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Numéro 18
   

Société : Quand le nucléaire explose la démocratie

 

 

Le 6 août 1945, la bombe A composée d'uranium enrichi rase de la carte Hiroshima au Japon. Le 9 août de la même année la bombe A au plutonium, dévaste Nagasaki toujours au Japon.

À la fin de l'année 1945, le gouvernement provisoire de la République Française et le Général de Gaulle élaborent la stratégie du nucléaire Français. Pour ce faire, le pouvoir en place crée un outil dénommé CEA (Commissariat à l'Énergie atomique). À l'origine, le nucléaire est une arme dite dissuasive. Elle donne au pays qui la possède une relative indépendance sur l'échiquier politique mondial. Ces raisons motivent la France qui décide de se doter de l'arme fatale.

Le 7 janvier 1956, le réacteur nucléaire à usage militaire G1, de la première centrale graphite-gaz française entre en service. Elle se situe dans le Gard à Marcoule. Le but est de récupérer le combustible irradié et usé. La suite du procédé consiste à séparer l'uranium (de 95% voir 96%) du plutonium (1%) et des déchets actifs (3% voir 4%).

En avril 1958, Félix Gaillard, premier ministre sous la présidence de René Coty, programme les premiers essais nucléaires français pour 1960 dans le Sahara Algérien à Reggane.

Pendant ce temps l'administrateur du CEA Robert Galley, gaulliste de la première heure, prépare la construction d'une nouvelle usine à La Hague (Manche).

En 1959, Valéry Giscard d'Estaing est nommé aux fonctions de secrétaire d'État aux Finances, avant de devenir ministre des Finances et des Affaires économiques. Le Général de Gaulle le remplace en janvier 1966 par Michel Debré. Alors, Giscard monte une fronde contre le général et en appelle à voter au référendum de 1969 qui entraîna la chute de De Gaulle.

En 1969, Pompidou donne à Giscard le ministère de l'Économie et des Finances qu'il occupa jusqu'en 1974. L'importance de Giscard dans le nucléaire Français réside dans le fait que sa femme est issue de la dynastie industrielle Schneider du Creusot. La famille de celle-ci est intéressée par l'intermédiaire de Creusot-Loire, qui possède le brevet PWR qui remplaça les réacteurs graphite-gaz dans les centrales nucléaires.

À l'époque, un cousin de Giscard, préside la Banque française pour le commerce extérieur (BFCE), qui est un intermédiaire des ventes de réacteurs effectuées par la France à des pays comme l'Afrique du Sud sous le contrôle de l'apartheid, l'Irak et l'Iran.

Un autre cousin de Giscard est impliqué dans les mines d'uranium d'Arlit au Niger. Les mines d'Arlit ont fourni l'essentiel de l'uranium utilisé par la France pour la production d'électricité et d'armes de destruction massive. Elles furent exploitées par la COGEMA et, de nos jours, par Areva NC, dans des conditions sanitaires déplorables qui engendrent des conséquences néfastes sur l'environnement, le tout dénoncé régulièrement par diverses ONG.

Sous la présidence de Giscard, à partir de 1974, cinq commandes de réacteurs PWR se succèdent chaque année. C'est pendant cette période que la France se dote du programme nucléaire le plus important du monde.

Le choc pétrolier de 1973 favorisa le développement du nucléaire civil. Trois semaines avant le décès du président Georges Pompidou, en 1974, le Général et premier ministre Messner impose à la France le tout nucléaire. En effet, aucun débat, aucun vote, aucun référendum pour Messner qui dicte le futur de l'électronucléaire français pour les décennies à venir.

Nous ne sommes pas défavorables au tout électrique et au tout nucléaire pour meubler un paysage contestataire. Mais les accidents de Three Mile Island aux États-Unis en 1979 génèrent un sentiment de méfiance à l'encontre de cette nouvelle technologie que l'homme est totalement incapable de maîtriser lorsque survient un problème majeur.

La catastrophe provoquée par l'homme en avril 1986 à Tchernobyl, suivi par son cortège d'experts en désinformation, propagea le nuage composé de particules de mensonges jusqu'en France. Le remède, un sarcophage en piteux état qui soi-disant confine la radioactivité. Le souci réside dans le fait qu'une grande partie du poison radioactif imperceptible par l'homme se diffusa dans l'atmosphère lors de l'explosion à Tchernobyl. Le réacteur entra en fusion avec la totalité des éléments se trouvant à proximité. Le magma qui en résulta est toujours sous le sarcophage et pénètre inexorablement dans le sol. L'Europe finance un nouveau cache-misère qui viendra prendre place sur l'ancien. Histoire de se voiler la face, tout en se donnant bonne conscience. Tchernobyl n'a toujours pas fini de faire des dégâts, il y en a encore pour des siècles.

