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Musique : Massilia Sound System
   
 
 
   

Massilia sound system

Musique : Massilia Sound System

Massilia Sound System est l’un des codes génétiques musicaux Marseillais. Une empreinte sociale et culturelle.

A Marseille il y a la Bonne Mère, l’OM et Massilia.

Le groupe déplace les foules pour communier avec elles, une ferveur autour des lives qui ne cesse de s’amplifier depuis les années 90.

Les Provençaux ont su adapter le reggae / rud-a-dub à la sauce Massilia. Une musique identifiable entre tous et des lyriques chantés en Occitan.

Fondateur de Roker Promocion, une structure de production créée en partie pour pouvoir diffuser leurs albums.

Pendant trois ans Papet J, Moussu T et Gari Greu se sont consacrés à des projets solos. Ils nous sont revenus en octobre 2007 avec ce dernier et exelentisime opus ; Oai e Libertat.

J’oserais dire encore du bon son, mais cela devient presque banal, tant ils nous ont habitués à la qualité.

Nous ne pouvions faire un article sur Massilia sans saluer Lux B ; Big Up à toi.

Photo Hervé Dols - All Rights Reserved -

L’œil paca.fr : 1984 ?

Gari : Création de Massilia, mais aussi des ultras, c’est l’année où les supporters Marseillais se sont mis en association.

L’œil paca.fr : Massilia… c’est la tradition ?

Gari : La tradition. On a essayé depuis le début de Massilia d’avoir un projet musical qui fait dialoguer tradition et modernité. A l’instar des Jamaïcains dans le reggae, c’est un usage élaboré de la tradition pour en faire quelque chose de moderne. A leur image, on a toujours essayé d’être sur ce chantier là.

L’œil paca.fr : Marseille ?

Gari : La ville où nous vivons. Je ne dis pas la ville où nous sommes nés. Car l’important c’est de vivre, de faire des choses, d’être actif. Le débat sur l’identité a toujours été présent dans Massilia. L’identité choisie : « je suis d’où j’ai envie d’être ». Au contraire de : « je suis plus d’ici que toi parce que mon grand-père était là avant le tien ».

L’œil paca.fr : Massilia s’est toujours impliqué dans le militantisme.

Gari : Oui ; mais militant pour nous ce n’est pas sur scène avec le bras levé. Militant c’est dans la semaine avec notre association. On essaie de préparer la sardinade des fainéants depuis dix ans, tous les 1er mai après la manifestation, sur la place, espace public. Voilà, là nous sommes militants et avec Massilia on dit que nous mettons en musique tout ça, on fait la bande son. On n’a jamais été dans la fiction. Nous sommes dans la réalité. Une chronique du quotidien. On chante en Provençal pour se tourner vers l’autre, pas pour prêcher à des convaincus.

L’œil paca.fr : Quelle place prend le studio dans la vie du groupe ?

Gari : C’est une partie de notre activité, on faisait ça à la va vite au début. De plus en plus nous nous sommes aguerris à l’exercice. C’est important. Le studio dans les débuts c’était un peu une épreuve, maintenant nous prenons du plaisir. Avec les ordinateurs c’est vite froid et glacial. Je te dirais que c’est toujours un moment d’intense souffrance, mais à la fois on arrive à s’oublier. On commence à s’en sortir un peu.

L’œil paca.fr : Il y a plus de guitare que par le passé.

Gari : Avant on disait il est trop tard pour la guitare. Mais c’était avant de rencontrer Blù, notre guitariste. On n’avait jamais pensé à mettre de la guitare dans Massilia. On n’a jamais fait de recrutement, c’est des mecs qui à un moment donné sont rentrés dans le bus. Blù c’est un peu ça, la guitare maintenant elle est là. J’ai même l’impression que des fois elle joue toute seule. Mais Massilia c’est un groupe de Rock, Tatou il a toujours dit ; « on fait du rud-a-dub mais on est un groupe de Rock ».

L’œil paca.fr : Comment se vit Marseille de l’intérieur ?

Gari : Avec le papet on vit dans le 3éme arrondissement de Marseille, qui est un peu laissé pour compte par les pouvoirs publics. Il y a un maire de secteur de gauche, donc le quartier n’est pas une priorité pour le pouvoir central. Chez nous il n’y a pas de vélib, pas de tramway, et les poubelles ne sont pas toujours ramassées. Les gens vivent avec très peu de moyens financiers, le tout contribue à exacerber l’incivilité des gens. Ils se replient sur eux mêmes et le communautarisme s’amplifie, c’est difficile à vivre au quotidien. On vide les quartiers populaires du centre ville en faveur des investisseurs.

L’œil paca.fr : Liberté ?

Gari : On n’en aura jamais assez. Tout ce que nous faisons c’est pour ça. Oai e Libertat ; le Oai notre sport, et Libertat symbolise le projet Massilia, pour arriver à vivre ensemble.

L’œil paca.fr : La scène ?

Gari : C’est ce qui nous a accroché. Même plus que la scène… le bus. On a tous été happés par Massilia, parce que l’on voulait tous monter dans ce bus et partir sur la route et faire danser les gens. Evidemment, sur scène, on prend un plaisir hallucinant, mais nous n’étions pas prédestinés à ça et, petit à petit, on a l’impression qu’on ne sait faire que ça. C’est là vraiment qu’on existe, c’est là vraiment qu’on sert à quelque chose. En plus on a la chance d’avoir un projet comme Massilia qui emmène du bonheur et rend les gens heureux et ça te fait vivre. Ca donne un sens à ta vie. Moi j’ai commencé Massilia à vingt ans, donc tu vois, j’étais vraiment un minot. Je me suis construit, politiquement en tant qu’homme dans le groupe, tout ce que je sais je l’ai appris dans le bus.

L’œil paca.fr : Et la culture ?

Gari : Provençal, Occitan, ce n’est pas un délire de frontière, c’est vraiment culturel. Un mec comme Lux B est arrivé dans Massilia, c’était un Rockeur fracas, maintenant il lit trois livres en même temps. En quinze ans c’est devenu un puits de science, c’est le projet qui nous a amené à cela. Nous sommes d’ailleurs conscients que c’est le projet Massilia qui a guidé nos vies.

L’œil paca.fr : La tolérance ?

Gari : Nous avons toujours été extrêmement tolérant avec les gens qui ne pensent pas comme nous et entre nous aussi. Je suis pour le débat. Un des nerfs de la guerre est l’acceptation de la différence.


Hervé Dols  / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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