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Numéro 4
   

Mano Solo

Musique : Mano Solo

Mano Solo est un auteur, compositeur et chanteur Français.

Emmanuel, fils du caricaturiste Cabu, s’essaie d’abord au dessin. Il crée un Fanzine « La Marmaille Nue » et réalise des toiles qui seront exposées à New York.

Mano Solo débute dans la musique à 17 ans comme guitariste avec les Chihuahuas, groupe Punck. Dans les années 90 il prend le micro pour chanter ses textes.

En 1993 sort son premier album « la Marmaille nue » dans lequel il évoque sa séropositivité et qui se vend à plus de 100 000 exemplaires.

Sa musique est un mélange de rythmes africains, airs de tango et rengaines des faubourgs parisiens.

Le second opus « Les Années sombres » sera également disque d’or après quelques mois.

Mano Solo dessine et peint les pochettes de ses albums. Il a aussi publié deux livres, « Je suis là » (poèmes) en 1995 et un roman, « Joseph sous la pluie » en 1996.

En 2006 il se sépare de la Warner. Dix albums plus tard il autoproduit sa première galette « In the Garden », sortie en mars 2007.

Mano Solo / Photo Rv Dols©

Hervé Dols : Je crois savoir, que « In the Garden » s’est vendue à 30 000 exemplaires… les chiffres ont chuté par rapport à tes débuts.

Mano Solo : Aujourd’hui, la soit disante libération de la culture est profitable à certains. Les fabricants de téléphones et de lecteurs mp3…, pourquoi un jeune achèterait une chanson 1 euro alors qu’il peut la télécharger gratuitement. Par contre, il va payer son ipod 250 euros et sa connexion Internet. Son ordinateur, il le paye aussi. Il ne va pas le piquer. Juste parce que moi il peut ne pas me payer, alors il télécharge illégalement.

Tout d’un coup, il va se draper d’un pseudo discours politique du genre " luttons contre les salopes de l’industrie ". Il ne se rend pas compte que 20% du personnel de Warner, x % du personnel de la FNAC, se retrouvent au chômage. A la limite, si tu vas télécharger un film Américain, moi j’en ai rien à battre. Je ne vais pas te culpabiliser car ils n’ont pas besoin du marché Français pour exister. Télécharger un artiste Français, c’est le tuer et avec lui la diversité Française. Le capital lui, s’adapte avec des circuits fermés comme la Star académie… Il ne faut pas croire qu’on a niqué les majors, au contraire… on les arrange.

Quand on demande à l’artiste de faire un objet plus beau pour attirer le consommateur, on lui demande de faire du marchandising. Je m’en fous de vendre un bout de plastique. Ce que je vends, ce sont mes chansons. Il faut comprendre qu’il y a du travail dessus et que pour qu’il arrive jusqu'à toi il a fallu rétribuer une cinquantaine de personnes.

Moi, j’ai la chance de venir du milieu de la peinture. Tant que l’on te dit ; " c’est bien ce que tu fais " tu en as rien à foutre. Quand le mec met 10 000 balles sur ta toile, à ce moment précis tu sais que ton travail a une certaine reconnaissance. Quand tu es un jeune peintre, tu passes ton temps à vouloir te vendre. Moi je n’ai aucune culpabilité à vouloir me vendre.

Les gens ne comprennent pas que l’artiste, tout désintéressé qu’il soit dans sa philosophie ou son talent, ou tout ce qu’on peut inventer sur les artistes. Il est en vérité aussi un travailleur et il a besoin de finances pour subsister.

L’œil Paca.fr : J’ai lu qu’à tes débuts tu avais beaucoup de textes disponibles pour faire un album.

Mano Solo : Sur les " Années Sombres " nous avons enregistré vingt trois morceaux. On n’avait pas le temps de finaliser le tout. En fait, j’aurais pu faire d’un seul coup les trois premiers albums. J’avais déjà toutes les chansons…

La plupart, car il y en a que j’ai écrites en cours de route. Je les faisais apprendre au fur et à mesure aux musiciens qui jouaient avec moi. J’ai toujours varié les concerts. Nous répétions le matin et le soir sur scène on les jouait. Ce ne sont jamais des morceaux compliqués. C’est des trucs que je fais moi à la guitare. Je suis tellement mauvais que cela ne peut être que des trucs simples.

