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Numéro 19
   

Imany photo Rv Dols

MUSIQUE : Rencontre avec IMANY

Vingt ans après son départ de la ville d’Istres, Imany, de son vrai nom Nadia Maladjo, était de retour en ce mois de janvier 2012. La rédaction de l'œil ne pouvait pas passer à côté de l'évènement. En compagnie de Léa, je me suis rendu à l'Usine pour un entretien tout en douceur avec l'artiste.

« Avec ma sœur Fatou nous sommes émues de revenir à Istres, tout a changé, nous aussi ».

Imany est la troisième fille d'une fratrie de dix enfants, son père était pompier dans l'armée de l'air. À son adolescence, la famille s'installe à Paris. Elle commence le chant dans une chorale. La jeune fille est également sportive, elle pratique l'athlétisme avec une prédilection pour le saut en hauteur. Âgée de 17 ans, Nadia est détectée dans le métro parisien par une agence de mannequins. Des filles russes portent déjà ce prénom, son nom de famille est compliqué, on lui conseille de trouver un pseudonyme. Nadia se baptise Imany, en référence à « Un Prince à New York ». À 19 ans, l'agence lui propose d'aller trois mois à New York. Quatre-vingt-dix jours passent. Imany téléphone à ses parents avec l'espoir de négocier une année sabbatique.

« Le poids de la famille nombreuse fait que lorsque l'occasion se présente on s'enfuit. New York est une ville formidable, le rêve, une fois sur place, je ne voulais plus partir. J'ai demandé à mes parents une année. Mon parcours scolaire s’était déroulé sans embûche, j'argumentais dans ce sens et pour la suite de ma carrière c'était important. Si j'avais dit que je voulais m'installer à New York, ils auraient dit non.

photo Rv Dols©

Ils m'ont donné leur accord pour une année. Honnêtement, je sentais bien que ce n'était pas que pour un an, sans savoir que je resterai 7 ans. Je voulais vivre là-bas. Sur ce coup-là, j'ai un peu arnaqué mes parents. À New York, j'ai découvert la vie toute seule, sans les autres, ou pour les autres. Tout sacrifier pour ma famille me désolait. Alors que je pouvais vraiment vivre ma vie. »

Les portes se ferment, le téléphone ne sonne plus et Imany assimile rapidement que le métier de mannequin n’est peut-être pas pour elle. Elle se retrousse les manches et va de petit boulot en petit boulot. Elle suit des cours de chant et se met à écrire. En compagnie d'un ami, Joe Novares, elle enregistre un CD démo, guitare voix « ONE ».

« Novares organisait des festivals à Brooklyn. Il m'a rencardé sur tous ses plans et me prêtait ses musiciens. J'ai pu monter mon premier groupe, Bass, Batterie, Guitare, Clavier, nous avons joué dans des salles mythiques, à l'époque c'était un peu plus rock qu'aujourd'hui. Ils m'ont tout appris.»

À New York, la compétition fait rage, la barre est haute, Imany ne remplit pas les salles et envisage sérieusement son retour en France.

« Si tu veux chanter à New York, tu peux. Il y a énormément de petits bars, de petites salles, il y a une scène pour cela. Le sentiment que tout est possible et que ta chance est à chaque coin de rue est vivace. Tu passes ton temps à courir derrière un truc que tu ne vois jamais. Là-bas, je démarchais moi-même mes dates. J'allais de réunion en réunion, avec des producteurs qui ne se préoccupaient pas de ma musique. Ils cherchaient plutôt à tirer profit des jeunes filles. J'ai sollicité Fatou pour qu'elle devienne ma ménagère. Elle m'a dit d'accord, mais tu rentres à Paris. Après sept années de vie à New York le moment de rentrer était venu. J'avais fait tout mon possible. Cette ville allait me bouffer. »

