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  Art contemporain Photographie : Hans Silvester  
     
 
Hans Silvester
 
 
Photographie réalisée par Rv Dols - Copyright Rv Dols - All rights reserved
 

Hans Silvester est l'un de nos plus illustres auteurs créateurs. Humaniste européen convaincu, il fige le temps depuis plus de 60 ans. Il est le premier grand reporter à inscrire l'engagement écologiste dans ses images. Dans les années 70, ses reportages consacrés à la déforestation en Amazonie déclenchent une prise de conscience mondiale.

Les prémisses d'un faiseur d'images

Hans Slivester est né en 1938 à Lörrach (Allemagne) dans une famille aux origines modestes. Enfant, il comprend rapidement que les études ne sont pas faites pour lui.

Il aime les chevaux et passe la majeure partie de son temps au contact des animaux. Pendant trois ans, il est apprenti photographe. À la fin de son cursus, en 1955, il obtient un diplôme de photographe professionnel, comparable au certificat d'aptitude professionnel français.

Dans les années qui suivent, il publie son premier livre retraçant la vie de sciuridés arboricoles. Avec ses premiers cachets, il fait l'acquisition d'une vespa. Hans a des tendances aventurières. Il rallie le sud de la France en scooter. À Marseille, il gare son deux roues sur le Vieux Port. Boîtier en bandoulière, il immortalise la Canebière. À son retour, l'engin s’est volatilisé.

Désespéré mais pas abattu, Hans part pour Arles en stop. Là, il loue un vélo et rejoint la Camargue. À l'époque, un jeune Allemand qui arrive à bicyclette sur ces terres hostiles, bon cavalier de surcroît, ce n’est pas commun. L'accueil est chaleureux ; pendant six semaines, d'image en image, il rencontre des gardians, des manadiers.

Le livre paru en 1959 sur la Camargue lance sa carrière

De retour en Allemagne il soumet une représentation de mises en pages à son éditeur. Celui-ci lui signifie que la publication sera validée à la condition que Jean Giono préface l'ouvrage. Hans rejoint Manosque et tape à la porte de l'écrivain. Son épouse lui répond que le maître travaille et qu'il ne peut être dérangé. Hans insiste, alors Jean Giono l'invite dans sa demeure et partage un café avec lui. Les deux hommes échangent des propos en regardant la maquette. Jean Giono précise que la Camargue n'est pas vraiment son pays. Lui, c'est plutôt les collines, mais quelque chose se passe, l’esthétique des images, le contact des hommes avec la nature. L'écrivain accepte, c'est d’ailleurs la première fois qu'il rédige une préface pour un livre de photographies.

En Camargue il découvre les gitans

En Allemagne, Hans n'avait jamais rencontré de Gitan. Lors de son passage aux Saintes Maries de la Mer, il découvre le pèlerinage et la ferveur religieuse qui l'accompagne. Fin des années 50, à 22 ans, il repart. Son désir est de suivre le mode de vie des Gitans qui le fascine ; Montpellier, Barcelone, une partie de l'Espagne jusqu'en Andalousie et puis l’Europe de l'est.

HS : « C'était une école formidable. Il faut se faire accepter par les Gitans. Une fois que je suis arrivé à tisser des liens avec eux, j'ai eu des ennuis avec la police. À l'époque en Espagne, il y avait encore la Gardia civile. Dans les camps, je dormais dans ma voiture. Il n'était pas rare que les forces de l'ordre m'extraient de mon auto en pleine nuit. Après, je suis allé en Europe de l'Est, en Yougoslavie c'était la catastrophe. En Roumanie, j'ai eu d'énormes soucis avec les militaires, ils ne comprenaient pas pourquoi j'avais de bonnes relations avec les gitans. Je cachais les films déjà exposés. Quand ils me demandaient de leur donner les bobines, je remettais des films vierges. Aucun système communiste n'avait anticipé cette façon de vivre. Les autorités ne savaient tout simplement pas gérer la liberté exacerbée de ces gens. Ils prenaient les enfants pour les scolariser, mais au bout de deux jours ils ne voulaient plus aller à l'école. La police revenait les chercher, c'était sans fin.

Je pense que le photojournaliste a beaucoup de choses en commun avec les gitans. Souvent, nous ne sommes pas les bienvenus. Nous devons trouver un moyen pour aller au contact des gens, nous faire accepter et entrer.

