Au pays de l'ours Vallée d'APE
Photo Rv Dols

Les Pyrénées, territoire de l'Ours

L’ours brun fait partie de la biodiversité des Pyrénées depuis 250 000 ans. Au musée de l'Aurignacien (début du Paléolithique supérieur, environ 39 à 28 000 ans avant notre ère) à Aurignac Haute-Garonne, le squelette d'une tête d'ours est exposé au public.

Au 19e siècle

L'Ours brun eurasien était une source économique conséquente. Une prime était distribuée à tous ceux qui tuèrent l'animal. Le commerce de sa peau, de sa viande et de sa graisse était répandu. Des chasses furent organisées en faveur de touristes aisés en quête de sensations fortes. Les oursons furent prélevés à leurs mères après abattage et vendus en Ariège aux hommes qui les dressèrent. Les montreurs d'Ours parcouraient l'Europe. Le mammifère était attaché à une chaîne à l’extrémité de laquelle un anneau transperçait son museau. Ainsi les ordres se diffusaient sous la contrainte.

Montagne du pays Adet

Des mœurs qui engendrèrent l'extinction d'Ursus arctos arctos

En 1954, un peu plus d'une soixantaine de spécimens vivaient encore dans les Pyrénées. Il fallut attendre 1962 pour interdire la chasse à l'ours. Le braconnage s'intensifia et des battues dites administratives étaient diligentées pour apaiser les humeurs des éleveurs. En 1972, les battues furent également interdites, 36 ours survivaient dans les Pyrénées. Malgré tout, entre 1976 et 1995 13 ours furent tués.

En 1976, l'ours brun fut classé espèce protégée et le fonds d'intervention éco-pastoral versa les premières indemnités aux bergers victimes d'attaques d'ours. Le 30 septembre 1979, la France ratifia la convention de Berne. Il fallut attendre 1983 pour que soit créé le premier plan de sauvegarde de l'ours brun en France. En 1990, il ne restait plus que 10 ours sur notre territoire.

Le 21 mai 1991, l’Europe vota la directive Habitat

L'Europe obligea les États membres à restaurer des populations viables d'ours bruns là où l'animal était présent. L'association Artus réalisa une étude de faisabilité dans les Pyrénées Centrales. En novembre de la même année, les communes de Arlos, Boutx, Fos et Melles (Haute Garonne) créèrent l'ADET (Association pour le développement économique et touristique), pour sauvegarder l'ours. En 1995, ils n'étaient plus que 5 ours à vivre en France.

Montagne Pyrénées Ours

Le 19 mai 1996, premier lâché d'Ours en France

Ziva arriva de Slovénie pour restaurer la population ursine. Les communes d'Arbas et de Fourgaron rejoignirent l'association Adet. Le 6 juin Melba fut lâchée sur les hauts de Melles. Un an plus tard, en mai 1997, ce fut au tour du mâle Pyros de fouler les montagnes de Melles. Au mois de septembre, un chasseur abattit Melba, 11 ours vivaient dans les Pyrénées.

Début novembre 2004, la dernière femelle connue de souche pyrénéenne, âgée d'une quinzaine d'années fut abattue par un chasseur dans la vallée d'Aspe. À la fin du même mois, Cannelle était également tuée par un chasseur.

Montagne du pays de l'ours

De nos jours

Il y aurait deux mâles et deux femmelles dans les Pyrénées Occidentales. Dans les Pyrénées Centrales on compte 13 femelles, 6 mâles et 12 jeunes et 5 oursons. Malheureusement, les scientifiques arrivent à la conclusion suivante : « Les mâles actuels sont tous des descendants de Pyros, qui est lui en fin de vie. La consanguité est avérée. Pour endiguer d'éventuelles tares qui seront à terme irréversibles pour les populations à venir, du sang neuf est primordial ». En 2018, le vieux mâle Pyros est considéré comme disparu. Une diversification croissante est avérée, la place prise par le jeune mâle Pépite en témoigne.

Les chasseurs et l'ours

Les chasseurs sont représentés par un lobby surpuissant. La majorité des élus se range souvent à leurs côtés, tout simplement à des fins électorales. Quand un cadavre d'ours est retrouvé mort, une autopsie est ordonnée. Des plombs, qui ne sont pas forcément la cause de la mort sont retrouvés dans les muscles et les chairs des individus. C'est la preuve que les chasseurs tirent sur les ours.

