EDITORIAL N° 14

Le billet d’humeur de Yasmine : Secret défense

Au début du mois de mai 2010, la Cour Internationale d’Arbitrage a rendu sa sentence dans le dossier des frégates de Taiwan. La France est condamnée à payer une amende d’environ 759 millions d’euros à Taiwan.

Les contribuables Français, c'est-à-dire vous et moi, vont régler l’addition soit à peu près 545 millions d’euros. Aucune personnalité n’a été poursuivie dans ce dossier des frégates.

Durant toute l’instruction, de multiples demandes de levée du « secret défense » ont été ignorées par l’Etat Français. Les ministres de l’Economie et des Finances de droite et de gauche : Laurent Fabius, Francis Mer et Thierry Breton, s’opposeront à la divulgation de la vérité en se protégeant derrière l’avis de la CCSDN. Il est également cohérent d’envisager que leurs supérieurs respectifs ont encouragé ces refus.

Mais qu’est donc cette affaire des frégates ? C’est un contrat d’armement signé en 1991 et qui prévoit la vente de six frégates par l’industrie Française (Thomson-CSF devenu depuis Thales) à la marine Taiwanaise. Des commissions sont revenues en France sous forme de rétrocommission, ce qui est prohibé, pour financer des partis politiques.

Cette affaire est parsemée de tentatives d’influence de ministres mais aussi de plusieurs morts suspectes : Thierry Imbot, un agent de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure DGSE, qui suivait les dossiers économiques Français à Taiwan, est tombé du quatrième étage de son domicile Parisien le 10 octobre 2000 « en fermant ses volets un soir de grand vent ».

Jacques Morrisson, ingénieur Thomson affecté à Taiwan, a lui aussi connu les affres de la fenêtre puisque le 18 mai 2001 il s’écrase sur un trottoir au pied de son appartement (un suicide).

Un officier impliqué dans cette affaire politico financière, Yin Ching-Feng, fut battu à mort. Inopportunément, celui-ci n’a pas pris le temps de chuter de sa fenêtre. Une aération momentanée par l’ouverture ménagée dans les murs de sa résidence, sans étage, était plus en accord avec la mode frégate mais beaucoup moins efficace.

Correspondant de la Société Générale à Taiwan, James Kuo, a bien trouvé la clarté, mort par défenestration, vraisemblablement une autodestruction ?

Un scénario digne des séries noires. Les couleuvres Taiwanaises sont anormalement démesurées. Le souci réside dans le fait que l’Etat Français, avec audace, classe le dossier « frégates » secret défense.

Une question reste posée : Pourquoi un innocent dissimulerait t-il des dossiers permettant de faire la vérité et la justice ?

Autre affaire, le 21 septembre 1994, le contrat AGOSTA est signé par François Léotard en sa qualité de ministre de la Défense du gouvernement Balladur. C’est dans le cadre de l’exécution du contrat AGOSTA que onze Français employés de la Direction des Constructions Navales (DCN) et quatre Pakistanais sont morts en mai 2002 dans l’attentat de Karachi. Le contrat porte sur la vente de trois sous-marins au Pakistan pour un montant de 5,41 milliards de Francs.

Des rétrocommissions illégales auraient permis de financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur. A l’époque, le ministre du budget du gouvernement Balladur n’est autre que Nicolas Sarkozy. Le journal Libération assure que les comptes de campagne d’Edouard Balladur ont enregistré un dépôt suspect de 10 millions de Francs en espèces. Les protagonistes expliquent que les rentrées d’argent provenaient de collectes effectuées dans les meetings. Alors, attention, fermez bien vos fenêtres.

Là aussi une question se pose : Pourquoi continuer à classer le dossier des sous-marins « secret défense », alors qu’il pourrait disculper à jamais Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy des soupçons de corruption qui se portent contre eux ?

Une certitude s’impose, les ventes d’armements faites par l’entremise de l’Etat n’apportent pas la paix aux gouvernements. La suspicion est légion quand les coups de rétrocommissions ont des impacts aux conséquences dévastatrices.

L’arme suprême reste pourtant le secret défense.

 

 

Yasmine - yasmine@oeilpaca.fr

 

 

 

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