Plus tard, je suis allé à New York pour suivre les Gitans qui vivaient aux États-Unis. J'ai eu des difficultés à les côtoyer. C'était un peu mafieux, ils avaient des voitures de luxe toutes neuves et un train de vie incomparable avec ceux d'Europe. J'ai appris qu'au Canada, chaque année, une communauté religieuse se rassemblait, un peu comme le pèlerinage des Saintes-Maries de la Mer. Sur place, j'ai logé dans une ferme, "bed and breakfast". Faire des méchouis est immuable lors des manifestations. Les gitans sont venus où je séjournais. Les paysans ne voulaient pas vendre d'agneau. J'ai donc joué un rôle d'intermédiaire. Du coup je me suis fait inviter et j'ai pu faire des photos. À certains moments des gars me mettaient la main sur l'épaule, m'indiquant qu'il fallait rentrer le boîtier ».

Hans Silvester s'établit en 1960 à Lioux Provence France

Durant son périple provençal en 1957, après un mois et demi passé en Camargue, Hans n'a plus d'argent. Il se déplace à vélo. Il trouve refuge pour la nuit dans des cabanons, des cabanes en pierres sèches ou à la belle étoile. Dans les Alpilles, il découvre des bergeries dont certaines sont à vendre à des prix défiant toute concurrence. Le climat, la lumière et surtout la proximité avec dame nature génèrent en lui des rêves de propriétaire. En 1960, il revient en Provence avec sa copine, qui deviendra plus tard sa femme. Tous deux se mettent en quête de leur futur domicile. Mais les Alpilles sont déjà inabordables. Aux Beaux de Provence, le couple rencontre un peintre habitant la ville de Gordes. Il leur explique que de l'autre côté de la Durance, à Lioux, une bergerie est à vendre. Enthousiastes, les deux jeunes gens font l'acquisition de leur maison pour 2500 francs.

Les premiers grands reportages

Dans les années soixante, les jésuites diligentent des études. Ils estiment que l’Europe ne possède pas suffisamment d'éléments d'analyse sur l'Amérique du Sud. Le Vatican fait un effort conséquent qui doit permettre à l’Europe de s'informer sur ce continent. Des cinéastes, des photographes, des reporters sont engagés pour couvrir cette partie du globe. Pendant quatre mois, Hans est guidé par les jésuites et photographie ces pays lointains.

En 1965, Hans Silvester rejoint la plus ancienne agence photographique de France, Rapho fondée en 1933 par Charles Rado, Ylla, Brassaï. Après la guerre en 1946, Raymond Grosset reprend Rapho. Le fonds photographique est alimenté par les travaux de Robert Doisneau, Jean Dieuzaide, Willy Ronis, Sabine Weiss, Jeanine Niepce...

Le magazine Life a besoin de photographies de chevaux de Camargue et sollicite Rapho. L'agence parisienne avait connaissance du travail du jeune photographe allemand. C'est à cette occasion que Hans devient membre de Rapho.

HS : « Robert, Sabine et bien d'autres. Nous échangions souvent quand nous étions à Paris. Nous cuisinions ensemble et partagions des repas, des expériences formidables. C'était le bon moment des agences, la France était le centre du monde. Il y avait une qualité exceptionnelle d'informations visuelles. »

En 1977, Géo sollicite Pierre Accoce, journaliste à l'express, pour une carte blanche. D'origine Basque, il soumet un projet d'article sur la vallée de Saint Engras où se situe son village natal. Hans Silvester est choisi pour réaliser le reportage photographique qui figure dans le numéro 1 de Géo.

HS : « C'était compliqué de faire un reportage dans ce pays isolé. Des deux côtés des vallées, il y a des fermes. Ce n’est pas vraiment des villages, plutôt des hameaux. Alors, j'ai trouvé une combine. Dans des bistrots, en fin de semaine, je faisais une projection des photos réalisées dans les familles qui m'avaient ouvert leur porte. Cela m’a permis d'approcher d'autres personnes. »

 
 
Hans Silvester photographe
 
 
Photographie réalisée par Rv Dols - Copyright Rv Dols - All rights reserved
 

Hans Silvester photographe écologique

Dans les années 70, Hans dénonce la déforestation en Amazonie dans un reportage « Un cri d'alarme pour l'Amazonie ».

