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LISA DECK
     
 
 
   

Lisa Deck

ART / Sculpture : Lisa Deack

Lisa Deck amorce sa vie professionnelle par l'écriture. Sociétaire à la Sacem, elle rédigeait des chansons destinées au monde de la variété. À cette époque, elle vivait à Montparnasse (Paris). Sa colocataire suivait des cours de sculpture ; De nature curieuse, Lisa l’accompagne. Elle découvre la matière à cette occasion, une véritable révélation qui la bouleverse. Clara Delamater l’initie aux techniques. Les aptitudes de Lisa sont innées, elle démontre une dextérité inhabituelle chez les novices.

En parallèle, Lisa continu à écrire des chansons. Elle considère cette activité comme étant alimentaire. Pour elle, poser des mots sur du papier est une souffrance.

Les étapes se succèdent, Lisa se met à la tâche avec sérieux. Elle entre à la maison des artistes, la sculpture devient sa profession. Les créations de Lisa voyagent d'exposition en exposition. Les commandes s’enchaînent, elle collabore avec des fondeurs Parisiens pour satisfaire les commanditaires aisés et amateurs de bronze. Pour Lisa, tout est dit dans l’esquisse, le travail de la terre a une grande sensualité et une énergie que l'on ne retrouve pas dans le bronze.

En 2000, elle réalise pour le musée Grévin (Paris) des statues en cire, entre autres de Zinedine Zidane, Sean Connery, Julia Roberts ...

Malgré son attirance viscérale pour la terre, Lisa reste en contact avec le bronze, principalement pour toutes ses créations monumentales visibles dans les institutions. En 2001, l'Assemblée Nationale du Gabon la sollicite pour la réalisation de deux statues de Léon M'Ba et Omar Bongo. Pour ces réalisations, elle fait couler les bronzes chez Barthélémy à Crest. Les expositions se multiplient jusqu'à plusieurs dates par an.


Sculpture Lisa Deck / photo Hervé Dols

Lisa décide de venir s'installer à la lumière du Sud de la France. Elle s’établit sur la presqu’île de Giens (Hyères) et se met en quête d'un atelier. Consciente d'être privilégiée par son travail, elle ressent également la nécessité de transmettre aux autres.

Elle propose au directeur de l'hôpital Renée Sabran à Giens (Hyères) un échange de bons procédés sous forme d'économie solidaire. L'hôpital met à sa disposition un bâtiment vétuste en guise d'atelier. En contrepartie, elle apporte ses compétences sous forme de cours aux paraplégiques et tétraplégiques. Cet échange se perpétue de 2007 à 2010. Il en reste des instants d’évasion pour les patients, des souvenirs inoubliables pour Lisa et une fresque monumentale à Renée Sabran.

Lisa réitère l'expérience, elle intervient en centre pénitencier. Elle enseigne également la sculpture, encore de nos jours, aux ateliers relais auprès des jeunes adolescents en souffrance issus de milieux sociaux défavorisés. Tous les mercredis, elle reçoit dans son atelier les Petits Frères des Pauvres, des gens abîmés par la vie qui s’essaient à la terre. Lisa confie volontiers ; « Je ne ferai pas de tout le monde un sculpteur, loin de là. L'important c'est les rencontres autour d'un médium, ils m'apportent tous énormément. Je pense que j'ai eu beaucoup de chance dans ma vie. J’essaie de donner quelque chose aux autres ».

Lisa ne fait pratiquement plus d'exposition. En premier lieu parce qu'elle vend. Souvent des pièces uniques, des fois en série limitée, deux ou trois exemplaires.

Plus de vingt années de carrière, avec trois thèmes pour l’accompagner.

Le premier (celui qui permit à Lisa de se faire connaître) du Fœtal au Divin. Lisa explique ; « Un repli sur soi qui laisse toujours entrevoir une ouverture. L'idée est de se retrouver pour mieux s'ouvrir aux autres ».

Son second thème est le Mythe d’Icare ; « Son père lui donna le savoir et puis, de vouloir toujours aller plus haut... c'est le problème de nos sociétés actuelles. Ce qui m'intéresse c'est de transcender les échecs. Effectivement, il tombe. Mais à un moment donné, nous tombons tous. Se relever, positiver sa souffrance... »

Son troisième thème, période actuelle, est le Fragment Poétique ; « J'effectue mes recherches depuis environ trois ans sur ce thème. Le fragment parce que nous sommes dans une société complètement fragmentée, les familles, le travail... Et aussi l’intérêt du fragment, parce qu’il est un tout, mais également une partie de. Le but est que la personne qui regarde mon travail voit un fragment, mais elle peut créer le reste du tout. En définitive, ce que j'explore c'est la personne qui observe le fragment ».

La passion de Lisa est exacerbée à son paroxysme, se confondant à sa vie, son œuvre, ses recherches, ses travaux en témoignent. Elle est motivée par les challenges, la découverte la transcende. Une curiosité compulsive qui pousse l'artiste au-delà de ses forces. L'abandon de soi est total au moment de la création, procurant un état second perceptible uniquement par les initiés.

Quand on interroge Lisa sur sa définition de l'artiste, voilà ce qu'elle répond ; « Tout artiste doit être en mesure de produire du figuratif de manière académique. Maîtriser la technique pour être en mesure de l'ignorer. La réflexion doit être soutenue à une émotion, un travail de la main, de la matière. Il n'y a pas que la prouesse même si elle est là. La démarche intellectuelle doit rejoindre l’émotionnel. Investir le spirituel, épurer son travail, on peut aller dans une abstraction sous-tendue justement par toute cette charge.

Pour être artiste, tu te lèves le matin, tu te mets au travail pendant huit heures, et ce tous les jours. Un jour peut-être, tu pourras dire, je suis un artiste. Le talent est important, mais il ne fait pas tout ». www.lisadeck.fr

 

Hervé Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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