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| SOMMAIRE n° 6 | MOUSSU T E LEI JOVENTS | DIAPORAMA PHOTO MOUSSU T E LEI JOVENTS EN CONCERT |
Numéro 6
   

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Moussu T e lei Jovents

Mousou T e lei jovents ; vient de finir son travail d'adaptation pour la scène à Nyons. La Cigale a accueilli le groupe en résidence. Suivra une série de dates dans la région, en France et en Europe.

Moussu T e lei jovents est composé de Tatou fondateur de Massillia Sound System et Blu le guitariste. Accompagné d'un Brésilien percussionniste Jamilson Da Silva et du batteur Zerbino.

Le groupe semble s'inspirer des chansons provençales des années trente. Musique cosmopolite, locale, universelle, mélange de blues et de jazz.

L’œil paca.fr : Nous sommes début septembre et prochainement, en Octobre 2008, sort le troisième album de Mousou T e lei jovents ; pourquoi cette envie de créer un nouveau projet qui se détache de Massillia.

Tatou : Le côté acoustique roots est présent dans Massillia. Sur des albums comme 3968 CR 13 (2000) ou Occitanista (2002), on peut repérer ces morceaux. Ils sont plus éloignés du reggae. Cela veut dire que ce n’est pas surprenant que l’on fasse cette musique. Il y a le désir d’approfondir ce côté là.

Massillia est composé d’influences très diverses, mais on ne peut pas l’étirer à l’infini.

Ca reste un groupe de Reggae, Danse sool, Sound système…

MOUSSU T / photo Hervé Dols

A un moment donné, si tu veux explorer il faut faire autre chose. Quand on a décidé de créer ce projet cela faisait vingt ans que Massillia tournait, l’envie et la nécessité de voir du paysage se faisait sentir. Cela permet de prendre du recul sur les choses… Massillia ça implique du matos, des moyens, des besoins… ce qui me gène un peu c’est de ne pas pouvoir jouer comme ça, avec une guitare sans trop d’éléments techniques. On est dans l’intervention, que ce ne soit pas que du domaine de la danse, mais que ce soit du domaine de la sieste, de la rêverie.

Massilia a charrié beaucoup de matière, l’histoire musicale de Marseille, on ne peut pas arrêter… Mousou T e lei jovents, on fait une pause, tout en gardant une part d’identité qui est en soit du domaine de la musique des années trente, du blues, du jazz…

L’œil paca.fr : Quel est le processus de déclenchement de la création musicale de Mousou T e lei jovents ?

Tatou : L’idée de départ c’est une espèce de chanteur guitariste virtuel, il n’existe pas, une combinaison de deux personnes, Blu et moi. On compose à la maison sur le canapé. C’est le troisième album, en comptant le DVD c’est le quatrième disque en fait, le créneau, la couleur, tout ça c’est déjà en place. Le fait que l’on soit tous localisés sur La Ciotat, forcément l’inspiration prend ses sources là bas. Après, guitare, voix, cela peut se faire quasiment n’importe où, à deux il n’y a pas de débat, si l’autre ne trouve pas bonne la composition, tu fait pas. Forcément ce n’est pas la même façon de travailler quand tu es sept. On dira que le cahier des charges est différent. Nous mettons l’accent sur des influences musicales, vitales, des années vingt et trente. Lorsque la mélodie est trouvée une grosse partie du travail est faite. Le Brésilien et Zerbino rajoutent leurs rythmiques.

L’œil paca.fr : Il y a encore des textes en Occitan… C’est toujours présent… Pourquoi ?

Tatou : C’est comme si tu avais été pendant vingt ans dans une école et quand tu en sors, c’est avec des principes et des préceptes. Cette école c’est l’utilisation de l’autre langue. J’ai la chance de posséder deux langues. Je vois pas pourquoi je ne chanterais que dans l’une ou que dans l’autre. Ca me fait toujours sourire quand il y a des gens qui s’étonnent que je chante en Occitan et rire quand les Occitanistes me reprochent de chanter des chansons en Français. Les deux attitudes sont les mêmes.

L’œil paca.fr : Il y a la barrière de la langue, pour comprendre faut-il avoir fait cette école ?

Tatou : C’est vrai, mais bon j’écoute les Rolling Stones alors que je ne comprends pas les textes. Je crois que dans la musique la compréhension n’est pas que dans les mots. La globalité de ce que tu véhicules aide au déchiffrage de la musique cela porte le sens de tes mots. Evidemment, si tu pratiques le langage employé, tu appréhendes plus facilement les textes, mais ce n’est pas nécessaire pour deviner, sentir de quoi on parle. Ce que je pourrais reprocher à la chanson Française, c’est d’être de la poésie chantée.

