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  Dossier : Le Muralisme & Pablito Zago  
     
 
Le Muralisme
 
 
Photographie réalisée par Rv Dols - Copyright Rv Dols - All rights reserved
 

Un peu d'histoire

L'empire colonial espagnol gouverna le Mexique de 1519 à 1821. Les descendants Espagnols (Criollos) nés au Mexique monopolisaient les pouvoirs. Ils constituaient la classe sociale dominante. Ils s'insurgèrent contre l'Espagne en 1824, le Mexique devient alors un État indépendant. Les savoirs académiques, les changements économiques et politiques profitaient exclusivement aux plus favorisés. Une grande partie de la population n'avait pas accès à l'instruction et à la culture.

En 1876, Porfirio Diaz et ses partisans firent un coup d'État. Il se proclama président. Il favorisa les grands propriétaires qui accaparèrent les terres des paysans. Les conséquences furent des délocalisations et une misère généralisée pour le peuple. Les paysans devinrent dépendants des descendants des familles coloniales Espagnoles (5% de la population) qui détenaient 97% des terres.

La révolution mexicaine

Francisco Madero était issu d'une famille richissime. En lien avec les libéraux mexicains, il demanda aux démocrates de prendre les armes pour renverser la dictature de Diaz. Deux hommes issus de la classe populaire le rejoignirent, Vasconcelos et Pancho Villa. La mobilisation était trop faible. Madero s’enfuit aux États-Unis. Le mouvement ne s’affaiblit pas, des révoltes générées par la faim éclatèrent du nord au sud. Emiliano Zapata rejoignit la révolution. Finalement, sous la pression, Diaz s'expatrie en France.

Madero se fit élire le 6 novembre 2011 avec des promesses de réforme agraire qu'il ne tint pas. Il fut assassiné le 22 février 1913. Pendant trois ans le Mexique fut enlisé dans une guerre civile.

Venustiano Carranza accéda à la présidence en 1915. Il fit assassiner Zapata. À la fin de son mandat, il essaya de mettre en place Ignacio Bonillas pour empêcher Alvaro Obregon de prendre le fauteuil de président. Carranza fut lui aussi assassiné. Obregon fut élu président le 1er décembre 1920.

Naissance du projet culturel

Depuis l'indépendance, les pouvoirs en place favorisaient les élites aux dépens des classes populaires, faisant naître des tensions évidentes. Alvaro Obregon souhaita se dissocier des précédents pouvoirs, notamment du gouvernement de Diaz. Il voulait mettre un terme aux divisions entre les classes dirigeantes instruites à l'européenne et les classes populaires non scolarisées et méprisées par les élites.

Obregon décida de solliciter José Vasconcelos, alors en exil aux États-Unis. Il bénéficiait d'une excellente réputation au sein de l'élite intellectuelle libérale. Vasconcelos est nommé recteur de l'université de Mexico. En 1921, il devint ministre de l'Éducation. Il diligenta une campagne d'alphabétisation dans tout le pays. Il fit enseigner les arts dans les écoles primaires. Il permit également l’accessibilité aux livres. En seulement trois ans, il mit en place un plan d'éducation populaire de diffusion artistique alors inexistant au Mexique.

José Vasconcelos alla plus loin. Il augmenta les salaires des professeurs et distribua des petits déjeuners aux enfants des milieux populaires. Il était persuadé de la mission que l'art pouvait remplir. Il demanda aux artistes de collaborer aux travaux de restauration d'un pays en ruine. Les poètes, les danseurs, les musiciens, les peintres, tous participèrent à un élan de créativité nationaliste.

Obregon et son gouvernement ne voulaient pas imposer une école axée sur l'éducation civique où la culture patriotique était abstraite pour une grande majorité. L'idée était de puiser dans les cultures et folklores de chacun, afin de former une cohérence nationaliste.

Vasconcelos ambitionna une nouvelle politique. Elle favorisa la valorisation des Indiens pour les introduire dans la symbolique nationale. Il était convaincu que le nationalisme pourrait former un pays uni et une nation puissante.

