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Numéro 7
   

Dionysos

Musique : Dionysos / Mathias Malzieu

Dionysos c’est Mathias Malzieu. Accompagné de musiciens : Éric Serra Tosio (Rico), Michaël Ponton (Miky Biky) et Guillaume Garidel.

Ils se sont rencontrés au lycée Camille Vernet à Valence. Le groupe Dionysos a été fondé en 1993.

Dans la mythologie grecque, Dionysos est le fils de Zeus et de la mortelle Sémélé qui décède foudroyée après avoir regardé son amant. Zeus extrait son fils du ventre de sa mère et s'entaille la cuisse. Il y coud l'enfant pour mener sa gestation à terme.

Dans le Panthéon Grec, Dionysos est un dieu à part. C'est un dieu errant. Un dieu de nulle part et de partout. À la fois vagabond et sédentaire. Il représente la figure de l'autre, de ce qui est différent, déroutant, déconcertant, anomique. Dionysos est avant tout un dieu de la végétation arborescente et de tous les sucs vitaux (sève, urine, sperme, lait, sang). Il est censé avoir donné aux hommes la vigne, et se « spécialise » dans l'ivresse et la transe mystique. Il est fréquemment associé au bouc et au taureau, animaux jugés particulièrement féconds.

Premier concert de Dionysos à Valence, le 16 octobre 1993, au Café de la Paix.

Sur le second album en 1997 (The Sun is blue like the eggs in winter) Elisabeth Maistre (Babeth) apporte son violon, son clavier et sa voix et ne quittera plus le groupe.

Mathias Malzieu / Photo Hervé Dols©

En 2002 dans l’album « Western sous la neige » - disque d’or - le morceau « Song for Jedi » fait connaître Dionysos au  grand public.

En 2005 Mathias Malzieu publie son premier roman suite au décès de sa mère. « Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi » suivi de l’album « Monsters In Love », l’univers du livre est très proche de celui de l’album.

Novembre 2007 sort « La mécanique du cœur ». Le deuxième roman suivi de l’album. Ce second épisode nous restitue le personnage Giant Jack à sa naissance. Soit 130 ans avant le précédent tome, l’album musical « La Mécanique du Cœur » est en symbiose totale avec l’histoire. On peut l’écouter sans avoir lu le livre. Les voix d’ Éric Cantona, Olivia Ruiz, Alain Bashung, Jean Rochefort, Arthur H, Grand Corps Malade, Emily Loizeau, Babeth, Rossy de Palma, se font entendre tout au long du chemin que parcourt Giant Jack. Ce dernier roman a été adapté en film d’animation par Luc Besson et Mathias. Il devrait sortir sur les écrans en 2012.

L’Oeil paca.fr : Mathias, pour la seconde fois, Dionysos sort un roman suivi d’un album et cette fois ci d’un film d’animation. Ce concept est-il né pour répondre à la crise du disque ?

Mathias : Tant mieux si cela pouvait le faire à notre niveau, humblement. Aucune prétention révolutionnaire par rapport à ça. C’est de l’envie et puis, les opportunités ne tombent pas toutes seules mais à force de travail. Les livres et les films ont toujours influencé le groupe. Ce n’est pas un hasard que je me sois mis à écrire des livres. Pour moi, la littérature, le cinéma et la musique sont au même niveau. Je pense que les expériences avec le groupe m’aident à écrire les livres et pour débuter dans le cinéma. Mes fantasmes de cinéma ont nourri les chansons et les livres, tout s’interconnecte.

Après, en ce qui concerne la crise du disque. La seule réponse que nous pouvons avoir en tant que groupe, c’est une certaine générosité. Nous avons toujours gavé nos disques de chansons. Mais pas pour gaver, on les revendique. Nous soignons nos packagings. De belles jaquettes, de beaux livrés, un peu comme si tu ouvrais une pochette surprise. Je pense que c’est respecter les personnes qui font l’effort et la démarche de venir acheter l’album. Cela justifie l’objet, au delà de la musique, pour moi c’est important. Nous, en tant qu’artiste, on se bat pour notre musique et je pense que c’est la moindre des choses que de faire un beau paquet. Ca ne solutionnera pas tout. Il y a plein de choses dans la crise du disque qui sont logistiques.

L’Oeil paca.fr : Tu as dit que l’on pouvait écouter le disque sans lire le livre et pourtant, quand on écoute l’album, on a envie de lire le livre.

Mathias : Mais tant mieux, moi j’espère que le livre donne envie d’écouter le disque et que le disque donne envie de lire le livre. L’idée que l’on puisse faire les deux en même temps n’est pas pour me déplaire. Mais ce que je voulais c’est que ce ne soit pas cadenassant. La personne qui a le disque de Dionysos et n’a pas lu le livre, n'est pas placée dans l’incompréhension. J’avais la volonté de faire de vraies chansons. Celui qui veut lire le livre tant mieux. Mais ceux ou celles qui veulent juste écouter un disque de Rock’n Roll et voir Dionysos sur scène ne doivent pas se sentir exclus…c’est primordial.

De l’autre côté aussi, je ne voulais pas que le bouquin ne revête aucun intérêt pour le lecteur qui ne connaît pas Dionysos. Qu’il y ait une connexion entre les deux sans pour autant être indissociable.

L’Oeil paca.fr : Il y a deux thèmes principaux dans le livre et donc l’album, le premier est l’amour … T’es-tu servi de ton expérience personnelle avec Olivia Ruiz pour construire l’histoire ?

Mathias : Evidemment, comme tout le monde. La matière première de ce que je fabrique c’est mon propre vécu. C’est l’expérience. Après on le travaille à sa manière, certains préfèrent faire de l’autobiographie pure, d’autres vont transposer cela complètement dans l’imaginaire, chacun a sa sensibilité, sa façon de doser. Les sujets non autobiographiques, je n’y crois pas du tout.