L’œil paca.fr : Comment peut-on expliquer que cette musique est universelle, alors que finalement c’est relativement identitaire d’une région de France ?

Tatou : La position géographique joue beaucoup, mais elle est transposable. Quand tu dis : « on en a marre d’avoir ce filtre ou ce formatage de la capitale, à savoir ce qu’il faut penser, ce qui est à la mode… et que tu habites à Marseille, à Dunkerque, à Strasbourg ou même Ivry/seine à la frontière de Paris » c’est exactement la même chose. Les gens sont de suite réceptifs. Forcément il y a peut être ce côté exotique, puisque nous venons d’un lieu où certains passent leurs vacances, mais tu parles de tes réalités donc cela intéresse.

La musique sert aux gens ; cette chanson ils l’ont utilisé pour faire la manif, avec cette chanson il a rencontré la petite, il l’a bousculé sur la banquette arrière en l’écoutant, ce côté presque artisanat, c’est ce que nous apprennent les musiques traditionnelles, ces musiques qui appuient les événements de tous les jours. Les gens s’approprient les musiques et ils s’en servent.

Ce qui a tendance à disparaître ici, ce qu’on reproche à l’Etat Français, c’est de détruire l’entrée populaire à la culture. Le fait d’imposer comment on pense dans les ministères à Paris détruit la diversité. Ils ont construit une paranoïa, si vous pensez différemment de moi, c’est que vous êtes mes ennemis. Quand tu as du mal avec tes propres cultures issues de ton territoire, que ce soit la langue Provençale ou Bretonne, évidemment au moment de te confronter aux cultures qui viennent de l’extérieur du pays c’est encore plus improbable.

Prenons comme exemple les quotas de chanson Française, on vit dans un pays où il y a une loi qui t’oblige à passer à la radio des chansons en Français et on ne se base plus sur des critères de qualité mais de langue. Ils ont construit plein de groupes Français qui ne sont pas forcément de bonne qualité pour pouvoir répondre aux quotas. Ca reste discutable. Parler Français n’est pas un label de qualité. On va dans un monde global sans frontières et autres, comment tu peux affronter ce monde là si déjà tu dis ma langue elle est mieux que les autres.

L’œil paca.fr : Comment vois-tu Marseille, capitale Européenne de la culture en 2013 ?

Tatou : Je ne vois pas, moi. Non, je ne vois pas. C’est inintéressant. C’est comme Marseille, capitale de la mode ou autre chose. Nous, on veut être capitale, dans le sens où nous avons le droit de penser par nous-même. Et on a le droit d’être en compétition avec le monde entier. Après il y aura une manne financière pour certains, elle n’est pas garante de la qualité, ce n’est pas une question d’argent la culture, j’espère que des gens qui le méritent pourront en profiter, mais ce n’est pas cela qui me gène. Ce qui me gène c’est qu’on nous méprise. Notre vision, notre position, l’emplacement où on met notre caméra ce n’est pas le bon endroit.

L’œil paca.fr : Est-ce que du fait de ta couleur politique, tu t’autorises ou pas des lieux pour faire des concerts ?

Tatou : Non, parce que les vrais conos ne m’invitent pas. (Rire)… C’est évident que je suis du côté des gens qui essaient de s’en sortir, de relever la tête. Je pense que c’est super important les gens qui se lèvent pour faire entendre leur voix. Tous ceux qui, quoi qu’ils fassent, les associations, les partis, les gens qui ont envie de bouléguer les choses, obligatoirement, ils sont dans mon camp.

L’œil paca.fr : Je sais que Massillia supporte OM, qu’en est- il de Mousou T e lei jovents ?

Tatou : Moi, ce n’est pas le ballon qui m’intéresse, c’est le virage. Voilà, c’est cette rencontre. Je suis supporter des supporters. Ca me plaît. D’abord je pense que c’est la seule activité folklorique au sens réel qui existe dans la ville. Qui réunit les gens d’horizons différents pour un événement précis. J’adore cet endroit. Je suis content quand ils gagnent, mais pour moi c’est secondaire, ce qui m’importe c’est ce que ça représente.

L’œil paca.fr : En octobre, le dernier opus sortira, es-tu satisfait du résultat ?

Tatou : On fait attention à ce qui figure sur l’album, et que tout le groupe adhère au contenu. On n’est pas sous la pression d’un producteur, on fait exactement ce qu’on veut artistiquement.

 

Hervé Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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