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  Fragment de vie : Nadia Slimani  
  Nadia Slimani

Nadia a 24 ans, elle est née et vit à Avignon

Ses parents sont Marocains. Son père part en destination de l'Europe à l'âge de 25 ans. C'est une émigration économique générée par la volonté d'élever décemment ses trois enfants. Il débarque en Espagne en 1977 ; là, pendant une dizaine de mois, il subsiste de petits boulots.

En 1978, Monsieur Slimani rejoint la France. En Provence il exerce la profession d'ouvrier agricole. Son périple l'entraîne jusqu'au pied des Alpes, à Grenoble, où il suit une formation et apprend le français. Finalement, c'est à Avignon où l'entreprise Eiffage l'embauche comme maçon, que le père de Nadia se pose. Grâce à la stabilité de son emploi, il peut enfin prétendre au regroupement familial.

Le regroupement familial

En août 1990, la mère de Nadia a 40 ans. Elle arrive à l'aéroport de Marignane avec ses trois enfants. La sœur aînée a 18 ans et les deux frères ont entre 11 et 15 ans. Ils ne parlent pas français. C'est à la Rocade Sud, pas très loin de l'actuelle bibliothèque, que la famille a élu domicile. Les deux garçons poursuivent leur scolarité et acquièrent le français.
Un an plus tard, le 7 août 1991 c'est la naissance de Nadia. Sa maman ne maîtrise pas la langue de Molière. Elle n'est jamais allée à l'école. La complexité de la tâche, la honte de ne pas savoir, de se tromper, ont fini par la dissuader de l’apprentissage du français. Au foyer familial, forcément, le Marocain est le langage employé.

Nadia découvre le français à la maternelle. Elle a 6 ans quand ses parents déménagent dans une maison située à quelques minutes de la rocade. Dotée d'un caractère fort, elle est assidue dans ses études.

 
 
Photographie réalisée par Rv Dols - Copyright Rv Dols - All rights reserved
   

Dans sa dix-septième année, elle devient bachelière. Passionnée par l'art, à 18 ans, elle souhaite incorporer l'université d'Avignon. Son vœu s'oriente vers une licence de communication.

Nadia « Je suis contente, ce n’est pas une licence de communication au sens marketing du terme. La licence d'Avignon est axée sur le culturel, composée de stratégies pour mener à bien des projets. J'y suis arrivée un peu par hasard, mais cela me convient vraiment. La suite logique c'était le master ».

Premier emploi

Au début de l'année 2015, l'OGA (Office de gestion et d'animation administré par Agnès Grenier) lui propose le poste de médiatrice culturelle et sociale. Sa mission est d'intégrer les publics dits éloignés de la culture avec des échanges citoyens participatifs pour créer des ponts entre les gens. L'association monte l'ambitieux projet " Mémoires " qui séduit immédiatement Nadia. Le but est de mettre en valeur la mémoire d'habitants du quartier de La Reine Jeanne. Des entretiens déjà enregistrés constituent le point de départ.

Nadia s'investit pour porter et défendre ce projet rebaptisé " La Reine Jeanne, histoires et mémoires partagées ". Un documentaire voit le jour. Une exposition historique, une exposition photographique sur la vie du quartier et une exposition sur Jeanne 1ère de Naples dite la Reine Jeanne, viennent compléter les témoignages existants. Une pièce de théâtre est également créée par la compagnie les Rotfleu d'Homme, mélangeant les récits des habitants et des fragments de vie de la Reine de Naples. Le samedi 21 mai 2016, le quartier de la Reine Jeanne est à l’apothéose de sa propre histoire.

Nadia « Il y aura une suite, fin 2016, début 2017. Notre volonté est de réaliser quelque chose de différent. En collaboration avec le centre de formation à l'audiovisuel l'IMCA, nous faisons des fictions avec les résidents. L'OGA n'est pas un centre social, il faut solliciter les gens. À deux reprises, nous sommes allés avec des caméras au contact des habitants du quartier. Les plus jeunes sont ouverts, c'est plus compliqué avec les adultes. Les parents n'acceptent pas d'être filmés alors, nous prêtons des caméras. Du coup, les mamans filment leurs enfants, elles feront partie du montage. Petit à petit, nous tissons des liens ».

Bien souvent, les femmes n'ont pas choisi de venir en France

Au Maroc, les filles ne sont pas toujours scolarisées. Les mariages peuvent être arrangés, les parents imposent parfois le futur mari. Du jour au lendemain, les épouses sont confrontées à une culture et un pays qu’elles ne connaissent pas. Elles ne parlent pas la langue, l'isolement devient leur quotidien. Certaines personnes sortent très rarement du quartier.

 
 
Nadia Slimani Avignon
 
 
Photographie réalisée par Rv Dols - Copyright Rv Dols - All rights reserved
 

Nadia « En parallèle, en compagnie d'une formatrice, nous menons des ateliers d’apprentissage de la langue française dans le quartier. Nous avons distribué des cahiers d'écoliers. Le but est de se raconter. On commence par un arbre généalogique. Puis les gens décrivent des anecdotes de leurs enfances, des dessins de leurs maisons, des recettes que leurs mamans confectionnaient... Les instants de vie remplissent les pages. À terme, les cahiers ont la vocation de propager les mémoires des parents jusqu'aux enfants ». 

Nadia est passionnée. L’intelligence qui la caractérise engendre un dialogue franc empreint de vérité. Elle trouve regrettable que certaines personnes cataloguent les êtres humains aux origines diverses par couleur, alors que bien souvent ils sont Français. Par expérience, elle reconnaît sans détour que les gens acceptent l'aide sans toujours vouloir donner en échange. D'après elle, le communautarisme est exacerbé par le manque d'ouverture d'esprit d'une partie de nos concitoyens.

Elle décrit sa condition sans rancœur ni préjugé. L'éducation qu'elle a reçue lui semble en décalage avec ses aspirations. Ses parents avaient la quarantaine passée au moment de sa naissance. Ils sont croyants et la religion prend une place prépondérante dans l’univers familial. Ce n'est pas forcément en adéquation avec ses prédispositions. Pourtant, à ses yeux, cette éducation est un héritage qui enrichit sa compréhension.

Nadia se projette dans le futur, elle suppose que son contrat sera bientôt renouvelé pour six mois. Elle est bien consciente qu'elle ne fera pas carrière à l'OGA. Elle se nourrit des instants présents qui étoffent son expérience. Elle s’efforce de mettre les autres en valeur. Elle reste convaincue que la femme a le droit de faire des choix et de se définir comme bon lui semble.

Nadia « Si vous voulez que les gens viennent à vous, il faut aller vers eux ».

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Rv Dols - herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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