L’Oeil paca.fr : Le second thème c’est le rejet de la différence… Pourquoi ?… Enfant tu te retrouvais seul dans la cours de récréation ?

Mathias : Pas mal oui. Justement moi je n’ai pas eu de problèmes énormes… le plus petit de la classe… rouquin… donc je me suis fait un peu emmerder. Les soucis que j’ai rencontrés m’ont permis de mettre en lumière ceux qui n’ont rien de plus que moi. Quand j’ai analysé ça, je me suis dit que ceux qui sont vraiment différents, handicapés, d’une autre couleur, ceux qui sont dans la minorité, que ce soit un Blanc en Afrique ou un Africain ici, peut importe, qu’est-ce qu’ils doivent ramasser. Donc je suis resté sensible à ça.

Quand j’ai commencé à développer mes goûts culturels, j’ai souvent été attiré par la marge. Pas par snobisme mais par préférence. Les gens qui utilisent des chemins pas trop conventionnels avec le goût du risque et de l’aventure m’ont souvent attiré. Après, il y a des gens qui font des choses très aventureuses et qui ont les suffrages du public, et je trouve ça beau. Quand on voit Noir Désir, Nirvana… même si cela se termine très mal, des gens comme ça, je suis heureux de les voir au sommet. Pour moi ce sont des gens qui prêchent la bonne parole. Ils arrivent à faire quelque chose d’extrêmement personnel et intègre mais sans intégrisme. C’est généreux, sans compromis, sans snobisme intellectuel et cela s’ouvre à un public large. Les gens qui font des choses généreuses et populaires avec une personnalité démente, ce sont eux qui m’intéressent. Je ne prétends pas me comparer à eux, mais c’est le chemin de ces gens là que nous essayons de suivre.

L’Oeil paca.fr : Ceux qui ont vu Dionysos sur scène le savent, vous êtes des furieux, mais peut-on dire que les Dionysos sur les planches sont des Punks BCBG ?

Mathias : Oh non. BCBG surtout pas. Punks oui, BCBG non. Avant tout des artisans qui ont des émotions et qui donnent tout ce qu’ils ont en concert. Il y a un côté punk, parce que c’est très brut, très sauvage. J’aime bien le décalage qui se crée, du fait d’être bien habillé. Je pense que si je faisais de la musique orchestrale je ne viendrais pas en costar sur scène, mais plutôt en short et en tongs.

L’Oeil paca.fr : Mathias est-il un enfant dans un corps d’adulte ?

Mathias : Oui, il y a un truc comme ça. C’est vrai que le corps, des fois, il est vraiment en décalage. Je lui demande des trucs d’enfant, de sportif de haut niveau, je le sollicite.

L’Oeil paca.fr : Je constate que les artistes qui, comme toi, ont fait du sport, dégagent une certaine puissance sur scène.

Mathias : Je pense qu’il y a un petit reste de condition physique. Il y a le goût de l’effort, de se transcender, de se faire mal pour atteindre quelque chose. Sans mystifier de trop, mais il y a un côté un peu chamanique à tout ça. Atteindre quelque chose d’impalpable. C’est commun au sport et à une certaine manière d’aborder la scène.

L’Oeil paca.fr : Quel a été le jour le plus froid pour toi?

Mathias : Le décès de ma mère.

L’Oeil paca.fr : Le jour le plus chaud ?

Mathias : Ah, il n’est pas encore arrivé, mais je pense que ce sera le jour où j’aurais un enfant.

L’Oeil paca.fr : As-tu encore des rêves ?

Mathias : Oui. Plus j’en réalise et plus j’en ai. C’est comme si cela en faisait pousser d’autres. Déjà, il y a un rêve énorme, c’est que tout cela continue. Continuer d’être en liberté, de faire des disques avec Dionysos, de garder notre intégrité, de faire des livres, de finir le film et en faire d’autres. Je ne veux pas vendre plus de disques ou plus de livres. Je suis content d’en vendre. Pourquoi ?... non pas juste pour faire des crédits sur le compte en banque, mais parce que cela veut dire que j’ai un poids pour continuer à défendre ma liberté en tant qu’artiste. Pour moi le succès me donne des armes pour continuer l’aventure. Des tickets de train pour poursuivre le voyage. Vivre le truc à fond, ce sont des rêves en mouvement, ce n’est pas quelque chose qui s’arrête où j’ai franchi une ligne d’arrivée.

L’Oeil paca.fr : Si le créateur de l’univers te donnait un vœu à exaucer… Quel serait-il ?

Mathias : Je donnerais la possibilité à tout le monde de pouvoir voyager gratuitement où il veut pendant quinze jours une fois par an. Je pense que nous aurions beaucoup moins de problèmes d’intégration, de racisme, justement le rapport à l’autre du à la différence, et les gens auraient moins peur d’avoir peur… d’avoir peur… d’avoir peur tout le temps.

Quand on regarde les infos, on a l’impression d’avoir des ennemis partout. Je ne veux pas rosifier les choses. Il y a des problèmes. Je ne dis pas le contraire. Mais en terme de tolérance et de psychose, je pense que les gens et surtout les moins jeunes qui votent pour le FN ou à droite par peur, s’ils avaient la chance de pouvoir voyager et d’échanger des morceaux de vie, cela serait plus simple. Il y a plein de gens fabuleux avec qui on peut s’entendre, se comprendre, et discuter sur des sujets de désaccords. Par contre, quand on reste chez soi avec la peur d’avoir peur, du coup on vote la sécurité à outrance et on s’enferme. A part faire naître des tensions sur l’incompréhension de la communication, on ne fait rien.

 

Hervé Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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