Photographie

JC Declin a suivi un master en histoire de l'art, période contemporaine dans le domaine culture visuelle. Pendant son cursus l'intime passion qu'il entretenait avec la photographie s’est accentuée. Pour appréhender la photographie dans des conditions idéales, JCD s'initiait aux techniques avec une chambre Sinar 4x5 inches. Il a appris à développer ses plans-films et à faire ses tirages papier.

Photo JC-Declin boeuf
Photo JC Declin

JCD : « J'ai assimilé les principes de base. Mais en examinant les photographies que je réalisais, un sentiment d'incompréhension me submergeait. Techniquement rien à dire, les images étaient exposées comme il se doit. Les hautes lumières jamais surexposées, du détail dans les ombres et un piqué à couper le souffle. Mais elles ne me parlaient pas. Une insatisfaction qui va au-delà de l'aspect visuel ».

Alors, pourquoi s'orienter vers une profession en grande difficulté pour ne pas dire sinistrée ?

JCD : « Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours capturé des images. Sans boîtier, elles s'imprimaient dans mon imaginaire. Enfant, je couvrais les murs de ma chambre d'images. Pendant mon cursus, j'ai pris conscience de l'importance des travaux de Man Ray, W. Eugène Smith, Dorothea Lange et bien d'autres ».

Abattoir JC-Declin
Photo JC Declin

JCD : « Il y a aussi cette fascination que j'avais pour la découverte de la photographie et des procédés, des méthodes, des instruments, imaginés pour capturer la lumière. Exercice qui semble complètement fou, puisque personne n'a jamais vu cette lumière qui se déplace à 300 000 kilomètres seconde. La lumière existe également comme ondes (Quanta) et comme particules (Photons). Quand j'ai compris l’existence de ce fameux spectre visible que nous percevons sous forme de champ continu, qui va de l'infrarouge à l'ultraviolet (des longueurs d'onde comprises entre 400 et 700 nanomètres), l’envoûtement fut définitif. D’ailleurs le spectre visible n'est qu'une insignifiante fraction du champ magnétique qui nous entoure ».

JCD : « C'est un peu long, mais ces éléments furent déclencheurs. Après, j'ai voulu faire des photographies pour dialoguer. Et là, le virus s’est répandu en moi, il n'est pas dangereux. Malgré tout, certains esprits critiques m’ont affirmé que "la photographie est une mise en précarité volontaire" » .

Étant éligible au dispositif PMSMP, JCD passe plusieurs mois dans différentes structures

JCD : « J'ai eu la chance de faire des stages chez un photographe que vous connaissez bien à l'oeilpaca. Il m'a fait confiance, nous avons beaucoup échangé. Il m'a prêté un boîtier avec un objectif (16/35 mm). Pour lui, c'était une focale qui pouvait tout couvrir en reportage. C'est également plus rapide de maîtriser un seul boîtier avec un seul objectif. Je pouvais me concentrer sur mon sujet. Mon maître de stage me tenait ce discours ; Si le besoin d'avoir un téléobjectif se fait sentir, c'est que tu es trop loin, rapproche toi de ton sujet ».

Vous souvenez-vous de votre première série ?

JCD : « Mon maître de stage devait faire des reportages pour une association en collaboration avec des abattoirs et des éleveurs. C'était de la communication institutionnelle, l'idée était de véhiculer une image positive du métier, mettre en avant le respect de l'animal, malgré que la finalité soit la mort. Nous sommes allés faire des photographies chez des éleveurs bio et à l’abattoir. Il me disait de garder à l'esprit que les images doivent donner à voir, mais que si elles racontent une histoire c'est encore mieux ».

Ouvrier abattoir photo Declin
Photo JC Declin

JCD : « Je devais le suivre et comprendre pourquoi il choisissait une position avant de déclencher. Quand j'avais compris, je pouvais faire des images. Le lendemain, devant l'écran, il me demandait d'expliquer mes photos. Je n'y arrivais pas. Je n'étais jamais satisfait et quand je regardais ses photographies, j’étais démoralisé. C'est alors qu'il m’a fait comprendre qu'il n'y avait aucun intérêt de vouloir faire les photographies des autres. Je devais exprimer ce que je ressentais, avoir ma propre écriture. Au moment où j'ai compris cela, je devenais plus efficace. Mes propos du lendemain me paraissaient plus compréhensifs, j’arrivais à décrire mon image, du coup j'avais l’impression d'être plus performant. Les deux derniers jours de cette commande, il m’a laissé tout seul sur le terrain. L'obligation de réussite me mettait la pression. Mais quand j'ai commencé à tourner autour de mon sujet, à cadrer et à dialoguer avec les images, le stress n'existait plus. Je regardais à travers l'objectif et à certains moments, j'avais la photographie que j'attendais. Alors en un clin d’œil mon index s’activait. Avec le recul ce sentiment est difficile à expliquer. Tu fais corps avec l'action, tout en étant à l’extérieur, je ressentais le moment propice au déclenchement, comme si tout ça était déjà en moi ».

J'étais comme hors du temps, dans un état second, un peu comme un nouveau-né qui trouve sa respiration. Le lendemain devant l'écran, je reconnaissais les photographies que j'avais ressenties dans l'objectif, l'instant où j'avais réalisé certaines images me revenait en tête. J'étais loin d’imaginer que de faire des images me procurerai autant d'émotions.

JCD : « Je suis conscient que cette série peut choquer certaines personnes et pourtant la viande qui se retrouve dans votre assiette a suivi le même traitement. Les abattoirs n'ont pas d’intérêt à diffuser ces images, mais pour eux ces scènes sont quotidiennes et banales. Les photographies communiquent des techniques qui sont réalisées en respect avec la législation ».

Dans ses travaux au long cours, JCD explore ce qui constitue et ce qui est perceptible par les sens. Pour lui l'interaction et la neutralité peuvent s'entrechoquer. Son regard s'efforce d'entretenir l'objectivité nécessaire à l'observation des réalités anodines dans leurs environnements. En les transposant dans un contexte différent, les représentations peuvent emprunter des sentiers opposés. Actuellement, JCD travaille sur un projet qui devrait voir le jour d'ici trois ans. En parallèle, tous les trois mois il interviendra dans l'oeilpaca, pour nous décrypter une de ses séries.

Le site de Jo Cris Declin : www.declin.fr

Claire Fabre - claire.fabre@oeilpaca.fr

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Oeilpaca prochain numéro fin juin 2021