Lucien Clergue
Photo Rv Dols

Rencontre

La lumière du sud sculpte des corps de femmes et trace des ombres dans ses images. Les prises de vue de Lucien Clergue ont des influences diverses, mais la Camargue et sa culture reste sa muse. Une grande partie de sa production se réalisa en éclairage naturel sur les terres provençales. Bien plus qu'un photographe, il est un photon libre, qui n'a eu de cesse pendant sa vie de porter au plus haut « l'Art Photographique ». Lucien Clergue est l'un de ceux qui ont introduit la photographie dans les musées. Le fondateur des rencontres internationales de la photographie d'Arles (1970 avec l'écrivain Michel Tournier et l’historien JM Rouquette) a révélé aux yeux de tous la photographie comme étant un art majeur.

Très affaibli par un cancer, l'illustre photographe nous a conviés chez lui, Rue Aristide Briand, à une centaine de mètres des Arènes, pour nous offrir un temps de pose inoubliable.

Il est né à Arles en 1934, ses parents sont alors commerçants. Lucien n'est qu'un enfant lorsqu’ils se séparent. Avec assiduité, il étudie le violon. Il délaisse son instrument de prédilection pour des raisons financières. Très jeune, il va pointer en usine pour subsister. L’existence de Lucien Clergue est jalonnée de rencontres cruciales. Improvisé gardien du "Château des merveilles" situé près du Pont du Gard, il prend goût à l'art.

« Douglas Cooper historien d'art et collectionneur, me confia la garde de son Château pendant qu'il s’en allait sélectionner des dessins inédits chez Picasso. J'eus ainsi le privilège de vivre au milieu d'une collection de tableaux cubistes unique au monde, complétée d'œuvres de Miro, Paul Klee et Nicolas de Staël, de sculptures de César et d'Auguste Renoir, de découvrir des livres illustrés d’estampes de la plupart de ces maîtres ».

Lucien Clergue réalisa ses premières images argentiques dans des décombres d'habitations. Il était marqué par la guerre ; la maison de ses parents fut détruite par les bombardements.

Sa mère malade, de longues années, Lucien était aux petits soins ; Il pansait les plaies de ses jambes. Le soir venu, il écoutait les instructions qu'elle lui prodiguait, au cas où elle ne passerait pas la nuit. Forcément, cela ne laissa pas indifférent. Il n'avais que 18 ans lorsqu’elle décèda.

" J'allais sur les quais du Rhône à Arles, c'était le fleuve de la mort. Il charriait des cadavres de toutes sortes. J'étais préoccupé par la fin de l’existence. J'interrogeais la mort avec mon travail. "

Un jour de corridas dans les Arènes d'Arles, il montre des tirages à Picasso. « Je n'avais pas beaucoup de photographies. Picasso m'a dit qu'il voulait en voir d'autres. C'est à ce moment-là que j'ai commencé sérieusement à faire des photos ».

Picaso devient son ami

Une amitié indéfectible va naître entre les deux hommes et ce, jusqu’à la disparition du maître en 1973. « Picasso me recommande à Jean Cocteau. Je vais le rencontrer à Paris dans son appartement du Palais Royal. Jean Cocteau s’est servi de mes photographies de gitans pour décorer la chapelle de Villefranche sur mer et la mairie de Menton. Il m'a présenté à des gens, c'était parti... » Indiscutablement, sa présence dans le cercle des amis de Picasso et de Jean Cocteau crédibilise le travail de Lucien Clergue.

Le premier livre de Lucien Clergue paraît en 1958, Corps Mémorable. « Il y a seize poèmes de Paul Eluard, la couverture est réalisée par Picasso et Cocteau écrit un poème liminaire. Ce livre est révolutionnaire, mes photos font apparaître, pour certaines, les poils pubiens. À l'époque, c'était interdit. Il y avait une loi qui spécifiait : là où il y a le poil, il ne faut pas la tête, et là où il y a la tête, il ne faut pas le poil. Comme je ne photographiais pas les têtes, j'étais sauvé, ils n'ont pas saisi le livre. J'ai illustré beaucoup de poètes. J'étais lié avec certains d'entre eux. Je considère que la photographie c'est la poésie de l'image. »

Quand Lucien Clergue revient de New York en 1961, il persuade Rouquette, le conservateur du Musée Réattu d'Arles, de la nécessité d’acquérir un fonds photographique. « J'ai écrit aux photographes que j’admirais. Ils ont fait des dons. Aujourd'hui, le musée détient, quasiment, 5000 photographies. Dans les collections, il y a des pièces exceptionnelles, notamment celles d'Édouard Weston, je crois que c'est la plus belle collection d’Europe. C'est une magnifique aventure, il n'y avait pas de photographies dans les musées de ces années là ».

En 1969, Lucien Clergue, accompagné par JM Rouquette et Michel Tournier, fonde le plus prestigieux festival photographique du monde : les Rencontres Internationales de la Photographie d'Arles. « Nous avons commencé avec de petits moyens. Il n'y avait rien sur la photographie, la demande était grande. La règle de Cartier-Bresson c'était que le photographe ne devait pas se montrer. Nous les avons mis sur une scène, les gens ont pu les applaudir et le succès fut fulgurant ».

Doctorat à l'Université de Provence

Lucien Clergue est le premier à présenter une thèse non écrite, constituée uniquement par des images, il reçoit en 1979 son doctorat à l'Université de Provence. « Je n'ai pas passé le bac. Donc je ne pouvais pas passer une thèse. J'ai proposé à Raymond Jean qui était mon directeur de thèse de la soumettre sans écrit. Il a pris peur. Sa première réaction fut négative. Mais je suis parvenu à le décider d'aller voir Roland Barthes à Paris. Roland Barthes, qui faisait d'ailleurs partie du jury, a fini de le convaincre ».

En 1982, Lucien Clergue prend part à la création de l'École Supérieure Nationale de la Photographie où il a enseigna et qui se situe à deux pas de chez lui. « Un peu, je ne suis pas un prof exceptionnel ». Pourtant, il fut professeur de l'Université de Provence, mais aussi à la New School for Social Research de New York. Également invité à maintes reprises par les universités Américaines (Harvard...) et Japonaises pour donner des conférences.

En 2003, il est fait chevalier de la Légion d'honneur et en mai 2006 il est élu à l'unanimité membre de l'académie des Beaux Arts, qu'il a présidée en 2013.

« Exact, à l’Institut de France c'est la huitième section. Nous sommes deux photographes, il y a également Yann Arthus-Bertrand. Je fus intronisé sous la coupole en 2007, avec le costume que Christian Lacroix m'a dessiné ainsi que l’épée. Malheureusement depuis 2013, suite à un gros problème de santé, je ne fais plus de photographie. Bon, j'ai réalisé 800 000 clichés dans ma carrière. J'aurai encore beaucoup à dire, mais je n'ai plus la force. Actuellement, il y a trois personnes qui gèrent le fonds photographique. Ils montent les expositions, les livres, les catalogues, pour lesquels nous sommes sollicités. »

Propos recueillis par Rv Dols / rv.dols@oeilpaca.fr

 

Photo Lucien Clergue

Mon Ami Picasso, édition avec photo de Lucien Clergue

Photo Lucien Clergue

Les premiers albums, photo Lucien Clergue

Photo Lucien Clergue

Portrait, photo de Lucien Clergue

Photo Lucien Clergue

Brasilia, photo de Lucien Clergue

 

 

Kirk Douglas photo Lucien Clergue
Truffaut et Cocteau
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