Dans le dernier album il y a des bouts de textes qui datent de 15 ans ou 20 ans. Je me rends compte que ce que j’écris peut se mettre bout à bout. Il y a une obsession là dedans. Tous les matins je me lève avec une question en tête et ça m’énerve, parce que je ne sais pas ce qu’est cette question. Ce n’est pas une question-réponse. Tu ne cherches pas la réponse. C’est ta question et elle est là. Elle te taraude. Elle te pourrit la vie même. Il faut que tu la travailles. Elle est où cette question ?.. Quelle est cette question ?.. Je pense que c’est ça un artiste et rien d’autre.

L’œil Paca.fr : Où en es-tu avec la poésie ?

Mano Solo : Moi je veux bien être un poète. Mais si l’on me voie comme un poète, c’est que tous les autres ne le sont pas. Je suis plus un petit malin qu’un poète. J’ai grandi dans un milieu de vocabulaire. Je m’amuse. Je ne crois pas tellement à ce que j’écris, même si j’écris la vérité.

Pour moi ce n’est pas de la poésie parce que je me marre à écrire des trucs tristes. En vérité, je suis très sadique et ça me défoule. Au début de ma carrière je montais sur scène pour faire mal aux gens. Cela me donnait de la force de les voir pleurer. Quand je suis dans la merde il faut que je rigole avec, sinon il te reste plus rien. Je fais ma psychanalyse depuis le début. Peut-on être un poète quand on fait sa psychanalyse ? ... Pour être un poète il faut être un peu moins nombriliste. Il faut être plus ouvert sur les autres. Le seul album qui ne soit pas nombriliste c’est " Dehors " d’où le titre. C’est une suite de portraits.

L’œil Paca.fr : Et l’écriture ?

Mano Solo : J’écris tout ce que je pense, tout ce qui me vient. Il y a encore des bouts de textes qui déboulent, des bouts de textes qui restent dans des coins. Il y a des idées qui sortent, sans jamais aller plus loin, la suite est plus laborieuse. Si les choses ne me viennent pas là dans l’instant, ça me fait chier et je laisse tomber. Je ne travaille jamais un texte, il faut que cela arrive comme ça. Après je relie et je supprime des trucs.

L’œil Paca.fr : Que penses- tu de l’engagement des artistes dans telle ou telle cause ?

Mano Solo : Pour moi, l’engagement des artistes c’est de la bouffonnerie. C’est trop facile. On m’appelle tous les jours pour soutenir untel… et je pourrais n’être qu’un panneau publicitaire pour toutes les causes. Devenir complètement démago, avoir l’air d’un ange, avoir l’air de ce que je ne suis pas.

Tu sais, la politique spectacle, moi je suis contre. Je suis même contre le spectacle de soutien. Faire croire aux gens que je soutiens une cause en faisant ce que je fais quotidiennement n’a aucun intérêt. Juste parce que ce jour là je ne vais pas être payé, alors ce serait ça mon soutien. Tu parles d’un soutien, et puis après je rentre chez moi vivre bourgeoisement. J’aurai fait quoi finalement sur scène. J’aurai fait de la pub pour mes chansons. C’est ce que font les artistes. Ils me font pitié, mais moi je ne participe pas à toutes ces merdes. De plus, les gens viennent te voir toi et ils ne viennent pas supporter la cause, ça leur fait des concerts pas chers, c’est tout. Par contre, en tant que citoyen je m’exprime.

L’œil Paca.fr : Tu es le producteur de In the Garden.

Mano Solo : Oui, j’ai fait un prêt de 130 000 euros à la banque et une hypothèque sur ma maison pour pouvoir le produire. Avec les 30 000 albums vendus j’ai remboursé la banque, c'est pas du boulot ça. Tu vois pourquoi le téléchargement exacerbe mes ressentiments. Finalement, j’ai fait quoi moi. J’ai fait gagner de l’argent à une banque qui en a rien à faire de la culture.

 

Hervé Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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