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| ARTS plastiques contemporains : Photographie / Laura Jonneskindt | SOMMAIRE |
Numéro 19
   

photo Rv Dols

ART plastiques contemporains : Photographie / Laura Jonneskindt

Originaire de Dunkerque dans le Nord de la France, Laura est arrivée de Paris au printemps de l'année 2011 pour s'établir à Arles. Depuis 2006 elle est photographe indépendante, membre de l'UPP l'association qui défend le droit des photographes.

Adolescente, par passion, elle pressait le bouton de son boîtier. Après un passage de plusieurs mois dans les Fjords de l'ouest de l'Islande, Laura revient en France avec un stock d'images. L'envie de donner à voir ses photographies la pousse à prendre contact avec la profession. À Dunkerque, elle rencontre un photographe franchisé qui l'aide à monter sa première exposition en 2005. Enthousiasmée par le retour du public, Laura décide de devenir professionnelle. Elle a une vingtaine d'années.

La nécessité d'acquérir des bases techniques et une culture photographique lui semble inévitable, elle passe le CAP de photographe.

Laura avait raison, un minimum s'impose pour devenir professionnel. Actuellement, nombreux sont ceux qui jettent leurs dévolus sur la carrière par goût de liberté, d'aventure, en envisageant la profession comme une activité fun.

Trop d'utilisateurs d'appareil numérique deviennent auto-entrepreneurs (AE) du jour au lendemain. Ce statut a été mis en place pour endiguer le travail au noir, pour ceux qui ont déjà une profession et pour ceux qui pratiquent une activité en complément.

Laura photo Rv Dols©

La première chose à prendre en compte avant de devenir photographe professionnel, c'est qu'il faut l'avoir dans les tripes. C'est plus une philosophie de vie qu'un métier.

Dans un premier temps " aiguiser " son œil est impératif. La construction mentale des images et le cadrage doivent être instinctifs. L'anticipation de la prise de vue devient un réflexe. Le comportement et le positionnement du photographe prennent toutes leurs importances sur le terrain. Le photographe doit voir la lumière, la comprendre, la dompter, elle lui servira à sculpter ses photographies. Posséder un maximum de connaissance technique pour être capable de s'en affranchir, cela passe par un cursus et des années de pratique, c'est indissociable de la profession. Sans oublier l'éthique professionnelle et une dose de talent. Des exigences qui se révèlent souvent trop lourdes. Autre critère à ne pas négliger : à moins de faire partie d'un niveau social relativement élevé (là où le piston est une seconde nature), au début, le choix de cette profession engendre la précarité. La prise en compte de ces paramètres est inévitable.

Laura décide en 2006 de remplir le formulaire PO du trésor public et devient photographe auteur créateur, elle peut rédiger des cessions de droit et vendre des tirages limités. Statut qui ne lui permet pas, entre autres, de réaliser des photographies de mariage, car ce n'est pas une activité créatrice, c'est un service à la personne. Alors, quels sont les clients de Laura ?

Laura : « Il y a plusieurs années, j'ai décroché un contrat avec Gaz de France. Tous les mois pendant pratiquement deux ans, j'allais sur le chantier d'une centrale électrique à Fos pour faire des photos de l'avancement des travaux. C'était vraiment le pied et cela m'a permis, en parallèle, de me consacrer à mes projets personnels sans avoir le souci de rentrée d'argent. J'étais payée pour faire des photos à partir d'un hélicoptère. »

Laura a la fibre artistique, elle considère son boîtier comme un médium, voire un pinceau. Pour son travail sur les moustiques, elle a gagné le prix de la première installation (2500 €) du festival In Situ en Camargue. Une vingtaine de tirages étaient accrochés à des moustiquaires alors que le sifflement persécuteur de l'insecte retentissait en boucle.

Laura : « Souvenir d'été, je pense sortir une saison 2 un jour. Il y a eu beaucoup de réactions positives et négatives autour du sujet. La preuve que cela ne laisse personne indifférent. Des gens sont allés jusqu'à m'insulter sur internet et me traiter de barbare. Mais bon, c'était intéressant, notamment dans le fait que j'ai photographié des moustiques tigre, ce qui prouve qu'ils sont déjà en Camargue. J'adore faire de la macro, car elle va plus loin que notre œil, j'apprécie cette notion d'échelle, quand j'ai fait les photos d'hélicoptère au final on pouvait se demander si c'était de la macro, étonnant. »

Il y a deux ans, Laura goûte à l'expérience de la maternité, ce qui génère chez elle une envie du projet « Identité ».

Laura : « Quand je me suis retrouvé sur les bancs de la maternité et que j'ai vu toutes ces femmes porter la future génération, j'ai pensé que c'était trop beau. Le projet est parti de là. Après mon accouchement, je suis allée dans la rue avec mon bébé. Je pensais pouvoir accoster les passantes enceintes, les solliciter afin qu'elles adhèrent à mon projet. En réalité, les réactions étaient violentes et le refus catégorique. J'ai fini par avoir une petite publication dans le journal de la ville et enfin les premiers contacts. C'était la première fois que mon sujet central était l'être humain. Le projet est en cours de réalisation. Pour participer, les futures mamans peuvent toujours me contacter.»

Laura mène de front plusieurs projets, « Le petit monde de Gereminé », un livre pour enfant, elle cherche d'ailleurs un éditeur. Un autre projet de livre avec l'artiste Christine Millerin (qui sera édité à La Fabrique Sensible), les deux jeunes femmes font tourner leurs expositions d'images et de livres pliés en simultanée. Le résultat est surprenant et les expositions fonctionnent bien. Mais Laura avoue sans détour qu'elle ne mange pas, pour l'instant, de son activité professionnelle.

Laura : « Quand je n'ai pas de client, je n'ai aucune rentrée d'argent. Dans ces périodes, il faut y croire à fond, c'est important, j’ai envie d'arriver à en vivre. Il est vrai que sans le salaire de mon compagnon tout serait plus compliqué, pour l'instant nous pouvons nous le permettre. Cela va mieux, puisqu'il y a plus de vente de tirages, les projets sont plus nombreux. Si je suis obligée de me diversifier, avec des photos dites d'illustration, peu importe, c'est à la prise de vue qu'il faut prendre du plaisir. Avec le projet du livre pour enfant “Gereminé”, je m'éclate, c'est vraiment enthousiasmant. Le jour où la passion ne sera plus au rendez-vous, j'arrêterais. Pour l'instant je croque la vie comme elle vient. » - www.laurajonneskindt.com -

 

Propos recueillis par Rv Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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