Théâtre et marionnette

La compagnie Deraïdenz s’est installée en septembre 2020, sur l'île de la Barthelasse à Avignon. Les quatre membres fondateurs, Léa Guillec, Baptiste Zsilina, Coline Agard, Sarah Rieu, sont issus du Conservatoire Grand Avignon, section théâtre. Ils ont présenté en 2017/2018 Kaïmera et en 2019 Nyctalopes au festival OFF d’Avignon. Leur dernière création « Les Souffrances de Job » était programmée en 2020 au OFF, mais la crise sanitaire a annulé les représentations. Deraïdenz ne se résume pas en trois spectacles. Véritable détonateur artistique, la troupe impulse de nombreuses activités ; carnaval, court métrage, spectacle vivant, atelier, résidence, périscolaire... Le pôle théâtre et marionnette est le centre névralgique qui permet d'orchestrer le tout.

La Compagnie Deraïdenz
Photo Rv Dols

La compagnie

Tous les membres de l'équipe sont acteurs. Mais chacun apporte au projet ses compétences et ses spécificités. Baptiste compose la musique des spectacles, il a introduit les marionnettes dans la compagnie. Dans ses mains naissent des créatures qui prennent vie sous des fils de nylon.

Baptiste: pour générer une harmonie artistique qui impacte les gens, nous essayons d'inscrire notre démarche dans une vague d'inspiration qui enveloppe toutes les parties de la création ; la mise en scène, l'interprétation, l'aspect visuel qui comporte la scénographie, les accessoires, les costumes, les marionnettes. Quand le public nous rencontre ou voit un spectacle, il doit avoir le sentiment d'entrer dans un univers qui nous est propre.

Le Pôle Théâtre et Marionnette

Les locaux sont également conçus pour accueillir des associations ou des compagnies voulant développer des cohésions internes par le biais de séminaires, d'ateliers couture ou d'ateliers marionnettes. Une salle d'exposition et d'expérimentation est disponible, mais il n'y a pas d'ouverture au public pour de la représentation. Le pôle reçoit également des activités périscolaires ouvertes sur des ateliers, mais aussi des stages professionnels. Dans le cadre de la politique de la ville, des interventions hors les murs, sous forme d'ateliers, sont organisées dans des centres sociaux. Les visites d'atelier sont envisageables. Quand le COVID ne sera plus qu'un souvenir, une fois par mois ils organiseront une soirée « Jeux de société » autour d'un thème défini en amont. L'originalité résidera dans le fait que les costumes des hôtes seront en adéquation avec le thème choisi, une immersion totale.

Les prestations de Deraïdenz

Les rues de la cité des Papes sont hantées par leurs déambulations oniriques. Initiateur de la marche blanche en juillet 2020, « La Dame blanche » erra dans un silence pesant, comme pour signifier l’assassinat culturel. De cette poésie pourrait bien germer une symbiose avec le public.

Pôle Théâtre et Marionnette
Photo Rv Dols

Depuis le début de son histoire Deraïdenz va au contact du public. Ainsi il signifie son existence et propage son univers. En 2017, ce fut « Gorenaval » un carnaval unique éphémère, macabre, convivial et sanglant. Il récidive en 2018 et 2019 avec « Karnaval ». Un défilé de chars en partance du Cloître des Carmes avec des correspondances Place Pie, Saint Didier, Parvis des Halles et à destination de la rue des Teinturiers. L'engouement du public avignonnais fut réel. Espérons que des temps plus propices à ce style de manifestation nous reviennent en pleine face, juste histoire de vivre.

Les spectacles de Deraïdenz

Dans ses spectacles, Deraïdenz importe son univers et suspend l'instant. Des voyages qui entraînent le spectateur dans un tourbillon de métaphores, de fantastique, de beauté et de joie. Toujours fidèle à son idée de création totale où se succèdent cauchemars et sensibilité. Kaïmera en 2017 et Nyctalopes en 2019 étaient des pièces sans texte, seuls les mimes, les corps et les marionnettes jouaient.

Les Souffrances de Job

C'est la dernière création de Deraïdenz. La mise en scène est de Léa Giullec, elle ne joue pas dans la pièce. Après l'annulation sanitaire de 2020, « Les Souffrances de Job » est reprogrammé au festival d'Avignon Off 2021. Pièce écrite et mise en scène en 1981 par Hanokh Levin (1943 à 1999). Dramaturge et metteur en scène israélien, il fut controversé de son vivant. Ses propos furent jugés subversifs dans la pièce « Toi, moi et la prochaine guerre », les critiques ont également dénoncé sa vulgarité et sa provocation dans « La Reine de la salle de bain ».

Léa: à la base Hanokh Levin est un auteur de comédie satirique et politique. Ses propos sont extrêmement métaphoriques et drôles. Il fut l'un des premiers en Israël à prendre la politique en dérision. C'est pour cela qu'il était très polémique à cette époque. Il fut censuré et des émeutes eurent lieu sur certaines pièces.

« Les souffrances de Job », fait partie de ces pièces qui prennent racine dans des mythes. Le personnage de Job est dans la bible. À l'issue d'un pari entre Dieu et le Diable, Job va vivre une série d'épreuves. Il perd ses enfants, ses biens, son intégrité physique, sa santé. Ses amis le soumettront à des questions pour lui faire dire que s’il souffre autant c'est parce qu'il a pêché. Alors que c'est faux. C'est un immense dialogue empreint de violence. C'est révélateur de la souffrance des hommes.

Deraïdenz photo Rv Dols
Photo Rv Dols

Léa: C'est une réécriture du mythe. Hanokh Lévinne ne cherche pas à savoir si Dieu est coupable ou pas d'avoir fait subir ces épreuves à Job. Cela met le focus sur, "que se passe-t-il au niveau des hommes quand on a un bouc-émissaire ?" C'est pour cette raison qu'au début de la pièce nous faisons voter le public, qui lui aussi devient responsable. Au début, l'accablement de Job est très drôle, au fur et à mesure le ton devient plus tragique et cela va jusqu'à l'absurde. C'est vraiment une rencontre avec l'auteur et ce texte qui est intemporel.

Deraïdenz continue sa quête, en 2021 InKarné, comme une réaction à la morosité ambiante. Un spectacle danse-marionnette qui scrute les émotions dans un lieu atypique, en collaboration avec la danseuse Marion Gassin.

Compagnie Deraïdenz le site: www.compagniederaidenz.com

Rv Dols: photojournaliste@oeilpaca.fr

Marionnette
« Les acteurs, au nombre de six, maîtrisent le texte dans son intégralité. Ils sont donc capables d’interpréter tous les rôles ».
Deraïdenz marionnette
« Ce processus implique des enjeux importants au plateau pour les acteurs, et propulse le spectateur dans la responsabilité ambiguë du choix du bouc-émissaire ».
Marionnette Deraïdenz
« La notion de masse est primordiale. Ce sont les masses qui maîtrisent les mécaniques de la violence au sein de la pièce ».
Théâtre Marionnette
« Il existe parce qu’autour de lui, se déploient forces brutales, intérêts vitaux et débats fiévreux ».

DERAÏDENZ pour OEILPACA
Léa Guillec
Sarah Rieu
Coline Agard
Baptiste Zsilina

Oeilpaca prochain numéro fin juin 2021