| DIAPORAMA PHOTO JP NATAF en live | SOMMAIRE numéro 16 |
Numéro 16
   

JP Nataf

MUSIQUE : JP Nataf

Jean Philippe est l’ex-chanteur et compositeur des Innocents, groupe qui a coloré les foules et les ondes de radio pendant un peu plus d’une décennie. En 1992, le plus grand nombre d’entre nous les découvre sur un album où ils ont mêlé leurs mystères et nos belles différences « Fous à Lier » .

Depuis la fin des Innocents - 2001 - une plage de silence pour JP Nataf et ce, malgré de nombreuses participations et projets distincts. Il a écrit des chansons pour Eddy Mitchel, Hubert Félix Thiéfaine, fait les choeurs sur un album de JL Murat, réalisé un album pour Jil Caplan. Il y eu ce groupe éphémère avec Jeanne Chérhal « Red Legs », suivi d’un « conte musical Imbécile » avec la participation de Catherine sur l’enregistrement…

Finalement, JP Nataf est devenu un souvenir pour la plupart des gens. Nous avons tous oublié la vie de cet homme extra... Son talent ne s’est pas encore brisé sur un grand châtaignier. Le doigt sur la bouche, il nous entraîne hors de nos vies si « Cruelles », l’espace d’un album « Clair » sorti en 2009.

Sous ses airs nonchalants, JP Nataf se consacre à la musique. Ses dates live se font dans un contexte intimiste qui permet de palper l’artiste des yeux. Ceux qui savent écouter de la bonne pop, ne manqueront pas d’aller prendre plaisir sur l’une des dates à venir.

Rv Dols : J'ai lu qu’au début des Innocents tu ne savais pas jouer trois accords sur ta guitare ?

JP Nataf / photo Rv Dols©

JP Nataf : Oui, ce n’est pas faux. Au début je n’avais aucune formation guitare. J’ai pratiqué le piano quand j’étais enfant. Ma connaissance des harmonies, c’était au piano et encore que…. Tu veux la vérité ... à l’époque je trouvais que c’était la honte de se trouver derrière un clavier sur scène. Quand nous avons répété pour les premiers concerts, j’ai essayé la basse. Les cordes étaient trop grosses et mes doigts trop petits. Cela faisait plus, je faisais de la guitare comme Johnny quoi.

Rv Dols : Par contre, maintenant, c’est toi le guitariste du groupe « JP Nataf ».

JP Nataf : Oui, j’essaie.

Rv Dols : Tu as sorti un premier album solo en 2004 « Plus de sucre » ; je ne te cacherai pas que je ne connais pas cette galette qui est passée un peu inaperçue.

JP Nataf : Oui, cela dépend où, il y a eu un retour encourageant des musiciens et les critiques étaient bonnes.

Rv Dols : Dans une interview, tu disais que sur « Plus de sucre », vous n’avez pas eu beaucoup de dates et que cela était dû aux mauvaises ventes. Pourtant de nos jours - à part quelque grosses pointures médiatisées - les artistes tournent avant de vendre, même s’ils ne vendent pas des quantités astronomiques de cd, ils font des dates.

JP Nataf : Oui, mais ils font des musiques qui sont accessibles dans l’immédiat. Tout ce qui est très identifiable entre dans des circuits avec des salles plus ouvertes à tel ou tel style. Pour ma part, les gens me regardent toujours avec un peu de méfiance. Les propos tenus sont, en substance, vous n’êtes pas Rock, vous n’êtes pas variété, nous ne savons pas où vous mettre. C’est un peu pour ces raisons que j’ai décidé de faire des concerts un peu autrement. Je suis parti guitare-voix, alors que je n’avais jamais pratiqué la scène sous cette configuration. Il faut avouer que pour nous c’est compliqué de jouer en ce moment. Nous faisons très peu de dates. Pourtant j’ai un tourneur qui sollicite beaucoup de salles en France, il y en a une sur vingt qui dit oui. Moi, je voudrais jouer tous les jours de ma vie. Mon rêve c’est de faire 200 concerts par an. C’est juste que je n’ai pas de dates. Je suis très malheureux de me retrouver aussi souvent chez moi sans pouvoir monter sur scène.

Nous sommes une petite équipe, sept personnes, nous tenons dans un camion et c’est vraiment du luxe d’arriver à tourner en ce moment. Sur cette tournée de « Clair » si nous arrivons à faire une soixantaine de dates, c’est déjà ça, mais ce n’est pas énorme.

