Rv Dols : « Monstre »… Peter Punk est-il persécuté par ses démons ?

Peter Punk : Oui, et malheureusement je reste persuadé que ce sera jusqu’à la fin. Ils ont des formes différentes, ça correspond aussi à la réponse précédente. Il y a un complexe d’infériorité, voir de supériorité à certains moments. Ils ont plusieurs visages et ils sont nombreux.

Rv Dols : « Paradoxe »… Paradoxalement Peter Punk cherche-t-il la couleur idéale ?

Peter Punk : Je crois qu’il n’y a pas de couleur idéale. Je cherche à être en paix avec moi-même.

Rv Dols : « La Luciole »… Le bonheur doit-il illuminer la famille ?

Peter Punk : Le bonheur, pour moi, reste un socle indissociable de la famille. J’ai quatre enfants avec la même femme et cela me procure quelque chose d’indéfinissable, d’incomparable. Quand j’étais au fond du trou, à l’école le professeur de mon fils lui a demandé de dessiner ses deux héros préférés. Le premier dessin était son père et le deuxième Zidane.

Rv Dols : « Les équilibristes »…L’équilibre ne réside-t-il pas dans le fait que tu restes intègre, voir authentique ?

Peter Punk : C’est exactement ça. Tu as dit un mot qui est très important pour moi, authentique. Quand j’ai débuté dans le rap, en ce qui me concerne, la fascination pour les NTM était énorme. Par mimétisme, j’ai voulu reproduire leur univers dans ma musique. Leur premier album s’appelait « Authentik ». Ma ligne de conduite, depuis, dans mon travail, reste motivée par l’authenticité. J’ai toujours évité les postures. « Dans le ventre du Crocodile » est là pour ces raisons. J’avais vraiment envie d’évoluer et de passer à autre chose.

 

Hervé Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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