TRYO Manu photo Rv Dols
Photo Rv Dols

Guizmo et Manu Eveno rencontrent Christophe Mali en 1995. Le groupe TRYO était né. Puis, Daniel Bravo vient se greffer au groupe avec ses percussions. N’oublions pas Bibou, producteur exécutif et manager, jamais très loin, au son ou ailleurs.

Dans TRYO c'est toi le guitariste

Manu : « C’est vrai que les autres membres du groupe se consacrent plus à l’écriture des textes. Surtout en ce qui concerne Guismo et Mali, ce sont plus des chansonniers que des instrumentistes. Ils ont la guitare comme instrument d’accompagnement, chacun a une place.

Quand à moi, j’aime encore plus la musique que la guitare. La musique, c’est une grande planète sur laquelle tu es libre de voyager. J’ai toujours fait un peu tous les styles de musiques. Sans me spécialiser dans quelque chose de particulier. Au commencement c’était plus hard rock. La guitare c’est l’instrument pour rentrer dans la musique. Ces dernières années, je me suis éparpillé sur d’autres instruments. Au bout d’un moment je me suis rendu compte qu’il était important que je revienne à la guitare. Je me suis mis à étudier la guitare-Jazz, l’improvisation. Je suis parti en Afrique, en Inde, il y a pas mal de choses qui m’ont poussé à évoluer musicalement. Au-delà de la guitare, dans le sens de la musique, du rythme, de pouvoir jouer ce que tu entends. Trouver une certaine liberté d’expression à travers la musique. Pouvoir faire ce que tu veux au moment où tu le souhaites, avec un instrument, et que ce soit joli, que cela évoque des émotions. La musique, avant toute autre considération, c’est un langage émotionnel ».

Au début on pensait que Tryo c’était un effet de mode. Cette décennie a prouvé le contraire, mais toi, avec le recul, comment digères-tu tout ça ?

Manu : « Au départ ça nous a explosé en pleine gueule. Vraiment. On n’était pas du tout préparé à un succès pareil. Le premier album fut un carton. Les gens nous racontaient l’ampleur que cela prenait. Nous, on y croyait pas du tout. On était plus là pour faire de la musique et s’éclater. Donc, en 98, gros, gros carton et beaucoup de concerts. J’avais pas mal d’activités musicales dans d’autres groupes et théâtrales. Très vite la signature du contrat avec Hélène chez Sony.

Voilà c’était ça, il fallait mettre de côté pas mal de choses pour pouvoir se consacrer essentiellement à TRYO. Énorme, génial, mais très dur, il fallait faire l’impasse sur les autres activités. Pendant dix ans nous avons enchaîné plus de 1000 concerts, fait des albums, la préparation des spectacles, le tout fait dans le bonheur, mais très peu de temps passé à la maison, avec une perte du système nerveux.

Nous prenons le temps de vivre d’autres expériences. Les voyages, je suis allé en Indes, en Afrique… cela nous a permis de faire le vide et d’avoir un retour sur nous, une grande liberté, pour certains une grande exaltation, c’était vraiment un besoin vital, besoin de respirer. Avoir du succès comme ça, c’est pas quelque chose de normal. Ce n’est pas un dû, ce n’est pas acquis. Le résultat nous a complètement submergé, c’est vraiment au-delà de ce qu’on espérait. Nous avons une chance, une situation plus qu’excellente.

Donner sa musique pour un concert c’est quelque chose, mais recevoir c’est très dur aussi. Les gens viennent au concert, payent le billet, le disque et en plus ils t’applaudissent et te disent merci. OUF, c’est très fort. La réussite, c’est pas quelque chose de naturel, se retrouver à notre place, ça te dépasse complètement. Bien évidemment nous avons réalisé ce qui c’est passé, mais bon, on s’endort pas, et cela reste toujours un grand étonnement.

TRYO aujourd’hui, c’est pas que nous. C’est aussi les gens. Nous sommes pas tout seul et c’est une grande satisfaction que se soit un phénomène populaire et pas médiatique. C’est toute la différence ».