Dans les années 2000, des ours tombent sous les tirs de certains d'entre eux. Les chasseurs hors la loi poussent l'ignominie à son paroxysme en consommant l'animal. La Cour de cassation condamne les coupables appréhendés à des peines de prison avec sursis et à de fortes amendes. Évidemment, comme toujours, c'est une minorité qui confère une mauvaise image à la majorité. En effet, depuis des années, les chasseurs font beaucoup d’efforts pour laisser les ours tranquilles.

Haute Garonne Ours

L'ours et les éleveurs

Depuis des décennies, les éleveurs s'opposent radicalement à l'ours. Pendant les mois chauds d'été, la transhumance leur permet de faire paître les troupeaux au frais. Les moutons marqués sont en liberté. Ce qui confère des vertus culinaires indéniables à la viande, pour une consommation optimale. À la fin de l'été, les propriétaires des différents troupeaux trient et récupèrent les ongulés portant leurs marques. Ceux qui pratiquent ce système sont farouchement opposés à l'ours. Les éleveurs qui résident à l'année dans les zones occupées par les ours comprennent qu'il n'est pas raisonnable de laisser les animaux domestiques sans protection. Quand vient le soir, ils regroupent les troupeaux dans des surfaces délimitées par des clôtures électriques. Les chiens (le Patou) sont également présents. L'ours brun qui est solitaire n'est pas en mesure d'élaborer le moindre plan. Il ne peut donc pas surprendre les chiens. Il préfère battre en retraite.

L'ours et la Brebis

L'ours brun est un omnivore en grande partie végétarien. À la fin de l'hiver, il est volontiers charognard. Quand il sort de sa tanière, il n’hésite pas à fouiller les glaces qui emprisonnent quelques cadavres d’animaux morts. Apparemment, l'ours brun privilégie la collecte d'une alimentation facile où la dépense d'énergie est moindre. Il profite de ses déplacements pour prélever des fruits charnus, des végétaux herbacés, des racines, des fruits secs, des insectes. Opportuniste, il peut se transformer en prédateur s’il croise le chemin de troupeaux sans surveillance. Chaque année, les Pyrénées abritent 580 000 brebis en estive, 18 000 à 30 000 meurent pour diverses raisons ; accidents, chien, foudre, maladies, parasites... Les attaques avérées d'ours donnent lieu à une indemnisation. C'est pour cette raison que sans véritable justification, des éleveurs mal intentionnés essaient de se faire indemniser et ce quelque soit le motif des pertes, pas toujours en lien avec l'ours. L'opinion publique a tendance à ne retenir que la virulence de la médiatisation discriminatoire portée à l'encontre de l'ours. Les cris et les menaces des éleveurs sont souvent légion. C'est pour ces raisons que l'ONF déploie des experts capables d'évaluer la provenance des attaques avant toute indemnisation. En moyenne, chaque année l'ours tue moins de 200 brebis, et les chiffres sont en constante régression. Cela est essentiellement dû au fait que les éleveurs protègent de plus en plus leurs troupeaux.

La position de l’État

Depuis 2010, au terme du dernier plan de restauration de la population d'ours, les différents ministres de l'Écologie n'ont apparemment pas envie de faire avancer le dossier, se basant sur l'expertise scientifique réalisée par le Muséum National d'Histoire Naturelle. En 2015, le commissaire Européen en charge de l'environnement questionne l'autorité française compétente en la matière afin qu'elle clarifie son positionnement. En d'autres termes, à quand un nouveau calendrier de réintroduction ? L'ours brun n'est pas un mammifère qui migre et les deux mâles des Pyrénées Occidentales ne pourront pas se reproduire entre eux. L'urgence dans les Pyrénées Centrales est d'éviter une trop forte consanguinité. Fatalement, si aucun lâché n'est programmé dans des délais raisonnables, l'ours brun des Pyrénées s’éteindra à jamais. Nous pouvons malheureusement imaginer que le gouvernement en place ne prendra pas de décision avant les élections. À moins que le recours déposé en 2015, par les associations Férus et Pays de l'ours Adet, devant le tribunal administratif contre l'Etat pour « manquement à son obligation de protection de l'ours brun dans les Pyrénées » soit pris en considération.

Nous remercions pour sa collaboration Adrien Derousseau, animateur et accompagnateur en montagne du Pays de l'Ours-ADET.

Propos recueillis par Rv Dols / rv.dols@oeilpaca.fr

 

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