Aussi inquiétant, le 16 juillet 2007 un séisme secouait le Japon et Kashiwasaki-Kariwa la plus grande centrale nucléaire au monde. Les mouvements de sol furent trois fois plus rapides que le maximum envisagé par les ingénieurs nucléaires. La conséquence, des fuites radioactives et des débuts d'incendies. L'irréparable fut évité in extremis.

En toute logique des conclusions s'imposaient et la sûreté nucléaire aurait dû envisager qu'elle ne pouvait pas, grâce à des calculs, prévoir le risque zéro. Par conséquent, il était raisonnable, et ce pour pallier un futur cauchemar, de fermer les centrales nucléaires pour éviter la mort, la contamination et une pollution irréversible aux conséquences dévastatrices.

Au contraire, les exploitants sous caution des gouvernements en place affirment dans un élan de vanité que leurs centrales sont belles et bien plus fiables que prévu. Pour eux la preuve en était faite.

Le 11 mars 2011, un tremblement de terre frappe le Japon et Fukushima telle une sentence. Le 12 mars 2011, la structure supérieure du bâtiment recouvrant le réacteur n°1 explose. Pas moins de quatre réacteurs se retrouvent très vite dans une situation incontrôlable. Dans un premier temps, l'opérateur de la centrale nucléaire a pour réflexe de minimiser les faits. Pourtant, d'immenses quantités radioactives se sont déjà rependues jusqu'à Tokyo et ses 30 millions d'habitants. Les explosions en cascade des réacteurs ne présagent rien de bon. L'opérateur admet qu'il y aurait une fissure sur le réacteur n°2 et que cela pourrait entraîner des fuites d'eau radioactives dans l'océan. Puisque l'opacité est de mise, le pire reste à découvrir, l'horreur se répandra sur des siècles. Il n'y a pas de fin à l'échelle humaine dans ce type de catastrophe.

La seule préoccupation des pouvoirs nucléaires est de garder la main mise sur le business de l'énergie électrique coûte que coûte. Relancer, maintenir, accroître la production nucléaire et vendre des centrales aux irréductibles. La preuve s’il en fallait une, Tchernobyl continua sa production jusqu'aux années 2000. Une hérésie quand on sait dans l'état où se trouve cette poubelle qui diffuse toujours de nos jours la mort. L'apocalypse de Fukushima doit nous faire prendre conscience que l'accident n'est pas inévitable, bien au contraire il est envisageable.

La France et ses pros-nucléaires ne veulent sous aucun prétexte en tenir compte. Aréva poursuit sa progression et affirme que le nouveau, encore plus blanc que blanc, réacteur français EPR, lui, aurait résisté au séisme et au Tsunami de Fukushima. EPR est tellement un bijou de technologie qu'EDF et Areva n'arrivent pas à finaliser les constructions des deux centrales en Finlande et à Flamanville (Manche), affublées de ce réacteur de troisième génération.

En 2008, la mafia nucléaire occidentale, la France, les États-Unis et la Russie se sont alliés pour bafouer la législation internationale en vigueur. Le but est le transfert des technologies vers l'Inde, pays non-signataire du Traité de non-prolifération.

En Inde, Aréva construit la plus grande centrale au monde au sud de Bombay à Jaitapur, sur une zone constituée de trois failles tectoniques. Un terrain qui est loin d'être stable, puisqu'il a tremblé à trois reprises en dix ans et fait plus de 5 000 morts. Lors d'une visite officielle du président Sarkozy en Inde en 2009, un protocole d'accord fut signé entre Areva par Anne Lauvergeon et le groupe public indien NPCIL. Montant : 7 milliards d'euros.

Les autorités nucléaires, les gouvernements, les pro-nucléaires, les ingénieurs, les plus malins que les autres nous vantent les mérites de cette énergie. Ce qui n'est pas faux, le nucléaire possède bien des qualités et des avantages. Mais les défauts sont malheureusement plus dévastateurs, plus mortels pour la planète que ses qualités. Le jeu en vaut-il la chandelle?

La France est un territoire truffé de centrales, pas moins de 58 réacteurs pour l'heure. Sans comptabiliser les locaux, les sites d'entreposage des déchets et autres...

L'hexagone est une monstrueuse bombe à retardement. C'est une réalité incontestable. Le jour où le déluge va s'abattre sur cette partie de l'Europe, les dégâts seront sans commune mesure avec tout ce que nous avons connu jusqu'à présent. L'urgence est d'arrêter ces pourvoyeurs d'énergie travestis en diffuseurs du bien-être. Commencer par voter intelligent en 2012 est la seule alternative aux fossoyeurs de la planète.

En toute honnêteté, il ne s'agit pas d'opposer une doctrine politique à une autre. Il ne s'agit pas d'écologistes qui s'opposent à la politique énergétique du moment, pour telle ou telle idéologie, il s'agit d'humanité. Ignorer, dissiper les risques itinérants à l'énergie nucléaire est un crime contre l'humanité, il faudra en répondre.


David Sanches / david.sanchez@oeilpaca.fr

 

 

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