En fin de compte, Imany avait fui sa famille pendant sept ans, pour mieux revenir vers elle. « Adolescent, on ne comprend pas pourquoi nos parents ne sont pas comme nous. Il faut s'extirper de sa famille pour s'émanciper, pour grandir, pour pouvoir la regarder. Quand on est soi même on peut revenir, arrêter de juger et se réintégrer. C'est exactement ce qui s’est passé pour moi. Donc, juste après une rupture sentimentale, j'arrive à Paris, le moral à zéro. Il faut tout recommencer. Fatou venait de se marier. Je dormais sur son canapé... C'était vraiment compliqué. Elle m'a énormément soutenu dans cette période difficile. »

En janvier 2008, Imany rencontre Malik N'Diaye. Il a découvert et produit, entre autres, Ayo. Il écoute son CD démo et lui dit peut-être.

« Je prends cela pour un non et laisse tomber. Ma sœur le conserve dans ses contacts, à chaque live elle lui envoie une invitation. Un mois après notre rencontre, il vient dans les loges pour nous dire que ça progresse, sans plus. En six mois, nous passons des salles où l'on faisait une vingtaine de personnes au Sentier des Halles où nous faisons salle comble. Là, il arrive alors que nous ne l’avions pas invité. Il prend conscience de la progression. Je pense qu'il est tombé sous le charme de notre acharnement, de notre envie de travailler, de notre résistance, de notre endurance. »

Malik N'Diaye, signe Imany dans son label Think Zik pour 3 albums. Il reprend tout depuis le début, pour permettre à Imany d'exploiter le potentiel qui est en elle. Le 9 mai 2011, sort « The Shape Of a Broken Heart », les morceaux « You will Never Know et Please And Change » sont diffusés sur les radios. L'album est disque de platine et nominé aux victoires de la musique. Imany était parti aux États-Unis pour vivre le rêve américain, finalement, elle vit le rêve français.

« Tant mieux, tant que le rêve est là, même s’il avait été polonais je l'aurais vécu aussi intensément ».

Imany est une passeuse d'émotion, l'écoute de son album en témoigne. Pour rentrer dans l'univers de l'artiste, pour ceux qui ne pratiquent pas l'Anglais, une petite traduction est mise à disposition dans le coffret. « À l'origine, c'est pour ma mère. Le jour où nous avons fait écouter le mastering à ma maman, elle trouvait que c'était superbe, mais n'appréhendait pas les paroles. J'écrivais, chantais des chansons que ma mère ne comprenait pas. J'ai contacté la graphiste pour incorporer une petite traduction pour chaque texte. »

Sur le petit livret des remerciements à ses ex-amoureux. « Il faut tourner le négatif en positif, c'est dans ma nature. Je ne suis pas dans l'apitoiement. C'est pour ces raisons que j'écris que chaque piétinement de cœur peut maintenant se changer en royalties.»

Sur le douzième titre, « Take Care », les petites sœurs, les deux nièces et les cousines d'Imany font les choeurs, les paroles sont en Comorien. Le tour de force d'Imany est de faire participer ses parents à l'album. Eux qui n'étaient pas forcément enthousiastes à l'idée que leur fille devienne chanteuse.

« Mon père parle un très beau Comorien, ce qui n'est pas mon cas avec mon accent français. Je voulais faire un texte dans cette très jolie langue. Pour trouver un ton plus poétique, j'ai demandé à mes parents de m'aider à traduire les textes. Ils l'ont fait, c'est exceptionnel. Au départ, ils étaient contre le fait que je sois chanteuse. Mon père est venu à l'enregistrement pour m'aider à la prononciation. Depuis, il a pris sa retraite aux Comores, les gens l’appellent papa Imany et il insiste pour que j'aille faire des concerts là-bas. »

Ce premier CD nous transporte dans douze morceaux de vie choisis d'Imany, là où se révèlent beauté, douceur, sensibilité et authenticité.

Merci à William Piel, Julie, Jean Marc et l'équipe de l'Usine à Istres. www.imanymusic.com

 

Propos recueillis par Rv Dols / dols@oeilpaca.fr

 

 

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