L’écriture a une place prépondérante dans Tryo

Manu : « Au départ de l’aventure je pense que nous avions les mêmes considérations que celles que nous avons aujourd’hui. En ce qui concerne les thèmes humanistes, écolos, sociaux et politiques. Il y a toujours ces considérations, mais elles sont traitées différemment dans la forme. Nous sommes moins frontal. L’humain d’un côté et le système de l’autre. La grosse méchante machine dressée contre l’humain. C’est un point de vue qui était lié à notre âge, notre rage, à une certaine révolte, la révolte est toujours là mais orientée différemment. Aujourd’hui on parle de la même chose sauf que nous disposons volontairement l’humain au centre du système et nous assumons. C’est l’humain et le système. C’est vous, nous qui faisons le système, qui décidons de cautionner telle boisson gazeuse Américaine, ou tel "fast food" ou, telle émission de télévision qui prétend fabriquer des stars. Il suffit d’arrêter de cautionner pour que cela n’existe plus. Nous on se réjouit que les gens aient une prise de conscience. Donc on est plus dans l’humaniste et on parle du rapport à soi.

La réflexion c’est plus : moi je fais quoi ? Et je veux laisser quoi ? Et je ressens quoi ? En dépit de tout ce qui peut m’affecter dans ce monde cruel, qui va si vite, et de cette croissance économique qui va droit dans un mur. A notre avis, il y a des alternatives très fortes, notamment en ce qui concerne le développement écologique et durable. Il y a plein de corps de métiers qui pourraient s’affirmer autour de cela. Il faut prendre conscience que c’est toi qui fait le monde dans lequel tu vis. Si tu crois que tu n’es juste qu’une chose et que tu n’es pas aux commandes de ta vie et que tu te déresponsabilises, c’est que tu es lâche. »

Est-ce pour ces raisons que vous avez glissé un bulletin d’adhésion à Greenpeace dans votre album ?

Manu : « C’est déjà une prise de conscience depuis pas mal d’années, notre activité autant dans la conception du disque que sur les tournées a un impact écologique considérable. Donc, nous sommes des pollueurs. Nous ne sommes pas fiers, mais c’est un fait. On assume cela et on veut réduire le plus possible nos émissions de CO². En premier lieu, l’album sort en papier co-responsable, le livret, la pochette, ce sont des forêts gérées durablement. Le principe c’est un arbre coupé = un arbre planté. L’encre pour les textes et les images, est biodégradable et le film autour de l’album est également biodégradable. Malheureusement le cd reste en plastique. Après, pour aller plus loin, il y a le bulletin d’adhésion à Greenpeace. Pour nous, c’est une association qui est libre d’agir comme elle l’entend. Elle est indépendante financièrement et politiquement. Ils n’acceptent aucun don d’aucune société. Leurs actions sont diverses et ciblées. Le mouvement prône 50% de réduction des gaz à effet de serre. Il faut savoir que des alternatives existent déjà, mais que les lobbyings industrielles font pression sur les politiques. »

Manu : « Il serait prétentieux de dire que nous voulons changer le monde, voir super nombriliste. Nous voulons juste montrer aux gens qu’il y a d’autres choses qui existent. Si vous voulez savoir de quoi il s’agit rapprochez vous du phénomène, déplacez vous, ne vous contentez pas de le regarder sur vos écrans de télévision, assis dans vos canapés. Même à côté de chez toi il y a des gens qui crèvent la faim, vas les rencontrer, discutes avec eux, là tu seras vraiment sensibilisé. Si tu restes tranquillement chez toi il ne se passera pas grand-chose ».

Tryo est co-producteurs

Manu : « Nous sommes producteurs de notre musique, nous avons signé un contrat de licence avec une maison de disques qui s’occupe de la sortie de l’album et de la communication qui se fait autour. Nous restons producteurs, c’est nous qui produisons notre musique avec nos finances. Nous avons aussi notre propre gestionnaire d’édition qui gère tous les droits d’auteur. Cela nous permet de garder notre liberté, nous sommes libres de faire ce que nous voulons. Dès le départ nous avons bien pris garde de verrouiller tout cela pour préserver notre intégrité ».

N’as-tu pas peur de t’embourgeoiser ?

Manu : « Ecoutes, mes copains et moi, on investit de l’argent dans la musique, dans nos propres projets, entre autres nous avons produit les trois albums de La rue Kétanou, un des groupes les plus mythiques en France. Maintenant ils s’auto produisent aussi. Ils ont monté leur propre boîte et on s’en félicite. Je pense à Guizmo qui a acheté une ferme en Bretagne il y a dix ans, et qui investit dans tout ce qui est énergie renouvelable. Moi, je suis en Bretagne depuis plus d’un an et j’emboîte le pas. Je ne conduis toujours pas, je n’ai pas de grosse voiture ».

Propos recueillis par Rv Dols / rv.dols@oeilpaca.fr

 

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Tryo Manu et Mali
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