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Numéro 16
   

édition même pas mal

De Vous à Nous : Les éditions Même pas Mal

A la fin des années 2000, le marché Français de la bande dessinée représentait un peu plus de 33 millions d’albums vendus par an pour un chiffre d’affaires avoisinant les 320 millions d’euros, soit 6,5% du chiffre annuel réalisé par l’édition en France.

Les premiers albums ont vu le jour en 1830. La diffusion de la BD devient mondiale au travers de revues et de journaux satiriques au 19e siècle. Dans un certain sens, la bande dessinée est l’ancêtre de la photographie. La presse, dite enfantine, investit les librairies dans les années trente (notamment avec Spirous chez Dupuis qui paraît en Avril 1938) sous forme de périodiques. Les contenus sont divers, histoires entières ou sous forme d’épisodes à suivre. Pendant la seconde guerre mondiale, apparaît Vaillant - en juin 1945 - un journal de bandes dessinées qui devient hebdomadaire en 1946. Les textes illustrés font l’apologie de la Résistance. En 1969 Vaillant devient Pif Gadget.

Dans les années 80, il y en a pour tous les âges, tous les goûts, de Mickey Parade à Métal Hurlant en passant par Strange et Fluide Glacial pour ne citer qu’eux.

Nous avons presque tous tenu entre les mains un album une fois dans notre vie ; Tintin, Corto Maltes, Blueberry pour les plus connus. De nos jours la profusion des genres et des titres disponibles semble infinie.

Les éditeurs se servent des périodiques comme d’une rampe de lancement pour leurs futurs albums. Prenons l’exemple de Rahan dont les aventures débutent dans Pif Gadget en mars 1969 avec des scénarios signés par Roger Lécureux ;

Même pas mal / photo Rv Dols©

Il devient ensuite un magazine trimestriel de 1972 à 1977 pendant 27 numéros. En 1978, et ce jusqu’en 1984, Rahan, nouvelle collection, sera bimestriel pendant 36 numéros. De 1984 à 1987, l’intégrale de Rahan, du n°1 au n° 42, sera dans les kiosques tous les mois avec, - à l’image de Pif Gadget - un couteau en plastique, une griffe en résine d’un animal, une fausse dent attachée à une corde… Les éditions Hachette sortent le premier album en 1973 « Les Ages farouches ». Pas moins de six maisons d’édition se succéderont pour exploiter le filon de Rahan pendant plusieurs décennies. Ce sont les éditions Lécureux – Jean-François Lécureux ayant remplacé son père dans l’écriture des scénarios - qui reprennent le flambeau en 1999.

Les indépendants jouent un rôle prépondérant dans le milieu de la publication. Depuis un peu plus d’un an une nouvelle maison d’édition a vu le jour sur Marseille « Même pas Mal ». L’aspect contre-culturel réside dans leur identité. Leurs démarches, leurs choix privilégient le « côté » underground. Pour les avoir croisé à plusieurs reprises - notamment au « Passagers du Zinc » en Avignon - un constat s’impose, la flamme brûle chez ces activistes.

A cinq minutes à pied de la Plaine et du cours Julien, Pierrick, le leader naturel du collectif m’a reçu, 4 rue des Trois Rois, dans le sixième à Marseille. A ses côtés Yann graphiste-illustrateur et Mélanie une ancienne libraire. Le but était d’en savoir un peu plus sur « Même pas Mal ».

Pierrick : La maison d’édition est née sur le concept d’un « fanzine ». Après avoir bu des pastis chez « Paquito » l’idée de créer notre fanzine était une évidence. Il devait s’appelait « Aaarg je meurs » qui est devenu un livre. C’est à ce moment que le projet de la maison d’édition prend forme. Nous vivons un peu dans l’excès. Aujourd’hui l’envie du fanzine nous reprend. Nous aimerions transformer « Aaarg je meurs » en magazine. Revenir sur le format souhaité au début est logique, c’était l’idée de base. La distribution serait assurée par nos propres moyens et en librairie. Avouons que nous avons les yeux plus gros que le ventre. Nous en sommes au dessert, en attendant le prochain repas. Désolé pour la métaphore minable.