HS : « En 1965, j'ai survolé Brasilia jusqu'à Manaos. Il n'y avait pas de trace humaine. Quand je suis retourné sur place pour faire un sujet sur la transamazonnica en 1972, à 10000 mètres d'altitude on pouvait voir des trous immenses dans l'étendue boisée. L'homme avait déjà détruit en peu de temps une grosse partie de la forêt amazonienne. C'est à ce moment précis que je me suis dit, il faut faire quelque chose. »

Le reportage parût dans Géo (plus de trente pages), puis dans Paris Match, il fut publié dans le monde entier. C'est l'élément déclencheur des futures prises de conscience. Dans les années 80, pendant deux ans Hans photographie la quasi-totalité des Parcs nationaux européens. Il est marqué par le pessimisme des scientifiques.

L’Éthiopie Berceau de l'humanité

En novembre 1974, l'expédition internationale de recherche en Afar (nord-est de l'Éthiopie), organisée par Maurice Taieb et Yves Coppens découvre en la personne de Donald Johanson des fragments de fossiles d'un Australopithèque d'environ 3,2 millions d'années. Le squelette est répertorié comme AL 288. L'analyse anatomique approfondie de Lucy indique qu'elle vivait dans les arbres. Mais une fois au sol, elle se déplaçait sur ses deux jambes. Trente ans plus tard en 2004, Hans part en Éthiopie réaliser un reportage sur les paléontologues et géologues.

Dans la vallée de l'Omo, (sud de l’Éthiopie) sur le bord d'une piste, Hans remarque des jeunes gens. Accompagné par son guide, ils rentrent à pied dans les territoires. Ils rencontrent les Surma, ethnie composée de trois groupes ; Me'en, Muri et Suri. Fasciné par les peintures qui recouvrent leurs peaux, Hans les photographie depuis douze ans. Il est retourné 38 fois dans cette vallée.

HS : « Les filles choisissent les garçons. Alors pour être beaux, les jeunes hommes se peignent. Les femmes peuvent se peindre, mais c'est très difficile de les photographier ; Mon âge m'a aidé à ouvrir les portes. En Afrique, dans les villages les vieux ont le pouvoir. Il faut leur permission avant de faire des photographies...

Plus les choses sont simples et plus elles sont fragiles. Au début, quand j'allais dans la vallée de l'Omo, les Surma n'avaient pas de miroir. Depuis qu'ils en possèdent, je me rends compte que la qualité des peintures sur corps est moins bonne. Avant le miroir, ils se voyaient au travers du regard des autres. Ils se peignent moins que par le passé, ils s’habillent. »

Au Soudan, deux guerres civiles se sont déroulées en 1972 et de 1983 à 2002. Le second conflit entre le sud et le nord (plus de deux millions de morts) éclate à la suite de l'adoption d'une législation qui s’appuie sur les droits musulmans. Elf (Total) arme le gouvernement répressif en place pour mater les populations du sud du pays majoritairement chrétiennes, qui dénoncent également l'exploitation pétrolifère et l’inexistence de partage des retombées économiques.

HS : « Au delà de la pollution, il est nécessaire de comprendre que notre bien-être et notre consommation d'énergies fossiles engendrent dans certaines parties du monde des conflits armés qui se soldent par des tueries effroyables. La guerre terminée, les Soudanais ont troqué les kalachnikovs contre des vaches ».

Dans la vallée de l'Omo, il y a au moins 16 ethnies différentes qui possèdent leurs propres cultures. Ils communiquent très peu entre eux. Certains sont nomades, d'autres agriculteurs, d'autres éleveurs. Ils sont souvent en conflit.

HS : « Pour célébrer le mariage d'un fils, un père Surma offre des vaches aux parents de la future épouse. Pour le cadet et les autres fils, ça se complique, c'est souvent inenvisageable. Une vieille tradition perdure, alors le prétendant va voler des vaches aux autres ethnies. S’il réussit, il devient un héros. S’il ne parvient pas à ses fins, souvent, il est tué au cours de l'expédition. Les Surma n'ont pas peur de la mort. Pour eux cela fait partie de la vie ».

En Éthiopie, les répercussions du réchauffement climatique sont déjà visibles. Les Surma sont des éleveurs, certains troupeaux dépassent les mille têtes. Les vaches s'alimentent exclusivement d'herbe. L'été, les périodes de sécheresse sont de plus en plus longues. Le bétail broute là où il trouve à manger. Quand il se nourrit chez le voisin, tout se complique.

HS : « Maintenant ils règlent cela avec les kalashs, en principe ce sont les guerriers, les hommes qui se tirent dessus, pas les femmes et les enfants ».

