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Numéro 4
   

Kamel Saleh

Rencontre : Kamel Saleh

Le trop rare Kamel Saleh était en repérage sur Marseille pour son futur long-métrage.

Nous avons saisi l’opportunité pour le rencontrer et avoir un entretien privilégié avec le réalisateur, mais aussi avec l’homme.

Kamel est le co-réalisateur acteur, avec notamment Akhénaton (IAM), dans le film " Comme un Aimant ", sorti en 2000 et qui eut un succès d’estime (300 000 entrées).

Il a aussi réalisé plusieurs clips vidéo pour IAM : " Demain c'est loin " , " Nés sous la même étoile " …

Il a été également récompensé par un prix pour un documentaire.

Avant les dernières élections présidentielles, il s’est investi dans des spots qui incitaient les jeunes à aller voter.

L’œil paca.fr : Pourquoi t'es-tu retrouvé derrière une caméra ?

Kamel : Au début, je voulais être acteur. J’ai fait des ateliers de théâtre, mais la réalisation m'inspirait. C’est moins évident de dire « je veux être réalisateur », surtout quand tu n’as pas un cursus pour.

Kamel Saleh / Photo Rv Dols©

J’ai donc commencé comme autodidacte, avec une caméra et seul. Je dois avouer que c’était maladroit, mais ça permet d’apprendre sur le terrain. Avec les acteurs des ateliers de Bellevue, nous sommes partis d’une idée qui était « Je veux être ». Une multitude d’actions se déclinait et je filmais. J’ai tourné en numérique, à l’époque c’était la mini DV. Dans la ville, les quartiers, la nuit, le jour, je tournais, je tournais, je n'arrêtais pas de tourner. Akhénaton a visionné mes images et il m'a mis le pied à l’étrier en me confiant la réalisation du clip Demain c’est loin.

L’œil paca.fr : Kamel, il y maintenant huit ans que Comme un Aimant est sorti, et depuis ... plus rien. Le côté Hip Hop et social, ou peut être communautariste, du film ne t-a t-il pas classé dans un tiroir ?

Kamel : C’était une co-réalisation, j’étais aussi acteur sur ce film ... ça fait peut-être un peu beaucoup. Je ne sais pas vraiment et si je commence à réfléchir à ça, je ne trouverai pas la réponse. J’ai perdu trop de temps à attendre que cela arrive. Donc, la réalisation d’un nouveau projet monté de A à Z, une autoproduction, c’est compliqué mais si je veux faire un long-métrage, ça passe par là. Une des difficultés est de trouver des partenariats, les gens s’imaginent que je suis « blindé de tunes », et ... ce n’est pas vrai. Je suis conscient que le nerf de la guerre c’est l’argent, mais il faut comprendre que sur ce projet il n’y en a pas. On ne va pas louer un hélicoptère pour faire des images, ou ce genre de chose. Il y a des années que j’ai en tête ce projet mais personne ne veut le financer. Il y a deux mois j’ai décidé d’y aller et de m’investir à fond. Bizarrement, le fait de ne pas avoir de producteur est un soulagement. Cela me permet une liberté totale au niveau de la création. L’ouverture d’esprit et le rapport direct avec les gens sont simplifiés.

L’œil paca.fr : Quel regard portes-tu sur la situation des quartiers populaires de Marseille ?

Kamel : Ces jours-ci, j’ai revu des amis que je n’avais pas vu depuis des années. Je crois que la situation est encore plus dramatique qu'à l’époque où nous avons tourné Comme un Aimant. Il y a tous ceux qui ne sont plus là. Il y a tous ceux qui restent, dans un état... Ils sont sur le fil du rasoir, entre un univers qui ne reflète pas la réalité, entre un peu de lucidité et une fenêtre entrouverte sur la vie. Il y a aussi ceux qui vont bien, ce matin j’ai vu Karim qui bosse et fait sa vie. Mais j’en ai vu beaucoup trop de cette génération qui sont dans la survie et ça fait mal.

A mon époque nous n’avions pas les mêmes besoins. Aujourd’hui malheureusement le fossé se creuse un peu plus de jour en jour entre les populations aisées et les pauvres. Mais je pense que ce n’est pas spécifique aux quartiers populaires, cela se retrouve à plus grand échelle dans le monde. Les gens ont de plus en plus de mal à se nourrir, pendant que des profits colossaux qui engendrent le KO de l’humanité perdurent. Personne ne fait rien pour redresser la barre, l’hypocrisie ambiante est un maître mot.

L’œil paca.fr : Les élections municipales à Marseille ?

Kamel : Je ne sais pas si les besoins de la population sont dans le tram ou le fini-parti de certains. Ils sont peut-être ailleurs, dans l’emploi, le prix des loyers, les conditions de survies... J’ai le sentiment qu’à Marseille on est dans une démarche de promoteur commercial ; le fait que les quartiers du centre ville soient occupés par une population modeste est peut-être vu d’un mauvais œil. Les promoteurs achètent les quartiers du centre ville pour pouvoir augmenter les loyers. Ils vont accentuer la misère en périphérie du centre ville. Marseille est une des rares villes où l’immigration est arrivée par le centre. D’ici une dizaine d’années nous aurons les mêmes problèmes à Marseille et dans sa banlieue, qu’à Paris et sa région.

L’œil paca.fr : Tu es un jeune papa.

Kamel : Nous sommes tous un peu égoïstes, notre bonheur, notre confort …La simplicité, le sourire d’un enfant, être là, des choses simples, la nature. On passe trop souvent à côté, on ne voit plus la belle chose que constitue la vie. D’avoir un enfant ça te permet de te rendre compte que finalement l’essentiel n’est pas là où l'on croit qu’il est.

 

Rv Dols - herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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