Artiste plasticien

Christophe est originaire de Toulon, il a suivi des cursus en design d’objet et en communication visuelle. En parallèle, pendant six ans, il pratique le théâtre de rue. En 2004, il est intervenant pendant un festival où il met en place des ateliers à destination des enfants. L’idée est de se servir du mobilier urbain et de transformer leur fonction initiale. Avec les enfants, ils attachent à une barrière de fer des fils au bout desquels sont suspendus des cailloux. Sous l’effet du vent, des notes de musique retentissent.

Kroust artiste
Photo Rv Dols

En visionnant sur son écran les photos des modules réalisés, il prend conscience du rapport entre la réalité et l’image... une histoire de point de vue. Dans un élan inexpliqué, il décide d’étendre le principe aux arbres avoisinant. Un des enfants encore sur place, signale à Christophe que quelqu’un pourrait lui voler l’installation. C’est à ce moment que Kroust prend conscience qu’un objet banal, sur lequel les gens marchent sans lui prêter la moindre attention, prend une autre dimension au moment où il est suspendu et qu’on l’expose aux yeux des autres.

Kroust se dirige naturellement vers le Land Art

Il éprouve le besoin de s’exprimer en pleine nature et de se confronter aux éléments en créant des œuvres d’art éphémères. La suspension reste l’élément déclencheur qu’il incorpore à ses réflexions. Son expérimentation est une bascule à travers les disciplines qui ont structurés ses pensées.

Au cours des deux dernières décennies son art a évolué

Ses travaux sont réalisés en atelier, la nature, la mort, les objets manufacturés, sont des éléments qui animent ses constructions mentales. L’artiste semble prendre un malin plaisir à décomposer pour recomposer sa propre alchimie conceptuelle.

KROUST : « La suspension reste un confrontement avec la réalité physique, l’objet suspendu est attiré inexorablement vers le sol. Mais si la pensée s’oriente différemment, ne peut-on pas inverser les sens des dogmes, des idéologies, des théories, des opinions. Les images peuvent être prédatrices et nous noyer dans un univers dénué d’opinion politique au sens noble du terme, sans recul philosophique et libertaire. L’image peut avoir le pouvoir de nous extirper des réalités. »

Kroust met en scène des symboles. Le QR Code en est un exemple. Il représente l’interférence d’une entité qui produit une onde de choc sur les libertés individuelles. Comme un double, un avatar que serait le QR Code en temps de pandémie. Dans sa cage le QRC questionne l’idée de liberté et de représentation dans l’espace. Toute l’ambigüité réside dans l’utilisation qu’il en résulte. Le QR Code peut être utilisé avec bienveillance, alors Kroust l’utilise également comme un outil d’interaction et de communication dénué de toute arrière pensée.

Kroust est-il subversif ?

Cela dépend de l’interprétation que l’on a. Il se méfie des symboles qui représentent une vérité absolue, il éprouve le besoin de se libérer des dogmes dans lesquels nous avons été éduqués. Son œuvre inverse les mouvements et la façon de penser. Il préfère déconstruire pour mieux reconstruire. A l’image de cet arbre qui trône sur un pallier du Chais Saint Raphaël.

Sète artiste plasticien
Photo Rv Dols

Le Chais Saint Raphaël

Depuis trois ans la mairie de Sète met les lieux à la disposition d’une vingtaine d’artistes. Une convention de 6 mois est signée entre la municipalité et les bénéficiaires. En contrepartie, les artistes interviennent en fin d’année scolaire dans des écoles primaires avec des ateliers pédagogiques sur une durée pouvant aller de 10 à 20 heures. La dernière participation de Kroust était une collaboration avec une compagnie de Théâtre. Le thème abordé était la notion de migration avec tout ce que cela implique : les frontières, les différences, les libertés, la notion de réalité et sa propre représentation dans l’espace.

Mais revenons à cet arbre. Un genévrier qui a brulé en plaine garrigue. Il représente la nature et peut être ce que l’homme en a fait. Ses racines sont emprisonnées dans du béton qui repose sur du sable (La terre dénuée de ses substances organiques qui donne la vie...). À la droite de l’arbre, un arrosoir sans eau. (Pourquoi arroser un système qui est mort ? N’est-il pas plus raisonnable d’en replanter un nouveau). À mi-hauteur, un pot dans lequel reprend une essence différente, un genêt (l’espoir que l’homme puisse déconstruire ce monde dévastateur et reconstruire une civilisation fondée sur des valeurs capables de pousser sur cette terre brulée). Malheureusement, nous n’apercevons pas le moindre bourgeon.

Evidemment, la force de chaque œuvre réside dans le questionnement qu’elle procure, la remise en question qu’elle évoque et l’interprétation que nous en faisons.

Kroust n’est pas animé par le fait d’être contre quelque chose, il pense qu’une proposition différente mérite que l’on si attarde. Pendant la période où le pass sanitaire régissait les libertés, Kroust a refusé de participer à deux expositions. Notamment, il a décliné l’invitation du centre d’art contemporain MO.CO Panacée à Montpellier. Pour lui, le pass sanitaire et le QR code qui étaient en vigueur, allaient à l’encontre de sa perception des libertés. Il considère cela comme un contresens. L’artiste est conscient des répercussions négatives liées à ce refus, il en est d’ailleurs navré lui-même, mais comment aurait-il pu en être autrement.

Si l’œuvre d’art est une manière de défier la mort et un acte de résistance, alors Kroust pourrait s’inscrire dans cette continuité.

Par Rv Dols : photojournaliste@oeilpaca.fr

www.kroust.fr