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Art / contemporain / plastique : Patrick Singh

Dis moi qui tu es et je te dirai qui tu peins. Patrick Singh est l’artiste idéal pour explorer pleinement ces considérations.

C’est le 5 mai 1963 à Hyères (Var) que Patrick fait connaissance avec la vie. Né d’une mère Corse et d’un père anglo-Indien, l’enfant Singh a son existence rythmée entre le Sud de la France et Londres. Un temps guitariste dans un groupe underground, garage/punk/rock, qui est d’ailleurs né sous l’impulsion de la TAF (emblématique association Montpelliéraine qui se situe maintenant à St Jean de Védas, une salle de concert, des locaux de répétition et sans oublier la publication d’un petit agenda "Tout à fond")

Mais c’est l’artiste autodidacte et ses innombrables productions, notamment ses portraits au regard saisissant d’intemporalité, baignant dans l’humanité de la vision de Patrick, que nous avons envie de vous dépeindre dans ces lignes.

Agé de 18 ans, il habitait à Brixton dans le Sud de Londres. Patrick travaillait dans un Pub et était chroniqueur au New Musical Express. Il vécut les émeutes d’Avril 1981 que certains qualifièrent de " race riots " (émeute ethnique), mais c’était plus une révolte des classes populaires puisqu’il n’y avait pas que des gens de couleur dans les manifestants. Les contestations des Jeunes portaient sur les mesures discriminatoires de la police et la mort d’hommes noirs durant leur garde à vue. Ce qui nous renvoie les réalités de nos banlieues en pleine figure.

Patrick Singh :  Il y avait d’une part des revendications qui portaient sur la discrimination, et d’autre part d’autres qui portaient sur la pauvreté. Il y avait aussi la poussée d’un parti politique de droite, le British National Front (le Front national Britannique, ce parti politique de droite nationale fasciste qui s’opposait au multiethnisme et au multiculturalisme), c’était l’un des partis Européens les plus violents en terme d’exactions contre les communautés d’émigrés quelles qu’elles soient ; Pakistanaises, Indiennes, Bengalis, Jamaïquaines, finalement toutes issues des anciennes colonies Britanniques et qui vivaient à Londres. Dans ces années là, il y avait d’innombrables connexions entre les groupes de Reggae Londoniens et le Punk. Pour plusieurs raisons, entre autres parce qu’ils fumaient de l’herbe. Des groupes comme The Class ont pérennisé ce lien. A cette époque, je chroniquais et dessinais ce qui se passait dans les rues. Ces dessins ont eu un certain succès. Ils ont été publiés dans la presse et j’ai illustré des livres d’auteurs Jamaïquains qui racontaient leurs émeutes. Cette figuration a continué à vivre. Par la suite j’ai illustré des pochettes de disques pour des labels.

Mon aventure artistique est partie de là, des gens ont commencé à s’intéresser à mon travail et l’ont transformé en projet. A 21 ans j’ai eu la chance d’être invité en Amérique du Sud (Colombie), pour faire une exposition. Les gens pensaient que je peignais des Colombiens pour la bonne et simple raison qu’il y avait des réalités Afro-Colombiennes issues de l’esclavage dans ce pays. De la même manière qu’aux Etats Unis et en Europe…

Le thème d’un peuple en révolte, en l’occurrence noir, a été ma ligne rouge pendant toutes ces années. Pour résumer je travaille sur la diaspora Africaine depuis tout ce temps, au travers différentes destinations ».

Patrick est un globe trotteur qui confronte son art à la vie sur le terrain. Peintre, dessinateur, plasticien de l’humanité et un peu ethnologue. Ses peintures nous transportent dans l’inconscient des peuples traversés par ses carnets.

Patrick Singh : -« J’ai commencé les carnets de route, voir de technique mixte, en Amérique du Sud. Je prenais de véritables chocs et c’était plus pour consigner des sensations et ce qui s’oublie. L’une des vertus sociales et pédagogiques du carnet se vérifie sur le terrain. Tu t’installes dans la rue et très vite les gens viennent à côté de toi. Ils regardent par-dessus ton épaule. Tu crées une dynamique où tu deviens un centre à un moment donné. Tu puises, mais tu donnes autant que ce que tu reçois. Cela m’a permis de plonger dans des contextes qui, dans l’imaginaire collectif, sont dangereux, réellement dangereux. C’est pas de l’inconscience, mais juste pour sentir les choses. Mes carnets ne sont pas à vendre, ils ne sont là que pour les gens qui se déplacent pour les voir ».

Sur ces carnets se retrouvent l’eau de la flaque mélangée à la peinture, de la cire noire, des bouts d’affiches, des calques, des papiers, de la terre, des photos accidentées de personnages croisés au carrefour de la vie d’un jour, le tout macère entre les pages du temps.

En Colombie où il vécut trois ans, un journaliste le compara à un « Trafiquant de miroirs »

Patrick Singh : -« Il n’y a jamais de modèle dans ce que je fais. J’ai développé une manière de travailler qui est de l’improvisation pure et simple. Par contre, il m’arrive de rencontrer plus tard les modèles. Du moment où tu travailles sur un sujet réaliste, à partir de quelque chose que j’ai vécu, que j’ai perçu, avec différents types de point d’identification, il y a forcément un effet miroir ».

En 2009, Patrick a vécu presque un an à New York, il était invité en résidence artistique à High School of Art suivie d’une exposition à Harlem. Depuis 2010 il se partage entre la France, Pompignan où j’ai pu le rencontrer, et l’Afrique. Destination qu’il emprunte pour la première fois, aussi bizarre que cela puisse paraître vu la nature de son travail.

Patrick Singh : -« Actuellement en résidence au centre culturel Français Georges Méliès à Ouagadougou au Burkina Faso. Une invitation de neuf mois, morcelée en trois fois, parce que j’avais déjà une programmation enclenchée sur l’année. Je me suis rendu là-bas une première fois pour faire une exposition, présenter mon travail et commencer à faire des dessins. Ils ont un projet de livre objet très ambitieux, qui sera composé d’environs six cents de mes peintures sur le Burkina Faso. J’ai déjà commencé, cela sortira en 2011, logiquement ».

En exposant actuellement dans plusieurs pays, l’humaniste artiste laisse apparaître ses créations aux yeux des autres sur des supports comme la bâche, le tissu vietnamien, la toile…

Galerie Anne Cros / Pézenas / Exposition permanente toute l'année. Vernissage annuel début septembre. Date non fixée.

Salon à St Hyppolite du Fort : Biennale Carnet de voyage et BD. Le 04 Juillet 2010, toute la journée.

Dans le cadre de la résidence au CCF de Ouagadougou - deuxième session - deux mois à partir du 25 avril. Pour réaliser les dessins et peintures pour l'exposition et le livre objet qui seront présentés par le CCF de Ouagadougou en février 2011.

Du 15 septembre au 15 Novembre 2010 : résidence artistique à New York avec The West Harlem Art Fund. Projet de projection digitale de peintures sur le pont de Manhattan, intitulée Bridging Stone Figures plus exposition à Dumbo (Brooklyn).

Participe à la Biennale du Carnet de voyage de Clermont Ferrand en Novembre 2010.

La troisième session de la résidence au Burkina Faso avec expo des travaux réalisés au BF et l'édition d'un "livre boîte objet " se déroulera du 15 décembre 2010 au 30 Mars 2011.

 

Propos recueillis par Rv Dols - herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

 

 

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