En janvier 2008 ils étaient trois sur l’embryon puis une quatrième personne est venue se greffer au projet. La motivation les réunit, ils unissent leurs compétences.

Pierrick : Plutôt que de retourner bosser à l’usine dans des conditions précaires, ou dans des agences de communication qui ne nous stimulaient pas et en fin de droits au chômage, on s’est dit qu’il fallait faire notre truc. Nous avons donc créer l’association Distance District. Il y a plusieurs pôles à l’intérieur de celle-ci. Le pôle édition bande dessinée – Edition Même pas Mal – Le pôle graphisme, celle-ci s’adresse aux institutions, aux associations culturelles, sans fausse modestie ça commence à marcher parce que nous sommes bons. Après nous faisons des ateliers BD et musique en prison, dans des centres sociaux, des MJC. Et pour finir de l’événementiel, le but est de créer des passerelles entre la musique, la BD et les arts visuels.

Ascension dopée à l’envie ; ils voulaient faire un fanzine, ils font un livre. Dans la foulée ils se dessinent une maison d’édition et un magasin qui a ouvert ses portes le 11 septembre 2010. Alors, hasard ou pas ce 11 septembre ?

Pierrick : Monter une maison d’édition de nos jours cela s’apparente à un suicide programmé. Notre côté kamikaze et puis notre objectif de faire s’effondrer le capitalisme de l’intérieur dans la joie, l’allégresse, la bonne humeur et avec un certain fun s’exprime. Donc nous gangrenons le capitalisme de l’intérieur avec le sourire. Non… oui… nous trouvions cela rigolo de faire l’ouverture le 11 septembre. Ce n’est pas tant un hasard que ça. A la base nous avions besoin de bureaux pour travailler. Nous avons pignon sur rue donc automatiquement nous présentons aux gens qui passent notre travail. Mais ce n’est pas le magasin qui nous fait vivre, c’est une vitrine.

Nous comprenons bien que l’activité principale est l’édition. Quatre livres sont sortis en un peu plus d’un an ; Aaarg / Dingo Jack Stories par Pixel Vengeur / Oh ! Merde ! par Cha / Paf & Hencule par Goupil Acnéique & Abrahal Kadabra / sept autres livres vont venir embellir les étals dans le courant de l’année. Mais comment se réalise le financement des projets ?

Pierrick : L’association a plusieurs activités, ce qui nous permet d’avoir des fonds de roulement plus conséquent. Il y a aussi des subventions du Conseil Général, du Conseil Régional et du Centre National du Livre. Pour exemple, le dernier livre que nous avons sorti de Chat est tiré à trois mille exemplaires. La quasi totalité est déjà en librairie. S’il se vend, nous pouvons le réimprimer. Il y a aussi la possibilité d’avoir des retours qu’il faut prendre en compte. Plus tu tires d’exemplaires moins ils te reviennent cher. Mais si tu ne les vends pas, c’est presque un coup de poker.

L’association Distance District a des connections multiples et diverses, notamment avec le collectif de dessinateurs Marseillais « Anachronique ». Ils ont d’ailleurs leurs tables à dessin dans l’arrière boutique de chez Même pas Mal. Ils élaborent un Fanzine du même nom.

Pierrick : Nous apprenons à leur contact et eux aussi retiennent de nos compétences ce qu’ils souhaitent. Les fanzines ont une place déterminante en France, dans le milieu punk Rock musical et dans le milieu de la bande dessinée, ils sont vivaces. Des liaisons se font naturellement entre la bande dessinée et la musique. La volonté de taper dans le « Do it Yourself » fait que forcément les analogies nous rassemblent.

Nous adhérons totalement à la démarche de la culture populaire, tout en faisant la distinction entre - à l’image de ce que fait le journal Chéri Bibi – la culture populaire fait par le peuple dans laquelle on s’inscrit et la culture populaire fait pour le peuple par les institutions.

Nous ne faisons pas des choses pour faire des choses. On fait ce qui nous intéresse en prenant du plaisir. www.meme-pas-mal.fr

 

Hervé Dols / dols@oeilpaca.fr

 

 

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