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| SOMMAIRE n° 6 | MANU DIBANGO | DIAPORAMA PHOTO MANU DIBANKO EN CONCERT |
Numéro 6
   

Manu Dibango

Manu Dibango

Emmanuel N’Djoké Dibango est né le 12 décembre 1933 à Douala au Cameroun.

Une fois son certificat d’études réussi, son père l'envoie étudier en Europe.

Au printemps 49, le jeune Manu accoste à Marseille.

Manu Dibango : - « L’année prochaine cela fera soixante ans que j’ai débarqué à Marseille. Quand je viens à Marseille, je regarde le port comme quand j’avais quinze ans…comme un gamin. A l’époque, je changeais de monde. D’un continent à un autre. Je suis toujours ému ici, en plus, tout à l’heure, j’ai vu un grand paquebot. Cela m’a rappelé les 21 jours de mer entre Douala et Marseille en 1949. De nos jours, en avion, c’est six heures.

Marseille restera la première ville Française que j’ai vue. En plus, nous étions colonisés à l’époque. Marseille me fait penser à une autre France.

Les gens qui vivent au bord de la mer et avec le soleil… C’est jamais pareil…

Si Marseille pouvait parler… C’est la porte d’entrée et de sortie pour certains…

Dès qu’il y a plusieurs énergies qui peuvent se combiner et que c’est la volonté des hommes. Pour un artiste c’est pratique, tu n’as pas besoin de bouger de là, tu as le monde entier autour de toi.

Manu Dibango / photo Hervé Dols

Si tu es sensible et musicien, tu captes énormément d’ondes positives. Tout se mélange logiquement et cela doit aboutir à quelque chose de concret artistiquement parlant ».

Le musicien a parcouru le monde pour faire entendre son art. Des voyages incessants entre l’Afrique et la France, des expériences diverses, tour à tour chef d’orchestre en Belgique, gérant de boîte à Kinshasa au Zaïre, puis patron du Tam-Tam où en 1962 il lance la mode du twist avec "Twist à Léo". Mais les soucis s’accumulent, après un passage à Yaoundé, Manu (et sa femme Coco) revient en France presque ruiné. Il se « refait » au Casino St Cast en Bretagne comme musicien.

De retour à Paris en 1965 où il accumule les cachets ; Il jouera notamment dans les orchestres de Dick Rivers et de Nino Ferrer.

Après deux albums solos, il enregistre en 1972 l’hymne officiel de la huitième coupe d’Afrique des nations de football qui se déroule au Cameroun avec, sur la face B du 45 tours, le titre culte « Saoul Makossa » classé dans les charts Américains.

Suivra l’album "O boso" sur lequel on retrouve le fameux titre qui sera par la suite plagié par Michael Jackson.

Puis une tournée aux Etats Unis en 1973, dont dix jours de représentation au célèbre Appollo d'Harlem, et retour à Paris avec un triomphe à l’Olympia.

Avec des musiciens Ghanéens et Nigérians il enregistre l'album "Home Made" en 1978. C’est à cette époque qu’il rencontre FELA, le roi de l’Afrobeat, puis Bob Marley en Jamaïque.

Manu Dibango : - « La musique c’est comme un diamant, il y a plusieurs facettes, il y a l’afrobeat qui est un monde, après tu vas à la Jamaïque, un autre monde, où j’ai joué avec Robbie Shakespeare et Sly Dunbar. Je suis allé chez Bob Marley. J’ai enregistré à la Jamaïque avec eux.

J’ai pu faire de la salsa et des tournées avec Fania All Stars.

J’ai aussi joué avec Bill Laswell, Bernie Worrel et surtout le grand Herbie Hancock. Ca c’est la chance, c’est ce qu’on peut souhaiter aux artistes. Les rencontres sont enrichissantes. Mais il faut avoir le goût de l’aventure. Dans le confort c’est pas possible… il y en a qui aime ça, on est en démocratie, mais c’est pas mon cas. »

Manu Dibango, le précurseur de la musique africaine "moderne", reçoit le 14 mars 1986 la médaille des Arts et des Lettres par le ministre Français de la culture, Jack Lang.

L’œil paca.fr : Manu en 1988, tu as déclaré que les Francofolies pouvaient se vendre et que c’était un moyen de créer une troisième culture (Afrique, France) ; 20 ans après, où en est cette troisième culture ?

Manu Dibango : - « Il y a plein d’artistes Africains d’origine Francophones qui font des événements aujourd’hui aux Etat Unis et en Europe, énormément d’instrumentistes. Avant il n’y avait que des chanteurs. Les Américains cherchent ceux qu’ils n’ont pas justement chez eux.

Si tu veux, chez eux, c’est un résumé de ce qui peut se faire entre des blancs, des noirs et de quelques indiens.

Ici, il y a des rencontres, ce n’est pas un résumé mais le foyer. Ce n’est pas la même chose. Beaucoup de musiciens noirs Américains affectionnent les musiciens Africains, car ils cherchent une couleur, une saveur, qu’ils n’avaient pas avant et la plupart de ces gens là viennent des Pays Francophones. Donc, on va dans ce sens et moi je travaille avec Culture France, avec Francofolies Diffusion, parce que c’est aussi une expression face aux Anglophones, face aux latinos, c’est une troisième voix qui est nécessaire, il y a quand même trois cent millions de gens qui parlent le Français. Cela doit se traduire autrement qu’uniquement par le commerce. Il y a aussi l’artistique. »

Depuis toujours Manu a adapté avec talent tous les courants musicaux. Exemple : en 1990, un album original intitulé « Polysonic » est un mélange sonore entre jazz, rap et traditionnel.

Manu Dibango : - « l’Afrique noire a toujours aimé adapter. Il y a cette histoire : En Amérique du Nord, le tam-tam était pour les protestants l’instrument du diable, donc on a empêché les noirs Américains de jouer de cet instrument, alors ils ont fait les claquettes. Tandis que si tu vas au Brésil ou à Cuba, les catholiques ont laissé les noirs avec leurs peaux ».

Victoire du meilleur album de musique de variétés instrumentales de l'année 1992 (France) pour le deuxième volume des "Négropolitaines".

Pour ses soixante ans sort l’album "Wakafrica" (l'Afrique en route). Projet ambitieux où il est question de réunification musicale de l'Afrique ; sur ce disque la participation de ténors tels ; Youssou N'dour, King Sunny Ade, Salif Keita, Angélique Kidjo, Ray Léma …

Consacré Camerounais du siècle en 2000, en compagnie du footballeur Roger Milla.

En mai 2004, Manu Dibango est nommé Artiste de l’Unesco pour la paix par le Directeur général de l'organisation Koïchiro Matsuura, en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle au développement des arts, de la paix et du dialogue des cultures dans le monde.

A 75 ans, le patriarche musical est toujours aussi présent sur scène, une vie en forme de carrière qui inspire le respect.

 

Hervé Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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