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  Photographie : Olivier Culmann  
     
 
Olivier Culmann
 
 
Photographie réalisée par Rv Dols - Copyright Rv Dols - All rights reserved
 

Entretien avec Olivier Culmann

Olivier réside à Montreuil. Il est né au début des années 70. À 22 ans, après des études de cinéma, il opte très vite pour la photographie. Deux raisons motivent son choix : Il affectionne la photo et trouve la pratique de celle-ci plus souple que le cinéma.

Les voyages d'Olivier sont des prétextes aux séries

Au début des années 90, les pays de l’Europe de l'Est s'ouvrent ; Olivier veut voir à quoi cela ressemble et sillonne la Tchécoslovaquie, la Pologne, l'ex Allemagne de l'Est, la Roumanie...

En 1996, il devient membre du collectif Tendance Floue. De 1993 à 1999, en parallèle avec son travail pour la presse et en collaboration avec Mat Jacob (photographe du collectif Tendance Floue) il réalise un projet en noir et blanc « Les mondes de l'école ». Ce travail est récompensé par la bourse de la villa Médicis Hors les murs en 1997.

Dans cette décennie, Olivier oriente ses travaux avec humour et propose un questionnement concernant le grotesque généré par l'absurdité dans l’existence. La série « Une vie de poulet » est constituée par deux reportages. Chaque tirage est composé à gauche d'une photographie faite dans l'élevage ou l'industrie du poulet et à droite d'une image réalisée lors des derniers contingents d'appelés au service militaire.

En 2006, Raymond Depardon l'invite aux rencontres de la photographie d'Arles où il expose la série « Watching TV ». Quelques années plus tard, il obtient la troisième place du World Press dans la catégorie sujet "contemporain" avec la même série.

Il part vivre aux États-Unis, au Maroc et en Inde où il reste deux ans. La troisième année, il fait des allers-retours entre les deux pays.

En 2015, il expose la série « The Others » au musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône. En 2016 plusieurs expositions retracent son travail, notamment dans le cadre de photo MAP de Toulouse à l'espace EDF Bazacle, où il décline cinq séries :

-Autour, New York (2001-2002) consacrée aux « spectateurs » venus scruter les ruines du World Trade Center.

-Watching TV (de 2004 à 2007) qui se concentre sur le regard et les attitudes de téléspectateurs à travers le monde.

-Faces (en France en 2008).

-The Others (entre 2009 et 2012) lorsqu’il vivait en Inde.

-Selfies ( 2014 en Corée du Sud ).

Ces trois dernières sont issues d'un questionnement personnel portant sur le mode de représentation de soi. À noter que le photographe s’intègre dans la composition de ses images, devenant ainsi un acteur participatif.

Le projet indien « The Others »

Sur ce projet Olivier a alterné le numérique et l'argentique.

Les Indiens ont une proximité photographique assumée. Les intérieurs sont souvent jalonnés par des portraits de famille. Dans les villes, les studios photographiques occupent les rues. Pendant son séjour en Inde, Olivier a repéré et identifié les codes des personnages constituants de la société indienne. Il s’est procuré des vêtements similaires à ceux portés par ses futurs sujets.

Équipé d'un 6x6 (moyen format argentique), il réalise des photographies de studio photo vide.

En France, dans son propre studio au fond neutre, il se met en scène en étudiant la pose la plus juste. Chaque autoportrait avec vêtements correspond à chaque personnage qu'il a vu et croisé pendant son séjour. Ensuite, il a inséré ses personnages numériques dans les photos prises en Inde.

 
 
Tendance Floue Olivier Culmann
 
 
Photographie réalisée par Rv Dols - Copyright Rv Dols - All rights reserved
 

Le futur projet

Pour la ville de Montreuil, Olivier est allé régulièrement photographier des adolescents.

Olivier : « Ce travail, je l'ai fait sous une forme particulière qui m'a intéressé. Je pense que c'est le début d'une piste de recherche photographique. Je vais peut-être la développer pour l'aboutir un petit peu. Pour l'instant, je suis plus dans une étape de réflexion de potentiel-projet que dans la production. J'ai tendance à envisager une nouvelle forme, à réfléchir à un nouveau moyen d'expression par rapport à un nouveau projet.

Il garde un regard curieux sur ses contemporains. Son approche photographique ne lui impose pas des goûts prédéfinis. Il apprécie les travaux de photographes très éloignés de ses productions.

Olivier : « Ce qui m'intéresse en photographie c'est la singularité d'un travail ».

L'image animée prend place et les photographes peuvent réaliser des films avec leurs boîtiers

Olivier : « Les nouvelles technologies et notamment le fait que beaucoup de choses se passent sur nos écrans (des surfaces qui peuvent apporter des images animées et du son), beaucoup de photographes font de l'image animée.

À mon avis, pour certains c'est justifié, pour ceux qui ont les capacités et qui peuvent apporter quelque chose avec ce média. Alors, cela peut être intéressant. Si le photographe le fait parce que c'est la tendance ou sous prétexte qu'on pourrait avoir de l'image animée avec du son, ou pour en faire, c'est une erreur.

Comme si l'image fixe était absolument intolérable sur nos écrans. Je le remarque souvent. Une image fixe, il faut l'assumer. Il faut accepter de regarder une image qui ne bouge pas, même si c'est sur un écran ».

Quand ont fait des images, c'est pour dire...

Olivier : « Je n’ai pas un message à passer ou à prouver quoique ce soit. Ma photographie n'est pas là pour montrer ou démontrer quelque chose. Ça doit naître d'une nécessité personnelle.

Un projet personnel naît d'une intention ou d'une préoccupation que tu peux avoir sur un sujet. Je crois pas trop en ce qu'on appelle un bon sujet. À une époque, dans le milieu du photojournalisme il n'était pas rare d'entendre dire, ça c'est un bon sujet, parce que potentiellement il était vendeur pour la presse.

Un vrai projet personnel demande de la ténacité, de l'énergie, de l'investissement personnel sur des années, et il ne peut être mené à bien que si cela est important pour toi.

Donc je pense qu'un projet doit naître et ne peut être qu'une préoccupation personnelle. Tu dois avoir des choses à dire, cela peut être un questionnement. C'est une voie, d'une certaine façon je suis en recherche permanente. C'est normal que ce soit un processus long, voir douloureux ».

« L'économie ou le marché ne détermine pas le type de photos. Elles doivent venir du photographe. Il faut se méfier du dictat du marché et rester fidèle à ce que l'on veut faire ».


Parution de The Others aux éditions Xavier Barral, Paris, Acte sud et Fnac - http://tendancefloue.net/olivierculmann

 

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