En douze années au rythme de deux séjours par an, Hans n'a jamais rencontré de soucis. En général il reste un mois sur place. Il va dans la Vallée de l'Omo pendant la saison des pluies ; la vie est plus facile. Pendant cette période le ciel et les lumières sont propices aux prises de vues. Son épouse ne veut plus l'accompagner, dormir sous la tente devient compliqué avec l'âge. Il y a trois ans, ils ont voyagé avec leur petite fille, elle avait 14 ans. Les fillettes du village venaient la chercher le matin et la ramenaient à la tombée de la nuit.

HS : « Je faisais confiance, maintenant c'est différent. Il y a des bandits, des tueries, des choses très moches. Ils tuent facilement, pour eux, la vie ce n’est rien. Quand il y a des conflits, les jeunes qui partent se battre sont contents. Quand je revois les copines de ma petite fille, elles viennent vers moi, on ne peut pas dialoguer, mais les sourires... elles me mettent leurs enfants dans les bras... C'est beaucoup d'émotion. Il y a des nuits, on peut entendre des tirs, ça se rapproche. Le lendemain, j’apprends que des amis sont morts pendant la nuit... »

Les Surma sont des éleveurs. De nos jours, les pistes sont meilleures. Alors ils commercent avec l'Arabie Saoudite qui mange plus de bœuf qu'auparavant. La monarchie islamique consomme de la viande que sous certaines conditions. La provenance, mais surtout le mode de vie des animaux doit nécessairement remplir un cahier des charges spécifique, auquel correspondent les troupeaux des Surma.

HS : « Quand ils vendent un bœuf, celui qui achète fournit trois veaux en contrepartie. Le troupeau doit croître, donc l'argent ne suffit pas ».

Hans et les animaux

Le grand reporter a publié trois livres sur les chats, réédités à plusieurs reprises. Hans aime la nature, aucune ambiguïté à ce sujet. Pendant un an il se consacre aux pigeons, l’Égypte, la Grèce, la Turquie, l'Allemagne, la France autant de voyages pour photographier d'innombrables pigeons et pigeonniers.

HS : « Gamin, j’habitais dans un HLM. Dans la ville où je vivais, il y avait des maisons d'ouvrier. Chacun possédait un petit bout de jardin qu'il cultivait. Certains avaient des poules, des pigeons, des lapins. J'étais vraiment dans mon élément entouré de tout ces animaux. Un jour, une personne que je connaissais me donne un couple de pigeons. Malheureusement, je ne pouvais pas les garder dans un appartement. Quand nous avons emménagé ici à Lioux, la première chose que nous avons acheté au marché d’Arles, c'était un couple de pigeons. Pour moi c'est symbolique. L'homme et les pigeons c'est une longue histoire. En Chine, en Inde, en Europe il y a plus de 800 races créées par l'humain. »

Hans est invité pour le 20eme festival animalier de Montier-en-Der, du 17 au 20 novembre 2016. Il exposera « Créé par l'homme » des tirages 30x40 cm qui donnerons à voir des pigeons.

Depuis six ans, Hans travaille en numérique avec des boîtiers et des objectifs Canon

Il n'est pas rare d'entendre que le métier de photographe est mort. Tout le monde de nos jours possède un appareil photo numérique ou un téléphone et peut faire une photo. Que pense Hans de cette réflexion ?

HS : « Non. Heureusement, une bonne photographie, il est primordial qu’elle soit une bonne image. Beaucoup d'éléments sont à prendre en compte. Il y a une part de création, la bonne lumière, la bonne perspective, la bonne composition, la démarche intellectuelle, le concept. Nous savons à quel point c'est difficile. Je ne fais pas tous les jours de bonnes photographies. Ce sont les gens qui ne s’intéressent pas vraiment à la photographie qui tiennent ces propos. La photographie c'est une écriture.

Je pense que mentalement c'est un métier très compliqué. La part d'investissement est totale. Il faut faire ce que l'on ressent.

En France, les mentalités ont du retard. Aux États-Unis, ils ont une vision totalement différente. Au musée d'art moderne de New York, la photographie est exposée au même titre que la peinture. Aucune justification à cela, la photographie est assimilée à l'art. La France a encore du chemin à faire ».

Quand nous avons rencontré Hans il préparait un livre à paraître chez Acte Sud, une expo pendant les rencontres d'Arles composée de 70 tirages... juste avant son départ pour l'Afrique. Il n'a pas de site internet et c'est volontaire.

À quel âge Hans pense-t-il prendre sa retraite ?

HS : « Le jour de mon enterrement ».



Propos recueillis par Rv Dols - Herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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