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Fragment de vie : Guy
 
 
 
   

Marine Nationale

Fragment de vie : GUY "Marine Nationale"

 

 

Pourquoi j'ai choisi la marine nationale

Je me suis orienté vers une carrière dans la Marine Nationale par soif d'aventures, de voyage. Je voulais visiter, découvrir le monde.

J'ai préféré l'armée à la marine marchande, car je voulais également servir mon pays.

Dans la famille, il y a quelques anciens marins, mon père notamment et un de ses oncles, qui me racontait ses débuts en 1933 à Shanghai. Mes lectures sur Henri de Monfreid m'ont surement influencé aussi.

Je me suis engager

Quand je me suis engagé, j'avais 20 ans. C'était l'année de mon BAC. Durant l'année scolaire, je suis allé au Bureau d'Information sur la Marine, à Rouen. J'y ai passé des tests de connaissances générales. Après avoir réussi ces tests, je suis parti pour être incorporé, faire mes classes en tant qu’engagé, au Centre d'Instruction Naval de Querqueville, dans la Manche à côté de Cherbourg.

C'était le 1er septembre 1987. Nous étions une vingtaine à partir en train de Rouen pour rallier Cherbourg.

Photo Hervé Dols - All Rights Reserved -

Mes débuts dans la marine

À Querqueville, j'y ai fait mes classes qui devaient durer deux mois. Nous y avons appris les métiers de marin et de militaire. (Marin d'état). Nous avons appris la godille, marcher au pas, le tir avec armes, les marches de nuit, les manœuvres, etc... C'était génial.

Je voulais faire Timonier, travailler en passerelle. J'ai donc suivi le cours de timonier (1988-1989), qui à l'époque se faisait sur la presqu’île de Saint-mandrier. Il y avait le BE – Brevet élémentaire (4 mois) – et le BAT – Brevet d'Aptitude Technique (6 mois) -, les deux cours représentaient une année scolaire.

Ensuite en 2002, j'ai pu intégrer l'école de Manoeuvre et de Navigation, à Lanvéoc-Poulmic, en Bretagne, pour y faire mon BS – Brevet Supérieur -. J'avais 35 ans.

Le Brevet Supérieur est la dernière grosse étape important dans les cursus de la Marine, car le BS fait que tu peux faire carrière à vie ou pas.

Dans le BS, nous avons :

  • Des modules de management pour apprendre à diriger le personnel.

  • Des modules d'anglais afin d'acquérir un niveau bilingue.

  • Des modules informatiques afin de savoir manier word, excel et ppt.

  • Des modules Sécurité Incendie. Nous y apprenons à attaquer les feux quelque soit leur origine, mais aussi à gérer les différentes équipes en tant que Directeur d'Intervention.

Nous avons bien sûr, des cours de navigation poussés afin que l'on devienne des spécialistes professionnels de la navigation. En 2003, j'ai eu ma Qualification Supérieure.

Comment j'ai gravi les échelons

Les grades, s'élever dans la hiérarchie se fait naturellement. Il faut suivre les cours et bien finir ses cours. Tous les ans, nous sommes notés par notre hiérarchie sur notre travail, notre comportement et nous obtenons ainsi plus ou moins de points qui nous font gravir les échelons plus ou moins vites.

Les affectations dans la marine nationale

Pour les affectations, nous pouvons demander un type de bâtiments comme « frégate, chasseur de mines, etc.. ». Nous pouvons demander des ports « de préférence » comme Toulon, Brest.

Il y a aussi les volontariats comme pour aller sur les sous-marins ou les volontariats pour servir dans les Dom-Tom. Mais au final, nos demandes sont honorées selon les besoins de la Marine.

Si les besoins de la Marine ne correspondent pas à nos désidératas, alors nous pouvons très bien demander Toulon et nous retrouver à Cherbourg. Servir dans un pays étranger se fait également sur volontariat. Il faut savoir que les marins dépendent d'un bateau qui lui-même dépend d'un port.

Ma première affectation

Ma première affectation a été le dragueur océanique Ouistréham, basé à Brest. J'y ai été affecté en 1989, à 22 ans. C'était un vieux bateau qui datait du plan Marshall. Mon père avait été en chercher un, le Cantho, en 1952, à Seattle.

Mon métier, ma spécialité

Dans la Marine Nationale, notre métier est Marin d'état. Ensuite, nous avons une spécialité. Moi j'ai choisi la spécialité de Timonier puis au BS, celle de Navigateur, chef de quart passerelle. Ce choix, je l'ai fait à mon inscription au BICM de Rouen, confirmé par mes résultats aux tests, puis ensuite à Querqueville pendant les classes.

Je voulais ces spécialités, car je voulais apprendre à naviguer, devenir un spécialiste de la navigation. Tous les marins qui sont embarqués sur un bâtiment sont obligés de faire plusieurs spécialités. Chacun a sa propre spécialité, mais en plus nous sommes tous pompiers, car en mer nous ne pouvons compter que sur nous même. Il y a aussi les équipes de visite et de protection, qui sont des équipes militarisées afin de faire des interventions armées, soit à terre, soit sur d'autres bâtiments style trafiquant ou pour protéger notre bâtiment en cas d'attaque.