En 1928 Obregon est réélu. Sa politique laïque fit naître des rancœurs chez les chrétiens. Il fut assassiné la même année par un étudiant fanatique catholique.

Les premières commandes de Vasconcelos

Vasconcelos demanda aux peintres mexicains de donner à l'art une fonction éducative et démocratique. Il voulait que les murs des bâtiments publics éduquent le peuple. La première commande concerne les murs du collège San Ildefonso. Pour réaliser une fresque dont le thème était imposé aux artistes ; la création de l'homme et la spiritualité ( les artistes sont Siqueiros, Orozco et Rivera ). Malheureusement, les Indiens furent oubliés dans cette réalisation.

D'autres commandes suivirent avec des thèmes plus historiques et pourvus de symboles nationaux. Vasconcelos avait l'intention de fusionner le passé précolombien et la société moderne. Son idée était de mettre en avant la nouvelle race (race cosmique) qui serait garante de l'unité mexicaine. La conquête continuait à être considérée comme principe fondateur du Mexique contemporain et le syncrétisme culturel et racial l'essence de la mexicanité.

En ce qui concerne la race cosmique, la vision de Vasconcelos (métissage des blancs et des autochtones) avait un effet pervers. À terme, la conséquence était la disparition de la variété culturelle autochtone.

Malgré des commandes de l’État, l'artiste Orozco ne se laissa jamais récupérer. Sa désillusion face au Mexique d'après-révolution se manifestait clairement dans ses fresques.

La genèse du muralisme

Le muralisme mexicain a joué un rôle central dans la vie culturelle et sociale du pays après la révolution nationale de 1910. Peindre les transformations du pays et passer un message révolutionnaire était la solution, car la majorité de la population était analphabète.

Les murs évoquaient les réalités ouvrières et paysannes. Le muralisme donna le droit de cité aux classes populaires, mais contribua à folkloriser les cultures indigènes. Le mouvement muraliste émergea dans un contexte de modernisation et de redéfinition identitaire du pays.

L'art mural peut être considéré comme un mouvement de libération social et artistique. Il représente une profonde remise en question de la fonction de l'art dans la société. Il est dans la rue, dans les espaces publics et se réapproprie l'expression populaire. Il devient également un mouvement politique, puisqu'il représente des réalités sociales et veut mettre un terme à l'exclusion, à l'ostracisme exercé envers les classes populaires. La sauvegarde des réformes socialistes et anticolonialistes constitue l'un des objectifs du mouvement muraliste.

 
 
Pablito Zago
 
 
Photographie réalisée par Rv Dols - Copyright Rv Dols - All rights reserved
 

Pablito Zago peintre muraliste

Indéniablement, au premier regard, on reconnaît la « patte » Pablito Zago. Le graphiste compose ses élaborations mentales d’où jaillissent les diverses radiations de la lumière. Un élément revient souvent dans ses créations « Burd in Kaos » : un animal ovipare ailé orné de couleurs joyeuses et illusoires ; l'oiseau est blessé, il aspire à une reconstruction.

Natif de Cavaillon, au lycée Julien choisit l'option histoire de l'art, puis s’oriente vers un BTS d'images et de communication. Pendant trois ans, il suit des cours de graphisme. Avide de savoir, Pablito s’intéresse aux arts et s’inspire de différentes tendances qu'il explore.

Ses débuts sont liés à l'illustration et à la peinture

À l'âge de vingt ans, il expose déjà ses productions. Sa passion pour le graffiti et la culture urbaine est vivace. Il ne pratique pas, regarder les autres s'exprimer lui procure de bonnes sensations. Lui, c'est vraiment le dessin et l'illustration.

En l'an 2000

Avec des amis ils créent le collectif Freeson, l’un des principaux acteurs des musiques et cultures électroniques en Vaucluse, reconnu à l’échelle nationale. Pablito bénéficie d'un atelier improvisé dans le bus de l'Akwaba, une salle de concert réputée de Châteauneuf-de-Gadagne (84), première coopérative culturelle du territoire national. La façade extérieure est embellie d'une œuvre signée « Zago ».