Rv Dols : Sur « Clair », Jean-Christophe a travaillé avec toi (JC Urbain, ex compositeur des Innocents et dont le départ du groupe a mis un terme à l’aventure des Innos).

JP Nataf : Oui, il est venu à la fin et m’a aidé dans le mixage. Il a joué une basse par-ci, un truc par-là. Mais le fait qu’il travaille avec moi c’est très fort. Il y a quelque chose à nous que personne ne pourra plus nous enlever. Nous sommes devenus très potes, beaucoup plus que du temps des Innos. Ce qui d’ailleurs nous tente d’imaginer à faire un truc ensemble. Nous ne savons pas encore quoi, ce n’est pas fermé, bien au contraire. Nous sommes joueurs.

Rv Dols : Tu n’enregistres pas plus d’un album tous les quatre ans. Est-ce que cela ne favorise pas l’oubli dans la conscience du public ?

JP Nataf : Tu sais, même quand cela marchait bien avec les Innocents on fonctionnait de manière identique.

Rv Dols : Oui, mais ce n’est pas la même époque, c’étaient les années 90.

JP Nataf : Je sais, mais bon, j’ai grandi dans l’amour de l’objet disque. D’aimer autant les disques m’a sauvé la vie, c’est devenu ma vie. Pour moi, faire un disque c’est aller au bout d’une démarche. Je ne peux pas imaginer un disque si je n’ai pas le sentiment de dire quelque chose d’autre, de nouveau. Que cela serve à quelque chose. Pour « Clair » j’ai composé au moins cinquante morceaux. Après nous avons enregistré vingt cinq titres et au final il nous en reste douze. Effectivement je pourrais faire cinq albums avec dix chansons.

Rv Dols : Avec les innos tu faisais des Zéniths et maintenant tu joues dans des Smac, des petites jauges, des cafés concerts… N’est-ce pas frustrant ?

JP Nataf : Non, au contraire, je me sens plus en phase avec la musique que je joue et le public. C’est tout simplement du plaisir. C’est ma musique, elle est digérée, je pense avoir fait des progrès et les musiciens qui m’accompagnent sont très bons. Ce que je fais maintenant me comble beaucoup plus que ce que je faisais il y a quinze ans.

J’ai le sentiment que les gens pensent que j’arrive d’une planète où j’aurais étais George Mikaël et tout à coup ils me découvrent dans un bar en train de jouer. Depuis trente ans que je fais de la musique, l’essentiel de ma carrière c’est vingt cinq ans de flop. A part deux albums, tout le reste, ce sont des disques qui ne se sont pas bien vendus. Le succès n’est pas une donnée nécessaire. C’est un plus à un moment donné, cela fait plaisir. Cela ne nous a pas tourné la tête, mais nous a aidé à grandir et prendre confiance en nous. Je suis persuadé que si je n’avais pas connu le succès avec les Innos, je n’aurais jamais osé faire tout ce que j’ai fait après. J’ai appris à jouer de la guitare, à écrire des chansons, mais surtout à prendre confiance en moi.

Rv Dols : Quel est ton statut en ce moment… intermittent ?

JP Nataf : Non, je ne le suis pas encore. Du temps des Innocents je ne voulais pas avoir ce statut, je gagnais correctement ma vie. Depuis dix ans je ne peux pas y prétendre faute de dates. Je vais essayer de l’être cette année avec la tournée de Clair.

Rv Dols : La discrétion, la simplicité et la gentillesse sont des mots qui te caractérisent. Mais ne devrais-tu pas dévaster deux ou trois chambres d’hôtel après des nuits sauvagement arrosées pour prendre du statut.

JP Nataf : Peut-être que le caractère est finalement lié au comportement, je n’ai pas envie d’être quelqu’un d’autre. Pour moi ce qui reste le plus important c’est la musique et d’être musicien. Les gens que j’aime ont forcément cet état d’esprit. Pas besoin de faire les annales des magazines spécialisés, même si des fois le manque d’images peut être désavantageux. Cela laisse de la place pour la musique. Je suis relativement fier que les gens se rappellent de certaines chansons plutôt que de certains comportements. Je suis vraiment ému quand quelqu’un me dit « j’écoutais vos chansons en partant en vacances avec mes parents ».

 

Hervé Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

L'oeil paca.fr votre magazine gratuit REDACTION : redaction@oeilpaca.fr | PUBLICITE : christian@oeilpaca.fr | Mémoires images L'Oeil Paca.fr B.P Mairie 13150 Tarascon cedex