Ma première affectation sur un bateau

Quand je suis arrivé sur le Ouistréham, le Ouistiti, quel changement. L'odeur des machines, d'essence, de sueur, de cuisine, tout se mélange. Arrivant matelot, mon poste pour dormir était à l'avant. Un poste d'une trentaine de « cailles » en toile. Des rangées de trois cailles superposées avec un espace réduit entre elles. Juste de quoi se tourner quand on est allongé. On ne pouvait même pas s'assoir. Pour ranger nos affaires, un caisson, un cube de 50 cm de côté.

C'était un bateau en bois. Pour éviter que les mines magnétiques ne se collent à la coque. La passerelle était découverte. Pour vitre, nous avions des plaques de plexiglas. Pour voir, nous les enlevions quand il pleuvait.

En hiver, ou quand nous partions dans le Nord, nous faisions notre quart avec les bottes fourrées, le manteau, le bonnet parfois même un blouson sous le manteau. Tout cela pour tenir nos quatre heures de quart dans le froid.

Je me souviens que pour nous réchauffer, nous mettions nos mains et nos joues sur les porte-voix qui donnaient dans la pièce au-dessous, où se trouvaient le servant de TO (Transmetteur d'ordres machine) et le servant de barre. La chaleur remontait par les porte-voix et nous nous réchauffions ainsi.

Quand il pleuvait, il pleuvait dans la passerelle et il nous arrivait de passer d'un bord à l'autre en glissant, car le sol était mouillé. La vie était dure, mais j'en garde d'excellents souvenirs. Pour manger, il y avait le carré officier, le carré officier marinier (sous-officier) et la cafétéria pour les matelots et les quartiers maitre. C'est à la cafétéria que je mangeais.

À l’époque, les quartiers-maitres-chefs étaient très respectés. Les « Chouffes » avaient leur table et on ne pouvait manger à cette table que si on était invité. Et quand ils nous invitaient, on ne pouvait pas refuser. À l'époque, il y avait même les « Mexicains », des quartiers-maitres-chefs qui avaient plus de dix ans de service. Ils avaient deux galons rouges de quartiers-maitres et un galon jaune de second-maitre.

C'est sur ce bateau que j'ai appris en pratique ma spécialité de Timonier. Avec un « cipal », un maitre-principal qui connaissait le Goulet de Brest, l'Iroise et tous les alentours comme sa poche. Il connaissait chaque caillou, chaque alignement et était plus précis que les systèmes de navigation.

Nous naviguions essentiellement en côtier ou à l'estime. Pas de GPS et quand nous partions en escale en Angleterre ou autre, nous embarquions un DECCA pour le voyage. J'y ai appris énormément. La vie était très dure, mais il régnait une fraternité incroyable.

De plus, le cuisinier, « la cuisse » nous préparaient des petits plats qui nous donnaient du baume au cœur, un vrai régal.

Je me souviens aussi que lorsque nous partions plusieurs jours, nous ne pouvions pas prendre de douches. Il fallait économiser l'eau, car nous n'en produisions pas. Seuls la cuisse et les bouchons gras, « les mécaniciens » pouvaient en prendre une par jour. Mais l'infirmier, le « sorcier » veillait à l'hygiène.

C'est une sacrée expérience quand tu as 20 ans. Mais nous étions bien. Les appelés du contingent qui étaient à bord, étaient heureux eux aussi. La coutume voulait que quand nous étions en escale, les engagés payaient pour les appelés, car ils ne touchaient pas grand-chose.

Il y avait des côtés négatifs. Faire du quart la nuit, faire du quart à la coupée (passerelle pour monter à bord du bateau), se faire chahuter quand la mer bouge. Et puis le danger. Je me souviens du bosco (le maître de manœuvre) qui a eu un doigt coupé par une cisaille qui sert à couper les mines à orins.

Ma première sortie en mer

Ma première sortie en mer était sur le Ouistreham. J'avais 22 ans et c'était en 1989. Le rythme de fonctionnement de tous les bateaux de la Marine est le quart afin d'assurer une permanence en mer.

Il faut en permanence du personnel en passerelle, à la machine, au CO (central opération).

Le régime normal est le tiers.

La journée est découpée suivant les quarts suivants :

00H00-04H00 04H00-08H00 08H00-12H00 12H00-15H00 15H00-18H00 18H00-20H00

20H00-24H00

Cela veut dire que si tu commences par le 08H00-12H00 alors tu fais un tiers sur trois donc le 18H00-20H00 puis le 04H00-08H00 et après tu enchaînes avec le 15H00-18H00, le 00H00-04H00 et ainsi de suite, à courir.

Ma première sortie en mer était dans le goulet de Brest et la rade de Brest. Un spectacle magnifique !

 

Propos de GUY D.

 

 

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