L'Artistik Commando

Pablito Zago est également graphiste free-lance, un autre aspect de son travail, son agence voit le jour en 2002. Elle est située, 12 rue du Chapeau rouge à Avignon. Cette structure lui permet de répondre aux commandes émanant du milieu culturel ; théâtres, labels de musique, associations...

Pablito Zago aime les voyages

Au début des années 2000, à Barcelone, il prend conscience que le mouvement "street art" ne s'identifie pas uniquement au schéma classique lié au "Hip Hop". C'est à ce moment précis que la passion pour la peinture murale se diffuse en lui. Sa rencontre avec Brusk, un artiste lyonnais diplômé des beaux arts de Saint-Étienne et membre de Da Mental Vaporz, le convainc définitivement.

The Umangraff

Le collage de rue est une période essentielle dans la vie de l'artiste. À partir de 2002, de pays en pays, il applique sur les murs un étrange personnage qui cache son visage derrière ses mains. Diverses collaborations sur plusieurs festivals font évoluer ses immenses photomontages.

Les années 2010

Pablito Zago dépose son univers monumental « naïf voir enfantin » où bon lui semble. Il adhère totalement au mouvement muraliste en pleine effervescence qui régénère le street art.

Ses créations picturales ne laissent pas indifférent

Les expositions, les festivals, les sollicitations s'enchaînent. Pablito pense que la surface est secondaire, même si son affinité avec les murs est persistante. Les productions sur toile sont conséquentes. Lui qui affectionne le papier et le dessin a un rapport avec les tableaux un peu plus complexe. Les galeries ont besoin de séries homogènes. Ses œuvres trouvent preneurs, mais Pablito Zago ne souhaite pas être capturé et se retrouver dans une cage dorée. Pourtant dans chaque série l'oiseau apparait une fois ou deux.

2015 l'année charnière

En 2015, Arca Gallery, une galerie d'art urbain au Mexique, contacte Pablito. Il s'envole. Là-bas, il est programmé sur deux festivals. Il reste dix jours à Cancún au bord de la mer des Caraïbes pour réaliser deux fresques. À Mexico City, Pablito Zago applique son univers sur la façade d'un immeuble neuf.

À son retour dans le Vaucluse, il intervient au collège Bourdon (SEGPA) de Bollène (84). Il initie des élèves de 13 à 15 ans au muralisme. La même année, l'agence de communication de Microsoft le contacte pour accompagner le lancement en France de sa nouvelle tablette. Sa création de 850 mètres carrés recouvre une partie du siège d'Issy-les-Moulineaux en région parisienne.

Pablito Zago ne se prend pas au sérieux. La preuve en est, quand il pose devant ses œuvres en lycra rose, plutôt une tendance persistante à faire exploser les codes.

Pablito Zago visible à Vedène dans le Vaucluse

Pour le plaisir des yeux, l'artiste répond à une commande institutionnelle du grand Avignon. Il investit la façade de l'autre Scène à Vedène.

Carnet de voyage

À l'été 2016, il repart en Amérique du Sud, invité par l’alliance française au Mexique. Il présente ses carnets de voyage, qu'il remplit avec boulimie depuis plus de 10 ans. Lors d'une pérégrination en solitaire au Burkina Faso l'idée de ramener une trace le percute. Inspiré par le graphisme des dessins de Joan Sfar, au fil des pages il décline son originalité. De problème gastrique en coup de soleil, de la Guadeloupe à l'Inde, en passant par le Pérou, Pablito Zago raconte des instants de vie. La galerie Arca à Mexico profite de l’occasion pour lui procurer un mur consacré à son expression.

Pablito Zago déploie les ailes de son talent et nous sort de la grisaille de cette pollution ambiante trempée de crise. Il réveille en nous un regard d'enfant insufflant un souffle d'émerveillement. Sa récompense, il la trouve quand son travail s’intègre dans la ville.

PZ : « Ce qui m'intéresse, c'est que les gens se racontent leur propre histoire à travers la mienne ».

www.artistikkommando.com/pablito-zago.html

www.facebook.com/pablitozago


Claire / claire.fabre@oeilpaca.fr - Rv Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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